Si vous, et moi, on a vu notre quotidien bouleversé par l'arrivée du numérique, qu'en est-il pour nos amis artistes? Qu'est ce que ça change? L'artiste est-il geek? Ou sans l'être, comment intègre-t-il les nouvelles techs dans son travail? Autant d'interrogations auxquels des artistes ont accepté de répondre pour la nouvelle rubrique de L'Atelier Numérique, 'Les Ouvertures de L'Atelier'. Récemment, on a reçu Wax Tailor.

Pour les néophytes, Wax Tailor est un musicien dit "électronique", magicien du melting pot expérimento-musical. Il prépare actuellement son prochain album, prévu pour le printemps 2012. Entre deux allers-retours entre Paris et New York, je l'ai coincé pour une interview.
Et ça donne ça:

Si on dit Wax Tailor, on pense électro. Electro = derrière les machines. On en déduit que vous, Wax Tailor, vous devez adorer les nouvelles technologies. C’est le cas ?

C’est clairement le cas. Après, ce n’est pas une fin en soi. J’ai toujours pensé que les machines et la technologie devaient être un outil, un outil qui devait être au service d’un projet d’idées etc. J’essaie donc de toujours garder un petit peu ce garde-fou, de considérer la technologie comme un outil qui permet d’aller un petit peu plus loin dans un projet. Mais en tout cas, je suis très bon client. C’est sûr.

Vous êtes quand même très présent sur les réseaux sociaux. De ce que j’ai vu, vous êtes sur Facebook, Twitter. Je vois un iPhone ou ce qui ressemble à un smartphone sur la table. Accro au web et aux smartphones?

Oui, clairement. On est tous un petit peu pareil. Je pense qu’on est conscient parfois qu’il y a même des excès. Un peu geek et consort. En même temps c’est fascinant. On vit une époque qui a des bons et des mauvais côtés. Et c'est intéressant la façon dont on peut restructurer et repenser justement les réseaux grâce aux nouvelles technologies. Donc oui, je suis assez présent en effet sur les réseaux sociaux.

Et cette addiction, elle est bienvenue ou pas?

Ca dépend des matins. Il y a des matins où on se dit « il faut relativiser, il faut peut-être prendre un… ». On finit par prendre un petit peu de distance face au monde réel. Il faut essayer de recadrer, voir sur quels réseaux sociaux être. Par contre, je crois que c’est une vraie opportunité qu’on a aujourd’hui d’avoir un contact direct avec les gens, de ne pas passer par le filtre des maisons de disque, etc., du cadrage. J’aime bien cette idée d’avoir des retours directement, de faire un concert et d’avoir un retour directement par quelqu’un, d’avoir un dialogue. C’est chronophage. Ca prend du temps mais cela vaut le coup en tout cas.

Par rapport à la création artistique. Vous voyagez beaucoup, vous collaborez avec énormément de gens. En ce moment, on a de plus en plus d’outils – je pense à Google Docs, je pense à Soundcloud, – qui permettent de mettre des données dans les nuages, des fichiers de musique. Est-ce que ce sont des outils que vous utilisez ?

Ce sont clairement des outils que j’utilise. Pendant très longtemps, j’ai favorisé le présentiel en studio avec des artistes. Mais quand on a la chance d’avoir des connexions avec des gens depuis très longtemps et qu’il y a cette problématique de distance, aujourd’hui j’ai le sentiment qu’on peut travailler différemment. Donc oui, cela m’arrive aussi de plus en plus d’utiliser des Dropbox, ce genre de choses pour envoyer des données, travailler à distance, avec un Skype au milieu pour pouvoir faire le debrief d’une séance de San Francisco à Paris. C’est une opportunité qu’on a. Ce serait quand même ridicule. Après, il faut qu’il reste quelque chose d’humain derrière tout cela. C’est aussi un autre type de relation. Et aujourd’hui, je pense que c’est quelque chose que beaucoup d’artistes ont assimilé, tout simplement.

Wax Tailor. « Wax », la cire, le plastique, le support physique. Est-ce que vous y êtes attaché à ce support-là ? Vous le vivez comment le passage au tout numérique ?

Il faut réussir à faire la part des choses. Encore une fois, c’est comme la nuance entre être nostalgique et être passéiste. Je suis peut-être un peu nostalgique et en tout cas pas passéiste. C’est-à-dire que j’ai aussi une collection de Mp3, des outils qui me permettent de voyager léger. Quand je vais faire un DJ set par exemple, je vais être capable d’aller jouer avec des fichiers et des choses parce qu'avec un Serato, cela va être intéressant de fonctionner comme cela. Cela ne m’empêche pas de collecter des choses. Il y a aussi un rapport peut-être affectif à l’objet. C’est quelque chose qu’on ne peut pas nous enlever.
Et de mon point de vue – et là je ne parle même pas de CD, je pense plus aux vinyls – le vinyl, c’est un rapport à l’objet comme certains peuvent l’avoir avec un livre tout simplement avec la force d’évocation de l’objet, son histoire, etc. Il faut garder le meilleur des deux mondes tout simplement.

Rédigé par Lila Meghraoua
Journaliste/Productrice radio