Le paysage français du livre fait figure d'exception avec ses 1 300 maisons d'édition. Cet éclatement se retrouve également sur le marché naissant des cyberlibrairies. Près de 70 sites marchands s...

Le paysage français du livre fait figure d'exception avec ses 1 300 maisons d'édition. Cet éclatement se retrouve également sur le marché naissant des cyberlibrairies. Près de 70 sites marchands sur Internet affectés aux livres se sont disputés l'an passé 20 millions de F, selon les estimations du cabinet Benchmark Group. Comparé à la quinzaine de milliards dégagée traditionnellement par le marché de l'édition en France, c'est peu. Ces nouveaux acteurs, d'origines diverses, sont distributeurs ou libraires (La Fnac, le Furet du Nord), grossiste (Alibabook) ou spécialiste du Minitel et de la logistique (Alapage). Tous connaissent un taux de croissance exponentielle. Le responsable d'Alapage indique "nous avons réalisé l'année dernière un chiffre d'affaires de 3,5 millions de F. Or, pour le seul mois de février 1999, notre enregistrement de commandes s'élève à près de 1,4 million de F". Si la loi Lang de 1982 sur le tarif unique du livre empêche la guerre de se porter sur les prix de vente, chacun des acteurs revendique le choix le plus large, les fonctionnalités les plus utiles ou le contenu rédactionnel le plus complet. Alors que l'assortiment d'une librairie traditionnelle se situe autour de 10 000 à 20 000 livres (50 000 pour les plus importantes), la moitié des cyberlibrairies offre un catalogue de 300 000 à 400 000 références. Antoine Cahen, le responsable d'Alapage explique "ce fonds est primordial dans notre activité car si, dans une librairie classique, la majorité de l'activité découle de la vente de quelques milliers de références dont les best-sellers, à l'inverse la grosse part des ventes des cyberlibrairies se fait sur les livres rares ou épuisés". Toutes ces cyberlibraires proposant pratiquement les mêmes services, il devient difficile pour l'internaute de s'y retrouver. Chaque nouvelle fonctionnalité est en effet immédiatement copiée par l'ensemble des acteurs du marché. Conséquence, le ticket d'entrée dans le secteur enregistre une forte inflation, comme l'explique Antoine Cahen "pour figurer dans le peloton de tête, la mise initiale est de l'ordre de 40 millions de F, 20 millions pour obtenir une base de données de qualité, 10 millions pour la mise en place de la plate-forme logistique, 10 autres millions pour s'assurer une visibilité à savoir la recherche de partenaires, la publicité et le marketing". Le PDG d'Alibabook, résume ainsi "on est tous confrontés à cette folie. Nous sommes contraints de dépenser énormément en marketing sans trop savoir où l'on va. Mais si on a la chance de faire partie des premiers, on peut espérer, à terme, empocher des gains substantiels". (Le Figaro - 26/03/1999)