Les termes « CleanTech », « GreenTech » et « EcoTech » recouvrent une réalité plurielle et des industries multiples. Le secteur des technologies propres, vertes et/ou renouvelables (les appellations sont d'autant plus nombreuses que les usages sont divers), rassemble toutes les industries qui œuvrent pour le développement durable. Cela inclut donc : la réduction des déchets et de l'empreinte carbone, le recyclage et la biodégradabilité, l'amélioration de la consommation énergétique (consommer moins et mieux), la réduction des émissions de CO2, la purification de l'air, l'amélioration de la qualité de l'eau, l'utilisation de matériaux propres ; la liste est non exhaustive. Toutes les technologies développées dans une logique de respect de l'environnement et d'une réduction de la consommation des ressources naturelles pour lutter contre leur épuisement. En bref, la CleanTech s'invite dans tous les domaines : celui de la ConstrucTech (pour un urbanisme plus respectueux de l'environnement), de l'AgTech (pour une agriculture durable), du transport (pour des déplacements qui ne polluent pas), de l'énergie … Dans sa définition la plus large, Plunkett Research estime déjà que le secteur de la CleanTech représente environ 5% du PIB mondial, soit plus de trois billions et demi de dollars.

COP21 : un sommet pour le climat

La signature de l'Accord de Paris – le premier accord climatique mondial de l'histoire – à la suite de la COP21 a fait revenir sur le devant de la scène les problématiques environnementales : l'épuisement des ressources naturelles et le réchauffement climatique semblent être aujourd'hui au cœur des préoccupations. Et alors que les États-Unis tentent de se désengager, les gouvernements fédéraux persistent. Si la Californie est le fer de lance de la résistance à l'administration Trump, c'est l'État d'Hawaï qui a été le premier à rejoindre les Accords de Paris avec une loi pour appliquer les objectifs de réduction de la pollution. Le Golden State n'en demeure pas moins un acteur majeur des technologies propres, et accueillera en septembre prochain le sommet mondial du climat. Depuis plusieurs années déjà, il donne l'exemple en matière de politiques.

Des législations nombreuses et précoces pour un État ambitieux

La Californie a déjà pris de nombreuses mesures législatives afin de ralentir les effets du changement climatique. À moyen terme, l'objectif est de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin qu'elles atteignent, en 2020, le même niveau qu'en 1990. D'ici 2030, l'objectif est de les avoir réduit de 40% par rapport à 1990. Si dans cet État, les bâtiments sont la deuxième source d'émissions de gaz à effet de serre, la Californie a économisé plus de 56 milliards de dollars en coût d'électricité et gaz naturel depuis l'adoption du code énergétique californien en 1978 (« Building Energy Efficiency Standards »). Huit ans plus tôt, la signature du Clean Air Act ambitionnait déjà de limiter les émissions de CO2 et particules toxiques pour les voitures et l'essence. La qualité de l'air y reste moyenne (c'est en fait la pire de tout le pays), mais les start-up sont de plus en plus nombreuses à proposer des solutions technologiques pour améliorer la situation. Les normes adoptées en 1970 ont ensuite été appliquées à l'ensemble du pays.

La production électrique californienne devra provenir à 60% d'énergies propres en 2030, et en totalité d'ici 2045.

En terme d'objectifs électriques, la Californie souhaite que la moitié de la production électrique provienne d'énergies propres en 2030. Pris il y a deux ans seulement, cet engagement pourrait être atteint d'ici 2020 selon la California Public Utilities Commission (dix ans donc avant la date initialement prévue). Cet été, un nouvel objectif, plus ambitieux, a été fixé : la production électrique californienne devra provenir à 60% d'énergies propres en 2030, et en totalité d'ici 2045. Hawaï est le seul autre État à s'être fixé le même objectif à long terme.

Silicon Valley : l'innovation au service de l'environnement

La Californie est aussi un véritable laboratoire en terme de mobilité, et compte bien faire des voitures électriques la norme. À la fin de l'année 2016, près de la moitié des véhicules à zéro émission vendus aux États-Unis avaient été achetés en Californie. Ils représentaient, au premier trimestre de 2017, près de 5% des ventes d'automobiles de l'État. Cette  année, plusieurs constructeurs automobiles se sont engagés dans le tout électrique. D'abord le Suédois Volvo, qui, à partir de 2019, ne produira plus que des modèles équipés d'un moteur électrique. Puis le géant américain General Motors, qui a annoncé la transformation de l'intégralité de son parc automobile, avec l'introduction de deux nouveaux modèles de voitures électriques au cours des 18 prochains mois, et au moins vingt d'ici 2023.

