Dans quelle proportion le téléchargement de musique en ligne a-t-il évolué au niveau mondial depuis la naissance de Napster en 1998 ? Combien compte-t-on d’aficionados de la musique en ligne aujourd’hui dans le monde ? Et en France ?

Le volume incertain du téléchargement de musique en ligne Dans quelle proportion le téléchargement de musique en ligne a-t-il évolué au niveau mondial depuis la naissance de Napster en 1998 ? Combien compte-t-on d’aficionados de la musique en ligne aujourd’hui dans le monde ? Et en France ? A aucune de ces questions il n’est possible de répondre clairement, ce pour plusieurs raisons. La première concerne tout simplement les sources : il n’est pas d’institut qui aujourd’hui dispose d’informations fiables sur la proportion d’internautes qui téléchargent de la musique en ligne dans le monde entier. Au niveau européen, même chose. Nous ne disposons donc aujourd’hui que d’une information hétéroclite, dont l’analyse est plus qu’ardue. Seconde raison : A ses débuts, le téléchargement de musique en ligne sur des réseaux peer-to-peer avait bonne presse auprès des internautes qui s’échangeaient les adresses et les outils à télécharger pour profiter des mines d’or de fichiers. Depuis les attaques de l’industrie musicale, ses dépôts de plainte, et sa médiatisation des risques encourus par les internautes, le téléchargement en ligne n’a pas nécessairement baissé, mais les internautes parlent moins de leur fréquentation des réseaux P2P. Une réalité qui rend des sondages et des études basées sur le déclaratif de moins en moins fiables. Cependant, s’il est délicat de chiffrer l’évolution du téléchargement en ligne dans le monde - on sait simplement qu’en 2000, 38 % des internautes déclaraient avoir déjà téléchargé des fichiers musicaux en ligne, (un sondage Ipsos-Reid mené dans 35 pays) – il est possible de déterminer le nombre d’utilisateurs des services légaux et payants dans certaines régions du monde (type Apple iTunes, Napster ou Rhapsody). Le 22 janvier dernier, l’Ifpi (International Federation of the Phonographic Industry) rendait public son rapport 2004 sur la musique en ligne légale, et établissait à 500.000 le nombre de clients européens pour les services légaux de musique en ligne. C’est en 2004 surtout que l’on devrait assister à un véritable décollage du marché européen et mondial, avec le lancement de nouveaux services ou l’expansion de ceux existants à de nouvelles zones. .

Les services dont le lancement est prévu pour 2004

Etats-Unis Europe Reste du monde

Hewlett-Packard Micorosft Amazon MTV Networks iTunes Napster 2.0 Coca-Cola PlayLouder (GB) Rhapsody (GB) Phonoline (Allemagne) T-Online (Allemagne) EMusic Kft (Hongrie) PureTracks (Canada) ITunes (Canada) MusicNet (Canada) Napster 2.0 (Canada) Ninemsn (Australie) iTunes (Japon) iBiz (Taiwan)

Source : Ifpi, janvier 2004

S’il est complexe de déterminer le volume du téléchargement légal et illégal de musique, il reste possible d’en dégager les grandes tendances. Certaines études, bien menées, permettent par exemple de déterminer le profil des internautes qui téléchargent de la musique : Quel âge ont-ils, dans quels pays vivent-ils, de quel équipement informatique jouissent-ils, etc. ?   Les adeptes du peer-to-peer, qui sont-ils ? De jeunes internautes… La classe d’âge qui mène la danse du téléchargement en ligne est sans conteste celle des 18-24 ans. En 2000, sur les 35 pays concernés par le sondage Ipsos-Reid « Face of the Web 2000-2001 », 61 % des internautes âgés de 18 à 24 ans avaient déjà téléchargé de la musique en ligne. Loin derrière, les 25-34 ans ne sont cependant pas mal représentés (42 %).

Evolution de la proportion d’internautes ayant déjà téléchargé de la musique en ligne

Tranche d’âge 2000 1999

18-24 ans 61 % 53 %

25-34 ans 42 % 37 %

35-54 ans 29 % 31 %

55 ans et plus 16 % 16 %

TOTAL 38 % 36 %

Source : Ipsos-Reid, mai 2001

Ce sont plus précisément les adolescents (12-19 ans) qui téléchargent de la musique en ligne : une étude américaine, menée par Digital Marketing Services auprès d’un échantillon de 2000 adolescents internautes a révélé que plus de 80 % d’entre eux avaient déjà écouté de la musique en ligne. 50 % de ceux-ci avaient téléchargé un fichier musical. De jeunes internautes occidentaux et asiatiques surtout… Certains pays se distinguent plus nettement, dans le domaine du téléchargement de musique en ligne, et notamment ceux d’Amérique du Nord, et d’Asie du Sud-Est, où le nombre d’internautes âgés de 18 à 24 ans (la population la plus concernée, tous pays confondus) ayant déjà téléchargé de la musique en ligne peut atteindre les 76 % ! En Europe, seuls la Suède (75 %) et l’Italie (70 %) figurent à ce « top ten ». Le « top ten » des proportions d’internautes qui téléchargent de la musique en ligne (en %)

Source : Face of the web, Ipsos-Reid, mai 2001 De jeunes internautes occidentaux et asiatiques ayant accès à l’Internet haut débit Jeunes, plutôt occidentaux ou asiatiques, les adeptes des réseaux de P2P ont en outre un point en commun qui semble assez évident : leur équipement informatique. Le téléchargement de musique en ligne est ainsi une activité rendue plus aisée grâce à une connexion haut débit. Le téléchargement est l’une des opérations en ligne qui montre un écart significatif entre les internautes connectés au bas débit et ceux connectés au haut débit (avec la messagerie instantanée, les jeux en réseau, l’écoute de la radio, etc.). Selon une étude de l’institut de sondage Ipsos menée en novembre 2002 auprès de 37.000 individus sur le web, il apparaît que les internautes bénéficiant d’une connexion haut débit (20 % à l’époque, ADSL ou câble) sont 35 % à télécharger de la musique en ligne, contre 17 % des abonnés au haut débit.

