Rentafriend invente l’amitié platonique et tarifée

Il y a des jours où on a envie d’être Américain. Le 4 novembre 2008, quand le Nouveau Monde a élu son premier président noir au milieu d’une des plus graves crises économiques de son histoire, les Etats-Unis ont prouvé au monde qu’ils avaient encore la capacité de nous faire rêver, marquant la fin de l’antiaméricanisme primaire qui parasitait certains esprits.

Le 26 janvier dernier, par l’intermédiaire d’un communiqué anodin, ils ont repoussé un peu plus loin les limites du rêve américain. Un communiqué qui aurait changé ma vie si seulement j’avais été citoyen outre-Atlantique. Il annonçait en effet le lancement de www.rentafriend.com. Littéralement : "louez un ami".

"A l’heure de Facebook et des communautés en ligne", nous explique le communiqué, "la demande est de plus en plus forte pour une composante essentielle de la société mais ô combien négligée : les vrais amis". (C’était moins lyrique, mais c’est l’avantage du traducteur, il fait ce qu’il veut. En plus les Américains ne parlent pas français ils n’iront pas vérifier. La fin de l’antiaméricanisme primaire, disais-je).

Bref, revenons à nos générations entières de geeks collectionnant les "amis" Facebook par centaines dans la solitude de leur chambre aux relents douteux de pizza et de chaussette humide. Si vous humez l’air un instant, vous les sentirez se morfondre d’un peu de chaleur humaine. Depuis longtemps ils espèrent redonner au mot "digital" son sens premier et bénéficier du contact réconfortant d’une main sur leur épaule. Ils voudraient caresser autre chose que l’écran tactile de leur iPod. Tout ce qu’ils demandent, c’est une oreille attentive et un coeur ouvert pour recueillir leurs joies, leurs angoisses, leurs peines, leurs rires. Un ami en somme.

Pourquoi leur refuser ce privilège, se sont demandés les gars de chez rentafriend ? Le service propose donc toute une liste d’amis louant leurs services. A priori c’est au minimum 10 dollars de l’heure mais apparemment c’est négociable au cas par cas. Le site précise bien qu’il s’agit d’une amitié platonique. Il n’a d’ailleurs pas l’allure d’un site d’escort girl. Personnellement j’ai commencé à douter des bonnes intentions des créateurs quand je me suis aperçu que le seul critère de sélection de mes futurs amis concernait leur orientation sexuelle. Je sais pas vous mais c’est rarement la première question que je pose en soirée. Bon ensuite à chaque profil est associé une liste d’activités.

A première vue, tout cela semble bien innocent : aller au zoo, à un dîner, au cinéma, cuisiner, faire de la poterie (je commence à comprendre pourquoi certains ont besoin de louer des amis), etc. En y regardant de plus près, on peut quand même se poser des questions : faire du yoga, partenaire de musculation, de montgolfière...

A voir les photos des amis-candidats, j’ai l’impression que je ne suis pas le seul à avoir fait cette confusion...

Rédigé par Nathanaël Vittrant