Désireux de s’implanter sur le sol américain, les organisateurs du Web Summit, grand symposium européen centré sur les nouvelles technologies, ont lancé la Collision Conference en 2014. Après deux premières éditions à Las vegas, l'événement a migré l’an passé sur la terre ancestrale du jazz, du vaudou et des mystères cajuns, La Nouvelle-Orléans. Pour sa deuxième édition, la conférence a réuni sur les rives du Mississippi 20 000 participants. Au programme, trois jours de conférence mêlant un grand nombre d’invités prestigieux, dont des représentants de Facebook, YouTube, Airbnb, Uber, Amazon, Hewlett-Packard ou encore Duolingo. Si la moiteur tropicale et la proximité des bayous donnaient à la conférence un cachet bien particulier, le sujet le plus abordé s’inscrivit, lui, dans la droite ligne des derniers évènements majeurs et de l’actualité technologique de ces derniers mois. L’intelligence artificielle était au centre de la plupart des discussions. 


Le premier jour, sur la scène centrale, Stan Chudnovsky, chef de produit de Facebook Messenger, a ainsi affirmé la volonté de son entreprise de recourir à l’intelligence artificielle pour rapprocher Messenger du modèle de WeChat (une piste récemment évoquée par L’Atelier BNP Paribas BNP Paribas). Cette application de messagerie est utilisée par les Chinois pour accéder à de nombreux services, commander un Uber, un plat chaud ou gérer leurs comptes en ligne. Facebook Messenger souhaite servir d’intermédiaire entre les clients et les entreprises, en permettant aux premiers d’entrer en contact avec les secondes via un simple clic sur une publicité. Le chatbot M, développé par Facebook, pourrait ensuite permettre aux entreprises de traiter automatiquement les questions des clients les plus simples, un opérateur prenant le relais pour des discussions plus complexes.


ROBOTS

Robots
G.Renouard

Mi-hommes, mi-robots

Dans le domaine de l’intelligence artificielle, toujours, plusieurs échanges ont tourné autour de la collaboration hommes-machines dans le monde du travail. L’entreprise Ekson Robotics développe ainsi un exosquelette qui permet d’augmenter la force et l’endurance des travailleurs devant accomplir des travaux physiques, afin de réduire la fatigue et le risque de blessures. Carbon Robotics, de leur côté, construisent un bras robotique à bas coût et facile d’utilisation, destiné à assister les ouvriers sur les lignes de montage. De nombreux robots étaient également présents, dont Relay, développé par Savioke, capable d’offrir un service de chambre dans les hôtels ; Freight500 et Freight1500, de l’entreprise Fetch Robotics, conçus pour porter des charges lourdes dans les entrepôts ; et, bien sûr, la superstar Pepper, de l’entreprise franco-japonaise Softbank Robotics. Ce sympathique robot humanoïde étant conçu pour accueillir et orienter les clients en boutique. Les applications de l’intelligence artificielle sont également fertiles dans le domaine de la maison connectée. Steve Rabuchin, vice-président d’Amazon Alexa, était ainsi sur scène pour présenter le récent partenariat de son entreprise avec Ecobee, qui confectionne des thermostats connectés. L’intelligence artificielle conversationnelle d’Alexa sera désormais incluse dans chaque appareil commercialisé par Ecobee, permettant aux utilisateurs de contrôler leur thermostat par la parole et d’accéder aux services habituels permis par Alexa (comme lancer une liste de lecture musicale ou commander une pizza). « Nous pensons que la voix va devenir la nouvelle interface privilégiée pour accéder à un grand nombre de services, et c’est pourquoi nous voulons qu’Alexa devienne omnisciente. Nous travaillons sur un partenariat avec BMW pour l’inclure dans leurs véhicules, nous voulons l’introduire dans les cuisines, les garages, les portes… Bref, en faire une plateforme de communication universelle pour interagir avec le monde. » Amazon n’est pas le seul géant des nouvelles technologies à s’inviter chez l’habitant. Neal Mohan, chef de produit de YouTube, était également sur place pour présenter le projet YouTube TV. « Nous vivons l’âge d’or du contenu, mais la télévision n’est pas à la hauteur : elle n’est ni à la demande, ni personnalisée, et ne comprend pas de composantes sociales. » a-t-il affirmé. YouTube TV propose ainsi une souscription mensuelle permettant d’accéder aux chaînes câblées ainsi qu’à l’ensemble des composantes de YouTube depuis son poste. Au programme, également : une fonction permettant aux utilisateurs de rémunérer plus facilement les créateurs de contenus.

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Plus vite, plus haut

Pour cette seconde édition en terres louisianaises, une grande attention fut également accordée à la ville du futur et à l’avenir de la mobilité. Selon Louay Eldada, cofondateur et CEO de Quanergy, entreprise spécialisée dans la fabrication de LIDARs, le déploiement de la voiture autonome inaugurera l’ère de la mobilité en tant que service, instituant une séparation entre constructeurs et pourvoyeurs de mobilité à la demande. « Les constructeurs automobiles ressembleront davantage à des compagnies aériennes qu’à des constructeurs d’avion. General Motors ressemblera à Uber ou une compagnie de taxi. » Zack Hicks, de Toyota, et Jessica Scorpio, de Getaround, une entreprise de location de véhicules de particulier à particulier, étaient également présents sur scène. Les deux entreprises ont récemment établi un partenariat et la première a largement investi dans la seconde. Parmi les composantes du partenariat, une mesure permettant aux individus utilisant Getaround d’acquérir une Toyota et de la payer petit à petit via leurs revenus obtenus sur Getaround. Un dispositif susceptible de réduire le nombre de véhicules individuels sur les routes et d'accroître le partage de chacun d’entre eux. 


Lors d’un panel consacré à la mobilité aérienne, les spectateurs ont également pu découvrir les drones de livraison de Rakuten, entreprise de commerce en ligne japonaise, ainsi qu’Airmap, une plateforme de cartographie pour permettre aux drones de naviguer en sécurité, et même un prototype de voiture volante développé par A³, laboratoire d’Airbus dans la Silicon Valley. Enfin, un grand raout technologique ne serait pas complet sans une dimension spatiale. Naveen Jain, entrepreneur enthousiaste et un brin excentrique, était ainsi présent en tant qu'ambassadeur de son entreprise Moon Express. Fondée afin d’exploiter les ressources minières de la lune, elle est devenue en août 2016 la première entreprise privée à avoir reçu l’autorisation de quitter l’orbite terrestre et se poser sur notre satellite favori. De quoi doper l’enthousiasme de son créateur : « Certains trouvent Elon Musk trop ambitieux, je trouve au contraire qu’il ne l’est pas assez. Nous, nous allons sur la Lune dès 2017 ! »

Rédigé par Guillaume Renouard