Les technologies de l'information et de la communication (TIC) avancent dans les pays du Sud! Alors qu'en Afrique, le taux de couverture GSM atteignait 10% en 1996, il était de 60% en 2006. Et pour 2010, ce chiffre devrait s'élever...

Les technologies de l'information et de la communication (TIC) avancent dans les pays du Sud! Alors qu’en Afrique, le taux de couverture GSM atteignait 10% en 1996, il était de 60% en 2006. Et pour 2010, ce chiffre devrait s’élever jusqu’à 80%. Côté Internet, le continent africain recense 33.3 millions d’utilisateurs, soit un taux de pénétration de 3.6%. L’Asie est de plus en plus équipée, avec 398.7 millions d’internautes (10.7%), dont 40 millions en Inde. Ces résultats, s’ils semblent faibles par rapport à ceux de l'Europe et des Etats-Unis, restent néanmoins annonciateurs d’une dynamique.
 
840 millions de personnes touchées par la faim
 
Aujourd’hui, 840 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, en grande partie dans les pays en voie de développement. Et les trois quarts sont des agriculteurs. Les raisons de cette pauvreté sont nombreuses: mauvaises récoltes, moyens financiers inexistants, maladies, manque de moyens de communications entre les producteurs, faible implication des politiques... Avec une population mondiale estimée à 9 milliards en 2010, la situation risque de s'aggraver.
 
Pourquoi alors ne pas mettre les nouvelles technologies au service du développement et de la sécurité alimentaire? Il semble que tenter d’améliorer le secteur de l’agriculture et l’environnement pourrait avoir un effet levier qui, de fil en aiguille, pourrait apporter de nombreuses améliorations dans la chaîne de sécurité alimentaire.
 
L’idée n’est pas nouvelle, et de nombreuses initiatives ont déjà été menées ou sont en cours. Car les NTIC, comme leur nom l’indique, sont un réel moteur de développement qui permettent la circulation de l’information et de la connaissance. Et donc, par extension, une mutualisation des connaissances, une meilleure gestion des besoins, et une meilleure compétitivité pour les professionnels.
 
Le sujet semble occuper de plus en plus les esprits. Le meilleur exemple en est l’organisation du colloque Tech For Food qui s'est déroulé au Salon de l'Agriculture le 6 mars 2007, porte de Versailles à Paris. Pour cette première édition, organisations, institutions, chercheurs et entrepreneurs se sont réunis pour s'interroger sur les opportunités de déploiement de projets destinés à améliorer la sécurité alimentaire et la gestion de l'environnement par le biais de nouvelles technologies comme le téléphone mobile, Internet, le GPS, les images satellites et les outils d'aide à la décision.
 
Panorama des initiatives
 
En effet, améliorer la circulation de l'information, c'est permettre aux paysans et aux producteurs de mieux connaître et maîtriser l'évolution de leur métier, de favoriser les échanges et la recherche. Et donc de lutter contre la pauvreté ou les tentatives de manipulations de certains revendeurs qui tablent sur la méconnaissance de ceux dont ils achètent les produits. Plusieurs projets s'intéressent actuellement à cette problématique, comme PLATICAR, une plate-forme d'échange au Costa Rica mise en place par la FAO (Food and Agriculture Organization, un organisme des Nations Unies), pour permettre aux producteurs et aux chercheurs de mettre en commun et d'échanger les informations dont ils disposent.
 
RESIMAO (Réseau des systèmes d'information de marchés de l'Afrique de l'ouest), pour sa part, couvre neuf pays et, en collaboration avec des associations, des producteurs et des commerçants, délivre de nombreuses informations sur 350 marchés agricoles. But de ce programme déployé par le gouvernement ivoirien: donner la possibilité aux petits commerçants et aux producteurs de suivre les cours du marché du produit qui les intéresse et de consulter des offres d'achat grâce à un simple texto. Une autre structure, Tradenet.biz, propose les mêmes services dans plus de 11 pays. Et ça marche ! Dans un pays où les TIC sont en pleine expansion, et où les populations ont très vite plébiscité les téléphones portables, les producteurs individuels (en Afrique de l'Ouest, 20 à 30% d'entre eux possèdent un mobile) ayant eu recours à ces plates-formes d'information de marché auraient vu leurs profits augmenter de 20 à 25%.
 
Côté technologies spatiales, les promesses d'une amélioration sont également nombreuses, de la possibilité d'assurer une meilleure traçabilité des produits grâce à un système de surveillance basé sur la technologie GPS à la détermination de zones à risques pour les troupeaux par les images satellites. Ainsi, le Centre de Suivi Ecologique, au Sénégal, étudie ce type d'images pour détecter les zones de sécheresse et les foyers de zoonose, une maladie véhiculée par des moustiques et qui touche les troupeaux. Ces cartes satellites, en permettant de vérifier exactement l’emplacement des surfaces dangereuses, permettent d'anticiper ensuite la maladie grâce à la pulvérisation des mares suspectes et à des campagnes de vaccination.
 
