ou comment on m'a cassé mon jeu.

 

J'aime regarder les génériques de film. Quand il ne sert pas à apaiser ou accentuer le tumulte qu'a provoqué le film qu'on vient de voir, il est jeu. Un peu comme un puzzle géant, transverse entre plusieurs films. On croit deviner certains liens. On s'amuse de tel comédien qui a un coiffeur perso alors qu'il a trois cheveux sur le caillot. Du réalisateur qui a trois mille assistants. On se tisse une toile de noms de gens. Qui a déjà travaillé pour tel autre.

 

Une de mes catégories préférées était, je dis bien, était celle des remerciements. Elle révèle souvent les amitiés ou accointances entre certains réalisateurs, ou les appels de pied. Au choix. Derrière un remerciement à des institutions, parcs, cafés se compte le nombre de cheveux que s'est arrachée la production à obtenir une autorisation. Les sueurs froides proportionnelles au nombre de lieux de tournage différents. Si, si, je vous jure, essayez, c'est rigolo!

 

Et la semaine dernière, catastrophe! Comme à mon habitude, j'attends avec impatience que les remerciements défilent. Et là, surprise, je n'y comprends rien. Ces remerciements sont une suite de noms, que je ne reconnais pas. Du chinois pour la joueuse de puzzle que je suis.

 

Rendez-moi mon « Voici » du cinéma!

 

Et ce matin, en surfant, le coupable m'a été tout désigné: le crowdfunding appliqué au 7e art. Vous savez, ces plateformes type Peopleforcinema, Touscoprod, qui proposent aux internautes de devenir co-producteurs d'un film, contre sonnantes et trébuchantes. Le principe: pour toute contribution, une contrepartie.

 

Et parmi les innombrables contreparties, s'il y met le prix, le contributeur aura son nom au générique dans la catégorie, je vous le donne en mille, Remerciements.

 

Merci, crowdfunding, je t'aime bien mais là, tu m'as cassé mon jouet.

Rédigé par Lila Meghraoua
Journaliste/Productrice radio