De nombreuses études ont montré l’influence des technologies de réalité virtuelle et augmentée sur le cerveau humain, et notamment sur le rêve. Mais quels impacts pourraient-elles avoir sur le sommeil de demain?

VR & AR : les marchands de sommeil de demain ?

Jayne Gackenbach, psychologue canadienne à la MacEwan University d’Edmonton, a consacré la majeure partie de ses travaux à appréhender les effets des jeux vidéo et autres mondes virtuels sur le cerveau humain. Il ressort de ses nombreux travaux, que les réalités alternatives pénètrent l’inconscient des utilisateurs les plus assidus leur permettant même de contrôler leurs rêves. C’est ce que les scientifiques appellent le Game Transfert Phenomenon. L’immersion, permise par les technologies de VR et d’AR dans des mondes graphiques souvent inédits pour l’œil humain, engendre un stimulus particulièrement intense du cerveau, altérant les représentations du temps et de l’espace. Le rêve étant lui-même un espace « virtuel » auto-généré, la frontière du conscient et de l’inconscient, de l’éveil et du sommeil, tend à s’estomper davantage chez les habitués de ces technologies. Les expériences de la psychologue ont par ailleurs montré que la réalité virtuelle sous Oculus Rift élargissait considérablement les chances de vivre un rêve lucide.

Or, le rêve lucide implique également le contrôle partiel de son inconscient, ce qui ouvre la porte à de nombreuses interrogations. La première d’entre elle consiste à mesurer les bénéfices des rêves lucides en matière de stimulation cognitive. Patrick Bourke et Hannah Shaw, psychologues de l'université de Lincoln en Angleterre, se sont aperçus que les personnes faisant fréquemment des rêves lucides étaient plus enclines à résoudre des problèmes complexes. Ainsi de nombreux objets connectés se sont multipliés ces dernières années, les projets Luci, Remee ou iBand+ notamment, pour améliorer le sommeil de leurs usagers.  Sans véritable succès. Dans ce sens, la réalité virtuelle pourrait constituer une alternative efficace.

Plus encore, selon l’étude « Travelodge Future of Sleep », ces avancées semblent dessiner le futur du sommeil. Pour le futurologue, Ian Pearson, qui a mené l’étude, les réalités virtuelle et augmentée feront émerger des systèmes de management des rêves qui agiraient comme des coachs, offrant la possibilité aux individus d’apprendre ou de se divertir pendant leur sommeil. Cependant, ces tentatives de contrôle du rêve ne sont pas sans poser des questions éthiques. Comment laisser des entreprises investir ce dernier bastion de notre liberté qu’est le rêve ? Dans notre société régie par le diktat de la performance et de l’hypercontrôle, le rêve n’est-il pas notre dernière échappatoire ?

 
Rédigé par Théo Roux
Journaliste