L'OCDE vient de publier les résultats préliminaires d'une étude sur les "incidences économiques et sociales du commerce électronique". Pour sa part, le second rapport de la mission Lorentz pour le...

L'OCDE vient de publier les résultats préliminaires d'une étude sur les "incidences économiques et sociales du commerce électronique". Pour sa part, le second rapport de la mission Lorentz pour le commerce électronique, remis à Dominique Strauss Kahn le 5 février dernier, comprend un volet spécifique sur "l'emploi". D'autres études abordent rapidement le sujet comme celle de Gemini Consulting pour la Commission européenne, intitulée "Stratégies induites par le contenu et le commerce sur les réseaux mondiaux". Malgré leur abondance, l'incohérence de ces rapports est totale. Selon Gemini Consulting "environ 500 000 emplois liés à l'économie des réseaux seront probablement créés d'ici 2002", cependant "de nombreux emplois vont disparaître également" sans davantage de précision. Les auteurs concluent que "l'impact net à court terme de la révolution des réseaux sur la création d'emplois dépendra de la réponse des individus, des entreprises et des gouvernement en matière de formation et de mobilité". Le volet "emploi" de la mission Lorentz estime qu'il y aura trois millions d'emplois supprimés entre 1998 et 2005, puis six millions d'emplois créés entre 2005 et 2010 en Allemagne, en France, en Italie et au Royaume-Uni. Animateur du groupe de travail "emploi" de la mission Lorentz, Yves Lasfargue déplore "les études qui donnent des chiffres ne les justifient jamais, ce qui prouve qu'il s'agit d'études idéologiques. En outre, elles confondent souvent commerce électronique et nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC). On est dans le flou". Basé sur des données américaines, le rapport de l'OCDE est, pour sa part, très prudent. Le commerce électronique ayant pour conséquence la réduction des stocks et des coûts de distribution, l'OCDE en conclut que l'on pourrait craindre "des délestages massifs d'emplois". Toutefois, durant la période où les entreprises expérimenteront le commerce électronique tout en conservant la vente au détail traditionnelle, "il apparaît plus vraisemblable qu'il y aura des créations nettes d'emplois à court terme" "A plus long terme, la conjugaison de nouveaux produits, de l'accès à un marché élargi, de gains de revenus et de prix plus faibles conduira à des gains nets d'emploi". Selon le rapport, ces observations sont toutefois "pure conjecture étant donné que le commerce électronique ne représente encore qu'une part très réduite de l'activité économique générale". Les agences de voyages, les bureaux de poste (menacés par les messageries rapides), la vente au détail figurent parmi les secteurs sensibles où l'impact sera au final "sans doute négatif sur l'emploi". Le secteur de la finance et de la banque est aussi "susceptible d'être très affecté". Le rapport de la mission Lorentz estime que les suppressions d'emplois en France seront plutôt liées à "l'informatisation croissante des échanges entre entreprises qu'à l'accroissement du commerce électronique avec les particuliers". Selon Yves Lasfargue, les emplois administratifs, particulièrement visés, pourraient être réduits de "25 à 30 % dans certains services". Les créations d'emplois seront "surtout dues au développement du secteur des matériels et logiciels nécessaires à Internet (mais une grande partie n'est pas faite en France". Le rapport souligne également que "le commerce électronique va provoquer un bouleversement des compétences et des conditions de travail". Yves lasfargue reconnaît "on ne sait pas du tout si le solde d'emplois sera positif ou négatif. Mais tous les secteurs sont concernés. L'enjeu social est donc très important. Or, pour le moment, les syndicats réfléchissent très peu sur le sujet". (Informatiques Magazine - 26/03 - Le Monde Economie - 30/03/1999)