Développeurs d’excellence, un marché local propice aux tests avant de devenir global et adapté au marché des pays émergents, l’Inde a tous les atouts pour être une « startup nation ».

« BlaBlaCar a visé juste. Il est impossible d’être leader mondial, aujourd'hui, sans être en Inde »

Associé chez StartupBRICS, et installé à Bangalore, Arnaud Auger décrypte pour L’Atelier numérique les raisons du succès des start-up indiennes, et pourquoi une start-up française gagnerait à s’installer en Inde.

Entretien.

Vous avez organisé fin juin un évènement StartupBRICS autour des start-up indiennes. Prenons la question inversée : pourquoi une start-up française aurait intérêt à entreprendre en Inde ?

Arnaud Auger : Avec la French Tech, on parle beaucoup d’entreprises françaises qui doivent avoir vocation à devenir mondiales. C'est d’autant plus un impératif, à l’heure de l’économie numérique où il y a une seule règle : c'est le leader qui mange tout. Soit les start-up françaises aspirent à être des leaders mondiaux, comme le fait Blablacar qui s’est installé en Inde, soit elles seront amenées à être mangées par les startups américaines, chinoises ou indiennes qui arriveront sur le marché. C’est une première chose : avoir l’ambition de la croissance. Et c'est impossible d’être leader mondial, aujourd'hui, sans être en Inde.

On évoque aussi beaucoup la qualité des développeurs indiens ?

Oui, quand on parle de l'Inde, on pense d'abord à un marché potentiel de 1,2 milliards d’habitants. Mais il ne faut pas oublier la classe moyenne supérieure. L’Inde représente 300 millions de consommateurs qui vivent dans un foyer à 3 000 $ de parité de pouvoir d’achat. Et surtout, il existe des ressources. Parmi ces ressources, près de deux millions de personnes qui travaillent dans le secteur de l’IT et sont reconnues pour leurs compétences : elles représentent notamment 30 % des ingénieurs d’Apple. Si Apple était connu pour faire des produits low cost, ça se saurait. Si beaucoup d’ingénieurs indiens sont installés dans la Silicon Valley, beaucoup restent en Inde. Des talents restent en Inde pour saisir les opportunités du marché indien. L’Inde est un pays avec plus de 8 % de croissance.

Peut-on aujourd’hui parler d’une Silicon Valley indienne ? Existe-t-il une ville qui se détache ?

Oui, près de 50 % des start-up indiennes sont à Bangalore. Bangalore est une ville qui a émergé grâce au secteur de l’IT. Près de la moitié des habitants du Bangalore travaillent de près ou de loin dans le secteur de l’IT. C'est une vraie Silicon Valley, qui s’étend jusqu’à Chennai et à Hyderabad.

De ce que vous observez, quels sont les points forts et points faibles des start-up indiennes ?

À mon sens, le point faible, pour l’instant, est le niveau de maturité de l’écosystème start-up indien. Il n’est pas aussi fort que celui de l’écosystème américain ou français. Le niveau du commerce en Inde est à peu près au niveau du commerce français au début des années 2000. En revanche, leur force est dans leur rapidité à se développer, grâce à leurs développeurs, mais aussi ces dizaines de milliers de personnes, qui permettent de tester votre application. Le marché local est suffisamment conséquent. La force des start-up américaines réside d’ailleurs dans le fait qu’elles peuvent d'abord se concentrer sur leur marché local de 300 millions d’habitants, avant de devenir globales. Les Indiens peuvent faire ça aussi. Seuls, les États-Unis, la Chine et l’Inde ont des marchés domestiques suffisamment grands pour permettre aux entreprises de se concentrer sur un seul marché et se développer. Les start-up indiennes ont aussi cette force de savoir s’adapter aux contraintes spécifiques des pays émergents, notamment en matière de connectivité.

Rédigé par Lila Meghraoua
Journaliste/Productrice radio