Une réalité mitigée
 
Mais encore faut-il avoir pouvoir accéder à cette multitude de possibilités qu'offrent les nouvelles technologies. Car ces projets, qu'ils soient menés par des institutions, des organisations ou des entreprises privées, ne parviennent pas toujours jusqu'aux populations. En effet, malgré toute l'efficacité des services proposés ou la baisse du coût des portables et des cartes SIM (environ 4 dollars), la méconnaissance de l'utilisation de ces nouvelles méthodes, mais aussi l'inexistence de réseaux de télécommunications et l'impossibilité d'accéder à Internet dans de nombreuses régions, empêchent la circulation efficace de l'information.
 
Ils seraient en effet 500 millions d'agriculteurs à n'avoir pas accès aux technologies aujourd'hui. Et en 2004, moins d’une personne sur 10 bénéficiait en Afrique d’un abonnement à un service de téléphonie mobile.
 
Comment résoudre un tel problème? En n'oubliant pas l'importance du facteur humain. C'est-à-dire en préparant correctement les gens à ces outils, en tenant compte du contexte local, mais aussi en impliquant les acteurs locaux à de tels déploiements (organisations agricoles, associations de producteurs...). C’est ce qu’a rappelé Thiendou Niang, directeur du Réseau d’expertise des politiques agricoles (REPA) du Sénégal, en conclusion du forum Tech for Food. Selon lui, « pour faire en sorte que les espoirs que font naître les TIC deviennent une réalité tangible, il faut démocratiser l’accès à l’innovation, décentraliser les réseaux d’information, utiliser le potentiel des radios communautaires et rurales, et vulgariser le savoir et le porter à la connaissance des populations ». Et pour permettre aux populations résidant dans des zones non couvertes d'accéder aux informations, il est également nécessaire d'instaurer des systèmes de relais (panneaux d'affichage...).
 
Autre impératif: motiver les gouvernements à investir dans des réseaux nombreux et accessibles à tous. Et mobiliser les entreprises du secteur privé en leur faisant prendre conscience des possibilités de profits que recèle le déploiement de nouvelles technologies au niveau local et national. C'est ce que fait Manobi (voir interview), une société sénégalaise spécialisée dans la conception et la fourniture de services mobiles aux professionels. L'un de ses credos? Fournir des services à valeur ajoutée aux petits producteurs via les technologies de télécommunication. Et pour toucher un nombre important de la population agricole, la société travaille avec les opérateurs mobiles qu'elle incite à déployer des réseaux en leur montrant les possibilités de générer du profit.
 
Nouvelles technologies: un facteur de développement parmi tant d'autres
 
Améliorer la circulation de l'information, mieux gérer les besoins alimentaires et énergétiques, mieux se prémunir des risques infectieux, accroître la compétitivité des producteurs... L'apport des nouvelles technologies pour le développement et la sécurité alimentaire des pays du Sud est indéniable et nécessaire.
 
Mais croire que ces techniques sont la solution à une multitude de problèmes serait une erreur. C'est l'opinion de Saliou Sarr, riziculteur sénégalais et porte-parole du Conseil National de Concertation des Ruraux du Sénégal, le CNCR. Interrogé par L'Atelier, l'agriculteur a souligné que, des logiciels qui permettent de définir les dates de drainage aux avions qui sèment et traitent les plantations, les professionnels de la Vallée du fleuve Sénégal travaillent depuis un certain temps avec les nouvelles technologies.
 
Pourtant, malgré ces techniques évoluées et la présence de bons rendements, les revenus des producteurs ne cessent de diminuer. Comment accéder à des revenus plus conséquents? Pour le riziculteur, qui estime que le danger est de prêter aux nouvelles technologies des vertus magiques, "il faudrait permettre aux paysans d'avoir accès aux engrais, aux crédits, à l'eau, à un marché protégé, enfin, qui permettront aux paysans de vivre comme tout le monde".
 
Il estime qu'avant tout, l'utilisation des techniques nouvelles doit être remise à sa place, et considérée comme une chose normale à laquelle tout citoyen doit accéder. Comme l'eau, estime-t-il. Ou l'électricité. Or, pour le moment, cela n'est pas le cas. Et cela ne le sera pas tant que, conclut Saliou Sarr, "nos gouvernements, qui s'étaient engagés à investir 10% des budgets nationaux pour l'agriculture, ne le feront pas. Or 65% de la population sont des agriculteurs".
 
Le bilan? Il est simple: les choses avancent. Indéniablement. L’organisation d’un forum dédié parle d'elle-même. Et si la route est encore longue, gageons que cette problématique risque -enfin- de faire beaucoup parler d’elle!
 

Mathilde Cristiani, pour L’Atelier
 
(Atelier groupe BNP Paribas – 13/03/2007)