L’avenir du téléchargement en ligne La progression globale de l’activité Comment peut-on imaginer le paysage du téléchargement en ligne, dans quelques années ? Les actions en justice de l’industrie musicale vont-elles avoir un impact sur la fréquentation des réseaux comme Kazaa ou Grokster ? Quel est l’avenir des services payants de téléchargement ? Globalement, avec la pénétration du haut débit, et l’arrivée sur le marché d’équipements qui relayent le téléchargement en ligne, il est aisé d’imaginer que le téléchargement global (légal et illégal) va augmenter. En sus, il n’y a aucun doute que les lecteurs de portables de musique numérique, dont le parc devrait quadrupler entre 2002 et 2006, vont stimuler le téléchargement en ligne, par exemple.

Parc de lecteurs portables de musique numérique dans le monde

Année Nombre d’unités

2002 7,2 millions

2006 30 millions

Source : In-Stat/MDR, mai 2002

  L'avenir des services payants Ce succès escompté du téléchargement, les services payants de l’industrie musicale devraient en bénéficier. A la mi-mars 2004, Apple communiquait déjà sur la vente de 50 millions de chansons via l’iTunes, son service de musique en ligne, lancé en avril 2003. Ces cinq prochaines années, le poids des ventes en ligne de musique par rapport au marché total devrait augmenter significativement. Les analystes d’Inform Media Group estimaient en septembre 2003 que le poids des ventes de musique en ligne sur le marché total, à hauteur de 4,5 % en 2003, grimperait à 11,5 % en 2008.

Poids des ventes de musique en ligne, dans le monde, par rapport au marché total

Année Musique en ligne / Marché total (en %)

2003 4,5

2008 11,9

Source : Informa Media Group, septembre 2003

Une progression que semble confirmer les chiffres de l’Ifpi concernant les intentions des internautes de payer pour télécharger de la musique. Selon l’institut, qui cite une étude de MTV, ils seraient un tiers des adeptes de la musique en ligne à accepter de payer pour télécharger de la musique de bonne qualité (un atout dont se réclame l’industrie musicale). L’avenir du téléchargement illégal L’avenir du téléchargement illégal est plus difficile à entrevoir, à l’heure où il est impossible de savoir quels vont être les résultats des actions en justice de l’industrie musicale, quelles solutions technologiques peuvent être imaginées pour protéger les œuvres sous copyright, etc. Le nombre de fichiers illégaux : Selon l’Ifpi, le nombre de fichiers illégaux disponibles sur les réseaux P2P aurait cependant diminué, passant de 500 millions en avril 2002 à 1 milliard en avril 2003, pour ensuite baisser à 800 millions en janvier 2004.

Nombre de fichiers musicaux circulant illégalement sur les réseaux P2P

Avril 2002 Avril 2003 Janvier 2004

500 millions 1 milliard 800 millions

Source : Ifpi, janvier 2004

  Les internautes téléchargent-ils réellement moins sur les réseaux d’échange de fichiers ? Il est permis d’en douter, simplement parce que beaucoup d’entre eux ne savent pas que c’est illégal, ou estiment que l’illégalité de ce téléchargement n’est pas fondée. Le point de vue des internautes L’ignorance des individus est régulièrement corroborée par des études comme celle de Nielsen NRG, publiée le 18 mars 2004 et qui révèle que 40 % des parents américains déclarent ignorer que les échanges gratuits de fichiers audio et vidéo par Internet sont illégaux. Autre chiffre : selon un sondage menée par l’Ifpi en décembre dernier, seul un internaute sur quatre en Europe est conscient de l’illégalité du téléchargement gratuit de fichiers musicaux protégés. En sus de cette ignorance, à laquelle l’industrie musicale tente de remédier à grands coups d’annonces et de campagnes d’information, beaucoup d’internautes ne comprennent pas l’illégalité de l’échange de fichiers protégés, ou/et pensent qu’elle n’est pas fondée. Par exemple, si 75 % des internautes américains sont d’accord sur l’illégalité de la vente de fichiers précédemment téléchargés gratuitement, ils estiment que télécharger et échanger des fichiers pour son usage personnel ne devrait pas être interdit (source : Harris Interactive, janvier 2004). Et selon 70 % de ces internautes, le téléchargement de musique sur Internet serait beaucoup moins important si les prix des CD était moins élevé... Le problème des sondages Après les actions coup de poing de la RIAA (Recording Industry Association of America) en 2003, visant à poursuivre devant les tribunaux américains des adeptes du téléchargement en peer-to-peer, il a beaucoup été dit que le téléchargement en ligne avait largement diminué. Une étude de ComScore Media Metrix et de Pew Internet annonçait début janvier 2004 que le pourcentage d’internautes américains pratiquant le téléchargement en ligne avait baissé de 29 % à 14 % entre le printemps et l’automne 2003. L’étude, citée par toute l’industrie musicale, a été immédiatement remise en question, au vu de sa méthode d’investigation, basée uniquement sur les déclarations des internautes. Des sondés qui n’ont pas réellement intérêt à affirmer qu’ils téléchargent, à une période où la RIAA communique sur la condamnation d’internautes pour téléchargement illégal sur la toile.