Et si les pages Web n'étaient pas unisexes ? Si le graphisme, le langage choisi et le mode de navigation étaient des messages subliminaux destinés à établir le sexe auquel...

Et si les pages Web n'étaient pas unisexes ? Si le graphisme, le langage choisi et le mode de navigation étaient des messages subliminaux destinés à établir le sexe auquel ils plairont ? C'est ce que des chercheurs de l'université galloise de Glamorgan tentent de faire entendre grâce à l'étude qu'ils ont menée.
Des différences "criantes" selon que le créateur est un homme ou une femme
Au départ, l'étude cherchait à établir les différences de design entre les pages créées par des femmes et celles qui avaient été créées par des hommes. "Nous avons commencé nos travaux en étudiant les pages Web personnelles créées par 60 étudiants de l'université, 30 femmes et 30 hommes", explique Gloria Moss, chargée de la recherche. Le constat est décevant puisque "nous nous sommes aperçues qu'elles ne comportaient pas de différences majeures en termes de design".
Les chercheurs se sont donc tournés vers des éléments plus précis comme "le langage, les images utilisées, les modes de navigation". Ils tenaient enfin la clef puisque les différences entre les "pages femmes" et les "pages hommes" s'avéraient cette fois "criantes".
D'où proviennent ces spécificités ? Les hommes choisissent des lignes droites quand les femmes optent pour des formes plus arrondies. Les hommes préfèrent qu'il y ait peu de couleurs sur le fond d'écran et l'interface. Le langage qu'ils utilisent est formel et expert. Ils ont davantage tendance à vanter leurs mérites et leurs capacités. Les femmes restent plus discrètes.
Dis-moi qui tu es et je te dirai qui viendra consulter ta page !
Les chercheurs ont ensuite testé l'appréciation des pages selon le sexe. Les résultats ont été clairs. "Les statistiques sont une matière complexe, mais il n'y a aucun doute sur cette tendance extrêmement claire qui veut que les préférences des hommes et des femmes vont aux sites réalisés par des personnes de leur sexe", explique le docteur Rod Gunn, statisticien et chercheur.
Les chercheurs affirment que cette trouvaille doit devenir une préoccupation primordiale pour le créateur du site. Les éléments de la page Web doivent être définis selon le segment des internautes qui est ciblé.
En poursuivant l'étude, les chercheurs ont réalisé que 94 % des pages Web analysées avaient une empreinte masculine. Et leur conclusion s'est avérée puisque seulement 7 % des pages avaient été réalisées par des équipes majoritairement voir totalement féminines. "L'absence d'une esthétique féminine au sein des sites Web les rend de fait moins efficaces puisque la moitié au moins la population n'est pas emballée par le site, constate Gloria Moss.
Si l'on considère que les internautes se répartissent également entre les deux sexes, cette étude pourrait bien être le vecteur de la parité dans la conception de sites Web ! Si la moitié des internautes sont des femmes, dans un souci d'efficience, la moitié des sites devront être conçus par des femmes. En tout cas, l'université propose un service de conseil aux entreprises qui souhaitent que la création de leur page Web soit en réelle adéquation avec le public ciblé. La parité va loin !
Ornella Nomber, pour l'Atelier
(Atelier groupe BNP Paribas- 22/10/2005)