66%

des espèces vivantes

menacées de disparition d'ici 2020

En 2016, la fondation World Wildlife Fund (WWF),  la plus importante organisation non gouvernementale en matière d'écologie, publiait, à l'occasion de son rapport biannuel « Planète vivante », des chiffres alarmants : les populations mondiales de poissons, d'oiseaux, de mammifères, d'amphibiens et de reptiles ont régressé de 58 % entre 1970 et 2012. La WWF prévoit en outre que ce chiffre passera à 66% en 2020. Une véritable saignée. Autrement dit, plus de la moitié des espèces vivantes sont menacées d'extinction ou ont d'ores et déjà disparu, et le phénomène touchera les deux tiers de la faune dans quelques années. Pour les écosystèmes, c'est un énorme cataclysme qui menace gravement la biodiversité à l'échelle planétaire, mettant également en péril l'existence de notre propre espèce, qui est entièrement dépendante de son environnement. Ce sont essentiellement la déforestation, la pollution et le braconnage qui sont responsables de cet anéantissement biologique. Dans une nouvelle étude qui vient de paraître, réalisée en partenariat avec les équipes de recherche du Tyndall Centre for Climate Change de l'Université d'East Anglia, WWF annonce que dans certaines régions du monde, ce sont près de 90% des espèces animales qui pourraient disparaître, ou voir leurs populations se réduire à quelques individus, d'ici 2080. Un tel scénario, s'il se révélait exact, pourrait à terme signer l'arrêt de mort de la biodiversité et, donc, de la vie sur Terre. Il y a plus que jamais urgence à agir, d'autant que le réchauffement climatique ne va rien arranger. Mais si l'être humain est inventif pour mettre au point des technologies qui ont pour défaut d'abîmer la planète, il l'est de la même manière pour trouver des moyens de la protéger.

Lutter contre le braconnage 

Le quatrième trafic illicite le plus rentable au monde, derrière la drogue, les armes et la prostitution, c'est le braconnage. On estime ainsi qu'il rapporte chaque année près de quinze milliards de dollars aux braconniers, qui revendent les animaux capturés dans des réseaux spécifiques. Sur ce marché illégal, un kilo de corne de rhinocéros vaut 50 000 dollars, c'est à dire plus qu'un kilo d'or. Ce véritable fléau, qui menace directement les espèces protégées, est en pleine expansion un peu partout sur la planète à cause des faibles peines encourues par les contrevenants et le peu de moyens que les pays sont généralement en mesure de déployer pour y faire face. Pour mettre un frein à ce massacre organisé – tous les jours près de cent éléphants sont tués en Afrique pour leur ivoire – la Fondation Lindbergh, dont la mission est de mettre en œuvre des projets qui utilisent la technologie au profit de l'environnement, a monté un partenariat avec la start-up Neurala, spécialisée en deep learning. Cette dernière a en effet conçu une intelligence artificielle qui est capable de différencier au niveau du sol animaux, véhicules et êtres humains, et qui équipe désormais la flotte de drones de la Fondation. Leur but est d'identifier et de traquer les braconniers. Dôtés de caméras thermiques, les drones géolocalisent toute activité qui leur paraît suspecte pour ensuite transmettre l'information aux gardes forestiers, qui n'ont plus qu'à intervenir. Déployé depuis l'année dernière dans les réserves d'Afrique du Sud, ce dispositif obtient d'excellents résultats et a même permis de faire cesser entièrement le braconnage dans certains endroits.

« Sur la zone où nous avons déployé nos drones de surveillance, le nombre de rhinocéros tués par mois est passé de 19 à zéro. » 

