Comment le "Jeu Sérieux" qui, il y a encore deux ans, n'intéressait absolument personne (ou presque...), est devenu le sujet à la mode que tout le monde s'arrache aujourd'hui ?

Par Olivier Lombart, Directeur Avant vente NetDivision et co-auteur du blog Serious-Game.fr.
Grosso modo le Serious Game (SG) est apparu aux USA il y a environ huit ans. Quand on évoquait ce terme en France, on nous répondait invariablement : "Il n’y a pas un autre terme pour désigner cela ?" Toujours cette méfiance typiquement gauloise pour les nouveautés, surtout quand il s’agit en l’occurrence de marier un sujet aussi sérieux que la pédagogie avec le jeu vidéo. Quel sacrilège ! La confusion était également entretenue avec le concept de Business game qui un certain temps concurrençait même le SG. Et puis à l’époque, Nicole Kidman n’était pas encore l’égérie d’une certaine console. Bref parler de SG consistait à prêcher dans le désert, à promettre des lendemains qui chantent … et à proposer des budgets de misère aux rares clients qui voulaient bien tenter l’aventure. Et puis quelques entreprises pionnières apparurent et commencèrent à structurer le marché français.
La période des pionniers : 2006 > 2008
En apportant chacune leurs différences qui illustraient leurs origines : Daesign qui proposait un mix de 3D et d’IA, Interaction déjà bien centré sur le monde médical, KTM Advance et son savoir faire en ELearning, NetDivision plutôt orienté marques et éducation consommateurs… Ce petit monde avait même ses rendez vous annuels à Lille et à Lyon, ses blogs, quelques papiers dans les médias qui commençaient à s’intéresser au sujet. Bref ce marché aurait pu continuer gentiment à se structurer. Puis vint le tsunami gouvernemental de l’appel à projet. C’était aussi un peu de la faute des pionniers qui longtemps reprochèrent à la puissance publique de ne rien faire pour innover dans le domaine de la pédagogie et des nouvelles technologies. Et là d’un coup, le gouvernement mettait 30 millions d’euros sur la table en juin 2009 dans le cadre du plan de relance. Vous devez certainement penser que je regrette la période des pionniers ? Oui et non …
L’âge d’or : 2009 > ????
Oui, car aujourd’hui le SG est un peu devenu la tarte à la crème (avec les réseaux sociaux) de toute stratégie de com "pseudo innovante". Beaucoup d'entreprises se sont lancées sur ce marché avec pour seule conviction en temps de crise de se placer sur un créneau en vogue. Résultat, les réalisations sont très inégales. Sur tous les projets primés et souvent trop fortement primés, combien tiendront leurs promesses ? Non, car cet appel à projet a été avec le recul un formidable signal de la maturité du secteur. De quelques dizaines, nous sommes passés à plusieurs centaines de personnes spécialisées dans le SG en France. Et si beaucoup d’entreprises délaisseront ce créneau par manque de conviction, les autres gagneront en savoir faire et en spécialisation ! Les appels d’offres des clients se sont aussi professionnalisés. Les budgets qui étaient si difficiles à réunir s’établissent désormais dans une large fourchette allant de 100 K€ à un million. Alors quel sera le prochain pas pour le SG ?