Les grands groupes ne sont pas les seuls à innover dans le domaine des technologies propres : les universités font elles aussi la part belle à la recherche en ingénierie environnementale, et Berkeley, Stanford et le Caltech (l'Institut de Technologie de Californie) y ont chacune un département dédié.

Concernant l'accélération de start-up enfin, le Los Angeles CleanTech Incubator (LACI) figure parmi les plus grands incubateurs CleanTech californiens. Depuis sa création en 2011, il a aidé 67 entreprises, levé 135 millions de dollars, créé 1 500 emplois et plus de 335 millions de dollars de valeur économique. Il a récemment acquis CleanTech Open, un autre incubateur plutôt tourné vers la première phase de développement des entreprises (définition du business modèle, levée de fonds). Lui se définit plutôt comme un « centre de commercialisation des technologies propres », accompagnant les entreprises dans les phases de commercialisation, de production initiale et de sécurisation des investissements. Avec les comtés de Santa Barbara, Ventura, Los Angeles et Orange, le LACI a lancé le réseau Energize California - une initiative qui vise à mobiliser l'écosystème de la région afin d'identifier et de soutenir les entrepreneurs du domaine et d'accélérer le déploiement des technologies propres..

Regard d'expert

Amanda Sabicer

Vice-présidente
d'Energize California

  La Californie a adopté une législation climatique révolutionnaire qui a été imitée par d'autres gouvernements nationaux et sous-nationaux dans le monde entier

Amanda Sabicer, vice-présidente dudit réseau, estime que l'intelligence artificielle, l'apprentissage automatique et les technologies de stockage d'énergie contribuent grandement au boom de la CleanTech. Elle note que « dans le domaine du transport, les solutions avancent de façon spectaculaire pour les options du dernier kilomètre, l'optimisation du trafic, la mobilité partagée, les véhicules autonomes, l'électrification des transports et le transport des marchandises ». Elle ajoute que « la Californie a adopté une législation climatique révolutionnaire qui a été imitée par d'autres gouvernements nationaux et sous-nationaux dans le monde entier », et « prouvé qu'il était possible d'avoir une croissance économique soutenue tout en réduisant les émissions de carbone. Elle est en tête des États-Unis dans la croissance de l'emploi vert, le déploiement de l'énergie solaire et l'électrification des transports. » En effet, dans son rapport annuel sur l'innovation verte, la Californie observe que depuis l'adoption de la loi sur le climat en 2006, le PIB de l'État a augmenté de près de 5000 dollars par personne, et la croissance de l'emploi dans cet État a dépassé de 27% celle des États-Unis.

Le solaire pour religion

Ernesto Sanchez - Credits: Ernesto Sanchez
Sarah Swenty/USFWS - Credits: Sarah Swenty/USFWS

Si la Floride est surnommée le Sunshine State, la Californie pourrait prétendre au même titre : elle génère tellement d'énergie solaire qu'elle paie son voisin l'Arizona pour se débarrasser de sa production excédentaire. Au total, elle échange son surplus avec pas moins de sept États. Le problème est également adressé par les grands de la Silicon Valley : en début d’année, Tesla et Edison dévoilaient à Mira Loma (à l'Est de Los Angeles) la plus grande usine de stockage de batteries au monde (désormais concurrencée par une seconde ferme Tesla en Australie). L'installation, destinée à absorber l'énergie excédentaire du réseau pendant la journée et à la réinjecter lorsque l'offre diminue et que la demande augmente, permet de stocker suffisamment d'énergie pour alimenter 15 000 foyers en électricité pendant quatre heures. Le stockage d'énergie semble avoir de beaux jours devant lui ; et la Californie est d'ailleurs l'État qui emploie le plus d'individus dans cette industrie. Idem pour le solaire, qui emploie à l'échelle nationale plus de 250 000 personnes (The Solar Foundation) – un chiffre qui a augmenté d'au moins 20% au cours des quatre dernières années. Entre 2010 et 2015, la production d'énergie solaire a augmenté de plus de 1 738% ; et en 2016, l'industrie a ajouté 84 milliards de dollars au PIB des États-Unis.