Massimiliano Versace, CEO de Neurala

Déforestation zéro 

Mais la biodiversité souffre également de la destruction des habitats naturels, dont la déforestation est en grande partie responsable. Or, une grande partie de l'abattage des arbres se fait de façon illégale, au nez et à la barbe des autorités, que ce soit en Amérique du Sud, en Asie ou en Afrique. Selon l'ONG Forest Trends, 90 % de la déforestation survenue au Brésil entre 2000 et 2012 était illégale. En Indonésie, 80 % de la déforestation est faite en violation de la loi, dans le but de produire de l'huile de palme, dont près des trois quarts sur les marchés d'exportation. Pour protéger les forêts, la start-up Rainforest Connection, basée à San Francisco, a mis au point un système ingénieux et très simple à déployer : un écosystème de smartphones programmés pour identifier le son des tronçonneuses. Positionnés à intervalles réguliers, les smartphones, qui peuvent chacun couvrir une zone de 2,5 kilomètres carrés et qui sont alimentés par de petits panneaux solaires, collectent en permanence tous les sons environnants, puis envoient ces données dans le cloud afin qu'elles soient analysées par un logiciel. Lorsque le son d'une tronçonneuse est identifié, un SMS ou un email, contenant une géolocalisation précise, est automatiquement envoyé aux autorités, qui peuvent alors intervenir. Même son de cloche pour l'ONG Witness, qui s'est fixée pour mission de permettre à quiconque, n'importe où, d'utiliser la vidéo et la technologie pour protéger et défendre les droits humains. Witness équipe ainsi les populations locales, victimes de la déforestation illégale, afin que celles-ci puissent documenter les infractions commises et aider les autorités à identifier les délinquants.

« Les communautés indigènes utilisent de plus en plus la vidéo et le smartphone pour combattre les crimes environnementaux, comme la déforestation illégale. »

Priscila Néri, Senior Program Manager chez Witness

BioCarbon Engineering
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Enfin, pour reconstituer les forêts, la start-up britannique BioCarbon Engineering s'est associée au fabricant français Parrot pour concevoir un drone qui utilise intelligence artificielle et cartographie 3D pour semer des graines aux endroits stratégiques. Testé en Australie, ce drone atypique est capable de semer 100 000 graines germées par jour, même dans les zones les plus inaccessibles. Une arme de replantation massive qui est en mesure de faire pousser des centaines de milliers d'arbres partout sur la planète.

Réduire la pollution de l'eau 

Autre grand fléau, la pollution des océans, des lacs, des rivières et des nappes phréatiques a un impact majeur sur la biodiversité. Si cette pollution représente un danger pour les espèces aquatiques, elle est également nocive pour les animaux terrestres qui peuvent contracter des maladies en buvant une eau douce souillée. La qualité de l'eau, qui est l'élément le plus important pour la vie, est donc une donnée fondamentale à prendre en compte pour protéger les écosystèmes. Dans cet esprit, une équipe de chercheurs de l'université américaine UCLA a mis au point un accessoire optique pouvant être fixé sur un smartphone et qui permet d'identifier la présence de mercure dans l'eau. Imprimé en 3D, simple à utiliser et peu cher, il réunit tous les atouts pour être utilisé par un grand nombre de personnes à travers le monde. Pus que d'éviter les zones à risques, l'idée est ici de géolocaliser de points d'eau contenant du mercure afin de les cartographier et de les traiter pour les assainir. Même son de cloche pour le projet Monocle, un réseau d'observation multi-échelles pour la surveillance optique des eaux côtières, des lacs et des estuaires, qui s'appuie sur des drones et des satellites pour effectuer ses mesures. Monocle a pour objectif de cartographier la pollution de l'eau à l'échelle mondiale en développant des outils que chaque citoyen peut utiliser, et notamment des applications. Les informations ainsi collectées sont cruciales pour identifier les régions où il faut dépolluer l'eau en priorité pour protéger les écosystèmes et éviter que des épidémies puissent se répandre parmi les populations animales.

cartographie mondiale  de l'eau polluée 

Monocle

On voit donc que les efforts déployés aujourd'hui par les chercheurs, les innovateurs et les activistes sont les garants de la biodiversité de demain. Si nous ne faisons pas attention à nos comportements et si nous ne rectifions pas rapidement le tir, notre espèce est clairement menacée. Même si le danger semble encore assez abstrait, une baisse importante de la biodiversité nous mettrait mortellement en péril. Grâce à l'innovation, il est aujourd'hui possible de réduire les effets de cette sixième extinction de masse. Demain, c'est l'ensemble des citoyens qui devra s'impliquer pour que notre planète reste aussi vivante que par le passé.

Rédigé par Arnaud Pagès
Journaliste indépendant, spécialisé dans les nouvelles technologies