Les systèmes d’information multimodaux fédèrent les données des offreurs de transport et proposent à l’usager un choix ou un assistanat dans ses besoins de déplacement. Sont-ils exhaustifs et adaptés ?

Par Philippe Gautier, dirigeant de business2any.

Les systèmes d'information multimodaux (SIM), comme la plupart des systèmes d’information actuels, se focalisent sur les moyens et non sur les objectifs poursuivis par les pouvoirs publics : promouvoir les transports alternatifs ou publics, diminuer la congestion urbaine et le CO2… Or ces objectifs révèlent les enjeux suivants : favoriser l’offre et inciter la demande en impulsant un changement dans le comportement des fournisseurs de transport, des collectivités territoriales ou des usagers… Et réaliser les outils facilitant le développement et la mise en œuvre du transport multimodal. Les projets actuels ne traitent que ce dernier point et n’intègrent pas de façon formelle et dynamique les autres enjeux. En occultant la double nature socio-technique de la problématique posée, ces réalisations – si ambitieuses et sophistiquées soit-elles – peinent à dépasser l’échelon régional.

Des acteurs hétérogènes

Un SIMdevrait théoriquement aider – en temps réel - à construire, faciliter et maintenir la convergence de buts entre acteurs hétérogènes : besoins en déplacements vs offres de transport… Ces acteurs sont les opérateurs de transport structurés (forte expression du savoir-faire) et parfois connectés aux SIMen place. Ce sont aussi les nouveaux acteurs peu structurés qui opèrent sur des niches : vélib, auto partage, covoiturage, etc. Enfin, les usagers qui disposent de besoins propres, récurrents ou ponctuels et qui expriment leurs préférences en fonction du contexte. Leur comportement dépend de critères variés : environnementaux, économiques, de commodité... Ce dernier, basé sur la facilité d’usage, l’utilité et l’agrément, s’illustre aujourd’hui dans le succès des moyens de transport individuels : malgré les contraintes liées à leur emploi - coûts, circulation, écologie - leurs conditions d’accès ou de partage sont directement pilotées par l’usager, selon ses besoins.

Stimuler et piloter le changement

Un SIMdevrait donc faciliter les conditions d’accès ou de partage pour tous les moyens de transport, être utile et simple d’utilisation. Il devrait aussi savoir s’adapter à l’apparition de nouveaux acteurs ou à l’émergence de comportements (évolutions culturelles) impossibles à anticiper, prédire ou modéliser a priori. Il ne faudrait donc pas le concevoir de façon déterministe (standards, approche spéculative), mais plutôt le penser comme un système itératif capable de s’auto organiser en fonction d’une intégration méthodique du retour d’expérience. Cette approche serait en outre compatible avec une démarche incitative, gage d’efficacité, et permettrait d’opérer un renversement des valeurs économiques associées aux moyens de transport. Les méthodes de conception et de pilotage appropriées, disposant du formalisme nécessaire pour réussir, sont malheureusement rares dans les projets en cours...