140

MILLIARDS

DE DOLLARS DE PAIEMENTS EN LITIGE DANS LE SECTEUR DU TRANSPORT DE BIENS

La blockchain est une technologie intéressante tant elle peut investir des domaines divers et variés. Si l'on connaît maintenant plus ou moins ses applications dans le secteur financier, là où elle s'est le plus souvent illustrée, les industries culturelles, la santé ou encore l'énergie, on ne sait pas toujours que la blockchain a beaucoup à offrir au secteur de la mobilité. Des personnes mais aussi des marchandises.

La « supply-chain » (ou chaîne d'approvisionnement en français) est sans doute l'industrie la plus pertinente pour ce que la blockchain permet de faire. Construite comme une chaîne de blocs, la technologie blockchain est complètement adaptée à la gestion logistique de flux et pourrait trouver de très nombreuses applications. Elle peut en effet se révéler très utile quand de nombreux acteurs sont interdépendants avec des responsabilités différentes mais liées. Car on le sait, le transport de biens implique de nombreux acteurs et l'articulation entre eux peut parfois s'avérer très complexe. À titre d'exemple, l'envoi de produits réfrigérés d'Afrique vers l'Europe implique plus de trente organisations et occasionne 200 communications différentes. Résultat, il y a plus de 140 milliards de dollars de paiements qui font l'objet de litiges dans l'industrie du transports de biens, pour cause de confusion entre factures, rejets réciproques de responsabilités, etc. C'est justement à cette problématique que la blockchain ambitionne de s'attaquer.

La blockchain est en route pour optimiser les processus de livraison

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Les smart contracts pour organiser les intermédiaires et réduire les délais de livraison

Les smart contracts 

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Pour rationaliser les chaînes d'intermédiaires, IBM a par exemple développé avec Maersk, considéré comme le plus grand armateur de porte-conteneur du monde, une plateforme qui se propose de digitaliser toutes les étapes de la chaîne de transport. En effet, la gestion de ces chaînes demande encore de se soumettre à une multitude de procédures administratives successives, ce qui coûte du temps et de l'argent aux entreprises et ralentit les échanges. La digitalisation de ces

« process » et l'utilisation de la blockchain peut ainsi créer de la confiance et de la transparence en même temps qu'elle optimise les services.

Aussi, l'utilisation de smart contracts garantit la bonne mise en œuvre de la supply chain. Concrètement, si l'on prend l'exemple d'un envoi de fleurs du Kenya vers Rotterdam, l'exploitant agricole va pouvoir créer et compléter en ligne tout les documents nécessaires à son besoin de transport. Ce smart contract numérique va impliquer toutes les organisations et intermédiaires devant être concernés dans l'échange, y compris les autorités douanières et portuaires. Toutes les parties prenantes au contrat pourront signer en ligne les documents nécessaires. Les transporteurs, quant à eux, seront tenus au courant en temps réel de la réalisation de chaque étape de transport pour préparer au mieux les conteneurs nécessaires. La blockchain est donc ici utilisée pour sécuriser cet échange de données avec un registre infalsifiable qui peut ainsi réduire le risque de fraude – qui représente plusieurs milliards de dollars chaque année. Accélérer les processus contribue également à réduire les délais de livraison pour les particuliers.

Sécuriser les échanges et responsabiliser les acteurs

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Responsabiliser les acteurs en sécurisant les échanges

L'Organisation mondiale du commerce estime que la réduction des dysfonctionnements de la supply chain pourrait augmenter le PIB mondial de 5% et le volume total d'échanges de 15%. C'est pourquoi Savi Technology, qui est une autre plateforme de suivi du transport, utilise des capteurs à disposer sur les paquets et palettes à transporter. Ces capteurs enregistrent automatiquement les étapes de livraison directement sur un registre numérique. Savi réfléchit aussi à envoyer les informations sur une blockchain pour améliorer le suivi mais aussi établir les responsabilités. On le sait, il est difficile de savoir et encore plus de prouver la source et la cause d'une faute, d'une casse, d'une perte ou d'un vol lors d'un processus de livraison.

Le capteur que développe la société pourrait, en ce sens, enregistrer le moindre choc, le moindre changement brutal de température et ainsi permettre d'établir à qui incombe la responsabilité au moment de l'incident. Cela permet de faire jouer l'assurance de l'intermédiaire en question plus facilement, voire même automatiquement en cas de smart contract plutôt que de multiplier les échanges pour définir qui est responsable.

Aux États-Unis, un écosystème d'acteurs mobilisés autour de la blockchain

Un  écosystème circulaire

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Aux États-Unis, ces différents acteurs de la supply chain se sont déjà mobilisés pour accueillir la blockchain dans leurs activités. En ce sens, une Alliance pour la blockchain dans l'industrie du transport de biens, la BITA, a déjà été créée, recensant des dizaines de membres de renom dont UPS, PENSKE, FedEx ou Uber Freight, Bridgestone. De nombreuses start-up spécialisées dans la logistique sont aussi de la partie. L'objectif de ce consortium est de trouver les cas d'usage précis et, surtout, le cas échéant, d'harmoniser les normes pour que tous les acteurs de l'industrie soient sur la même longueur d'onde. Elle œuvre aussi dans la formation de tout les acteurs aux logiques, aux techniques et aux ressorts que peut permettre la technologie blockchain pour que tous soient égaux face aux transformations que la technologie peut induire.

Les distributeurs sont d'ailleurs également impliqués dans la blockchain. Par exemple , Walmart utilise la blockchain avec IBM pour optimiser la sécurité alimentaire. Il existe une règle, en cas de problème, qui édicte que tous les produits alimentaires potentiellement suspects sont présumés coupables. Or, cela va à l'encontre des enjeux environnementaux et durables que la grande distribution tente de plus en plus de résoudre. Il faut donc un système pour prouver que ces produits sont sains si l'on veut éviter le gaspillage alimentaire. Walmart a ainsi digitalisé le parcours de ses produits alimentaires avec ses fournisseurs pour permettre d'avoir tout l'historique de transport depuis le producteur. En augmentant la traçabilité, cela peut permettre, le cas échéant, d'établir si un lot de produits alimentaire a été en contact ou non avec un lot incriminé et, en cas de rappel de produits suspects, d'éviter de jeter des lots pouvant être épargnés de tous soupçons. Tout en améliorant la sécurité alimentaire, cela permet donc de réduire les coûts et le gaspillage alimentaire.

Rédigé par Théo Roux
Journaliste