SOLAR STAR

1,7 MILLION

de panneaux photovoltaïques

En terme de performance, les comtés de Kern et de Los Angeles abritent la seconde plus grande centrale solaire photovoltaïque au monde, Solar Star. L'électricité produite par les quelques 1,7 million de panneaux photovoltaïques permet d’alimenter l'équivalent d’environ 255 000 foyers californiens et réduit autant les émissions de CO2 que 106 000 voitures de moins sur la route chaque année. Desert Sunlight et Topaz Solar constituent également deux fermes majeures. À l'échelle plus locale, San Francisco a adopté l'an passé à l'unanimité une ordonnance stipulant que les toitures des nouveaux bâtiments de moins de dix étages devraient être équipées de panneaux solaires. Dans tout l'État, les citoyens sont financièrement encouragés à faire de même dans leur habitation. L'explosion du solaire en inspire plus d'un : la start up Soliculture construit des serres équipées en panneaux photovoltaïques translucides – et légèrement magenta – qui, en plus de favoriser l'agriculture, génèrent de l'électricité sans nuire à la croissance des plantes.

Un État dans le vent

La Californie concentre 4% des emplois éoliens – une industrie qui, à l'échelle nationale, devrait générer plus de 85 milliards de dollars d'ici 2020. L'Association Américaine de l’Énergie Éolienne (AWEA) classe l’État au second rang du pays pour son nombre de turbines et au quatrième pour sa capacité de production. Elle estime en outre qu'à l'échelle fédérale, plus de 12 milliards de dollars ont été investis dans le secteur. Alta Wind, qui figure parmi les quelques cent projets éoliens californiens, est le plus grand parc terrestre du pays et le second plus grand parc terrestre du monde.

FLOWE_LATELIER
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Si les projets éoliens offshore se concentrent aujourd'hui essentiellement sur la côte Est (l'océan Pacifique est trop profond pour y fixer des turbines), la Californie pourrait changer la donne avec le projet de parc éolien flottant de Trident Winds au large de Morro Bay, dans le comté de San Luis Obispo. Son activité débuterait a priori en 2025, avec une centaine de turbines reliées au plancher océanique par des câbles. Une première dans un État où la ferme éolienne la plus originale est celle de l'université de Stanford à turbines verticales. Dans un rapport commandé par le Département de l'Énergie, une équipe de chercheurs et d'ingénieurs estiment que le vent pourrait être une source viable d'électricité renouvelable dans l'ensemble du pays d'ici 2050 – date à laquelle l'énergie éolienne assurerait 35% de la production électrique, éviterait l'émission de 12,3 gigatonnes de gaz à effet de serre et permettrait d'économiser 980 milliards de litres d'eau.

De l'eau, de la chaleur et des matières organiques pour un panel d'énergies renouvelables complet

Au Nord de San Francisco, les montagnes de Mayacamas abritent le plus grand champ géothermique au monde : les Geysers. Ils constituent une immense source d'énergie, et 18 centrales y exploitent la chaleur pour produire de l'électricité en quantité suffisante pour alimenter 900 000 foyers dans les comtés de Sonoma, Mendocino, Lake, Marin et Napa. Les Geysers représentent 20% de toute l'énergie verte produite en Californie. Dans la Sierra Nevada, un complexe géothermique plus petit, celui de Mammoth, dispose de trois centrales, qui alimentent 22 000 foyers.

Enfin, le mois dernier, la California Energy Commission a approuvé un projet de biomasse dans le comté de Shasta et alloué 1,5 million de dollars à la société en charge de traiter les déchets forestiers.

La Californie ne travaille pas seule : elle entend bien inspirer le reste du pays et rencontre régulièrement les dirigeants politiques d'autres nations. Le Canada et le Mexique ont notamment signé un pacte mondial à San Francisco pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Un partenariat a également été signé avec la Chine afin de lutter contre le réchauffement climatique à l'échelle globale.

Rédigé par Marie-Eléonore Noiré
Journalist