fashion revolution

Jamais le monde de la mode n'aura été aussi conscient des enjeux politiques, économiques et sociaux de cette industrie, considérée comme la deuxième plus polluante au monde après celle du pétrole. Derrière le glamour et les paillettes, les extravagances et les élégances, existent des réalités bien plus sombres, que de nombreux acteurs tentent de mettre en lumière. Car l'univers de la mode est au cœur de tous les paradoxes : entre luxe et misère, permanence et obsolescence, provocation et classicisme, elle joue comme un miroir complexe de notre réalité et dessine ses tissus et ses matières à l'image de notre époque. La mode en dit en effet beaucoup sur notre temps, ses impérialismes, ses guerres, ses paix, ses rebellions, ses intérêts. Aussi, penser la mode, c'est penser les femmes et les hommes qui la portent mais aussi celles et ceux qui la conçoivent, la fabriquent, la transportent ou la vendent. C'est penser les rapports sociaux, l'image, la représentation, le rapport à soi et aux autres. C'est penser l'Homme.

Sur les podiums, les marques sont de plus en plus nombreuses à s'engager. L'ère des scandales est terminée. Le monde de la mode fait sa révolution. Et le propre d'une révolution, c'est d'écrire une histoire à venir qui se veut libre et meilleure. C'est de construire un futur en disruptant le présent. Ce n'est plus simplement penser le monde ou la mode, mais c'est aussi les panser. C'est vouloir plus et mieux, c'est se donner les moyens de pouvoir plus et mieux. Une conscience collective en ce sens semble germer dans tous les domaines où la mode intervient. Car l'industrie textile fait intervenir un écosystème complexe d'acteurs, qui, tous, ont une responsabilité dans l'impact écologique et humain de la mode. Puisse la Fashion Revolution suivre les chemins de la révolution numérique en intégrant des outils digitaux permettant d'optimiser et sensibiliser à la cause de la mode éthique et responsable.

après le drame du rana plaza, c'est l'humanité qui est en ruine

Le Rana Plaza

 Sk Hasan Ali / Shutterstock.com

Une révolution née dans le sang

1138

morts

sous les décombres du rana plaza

Évidemment, cette conscience collective est le fruit d'une volonté et d'une multitude d'actions synchronisées et ne peut naître en un jour. Pourtant, une date restera gravée dans l'histoire. Une date qui incarne le visage le plus sombre de la mode en général et de l'industrie textile en particulier. Le 24 avril 2013, à Dhaka au Bangladesh, capitale de l'exploitation de la main-d'œuvre et de l'extrême précarité, s'effondrait le Rana Plaza, un immeuble de huit étages qui abritait de nombreux ateliers de création textile. Près de 5000 artisans travaillaient là, dans des conditions d'hygiène et de travail presque insoutenables. Et tout cela, pour une bouchée de pain. Le bilan que dresse Éthique sur l'étiquette, un collectif défendant depuis 1995 le respect des droits humains au travail et la reconnaissance du droit à l'information des consommateurs sur la qualité sociale de leurs achats, est accablant : 1138 morts et près de 2000 blessés.

Nous voulons donner la parole à ces ouvriers, pour mettre le doigt sur les changements indispensables, et montrer comment nous, les consommateurs, pouvons faire la différence. 
carry somers

Carry Somers

La catastrophe a, en outre, permis de mettre en lumière les conditions de travail des ouvriers locaux, exploités par des multinationales, pour la plupart occidentales, et d'alerter l'opinion. Carry Somers, créatrice pionnière de la mode éthique et responsable au travers de sa marque Pachacuti, a décidé, à la suite de ce tragique événement, de créer le collectif à rayonnement mondial Fashion Revolution et lancer, dans la foulée, le Fashion Revolution Day, un jour en hommage aux victimes, consacré à la lutte contre l'industrie de la mode rapide et jetable. « Nous voulons donner la parole à ces ouvriers, pour mettre le doigt sur les changements indispensables, et montrer comment nous, les consommateurs, pouvons faire la différence. La demande peut révolutionner la façon dont la mode travaille en tant qu'industrie. Si chacun remet en question sa façon de consommer, le modèle tout entier va changer radicalement », déclare Carry Somers.

Sous la pression de la société civile et des associations, de nombreuses marques mais aussi des fabricants ou des distributeurs, ont pris conscience de l'ampleur du problème sans pour autant se soumette au cortège règlementaire et éthique en bonne et due forme. Évidemment, c'est le modèle de production dans son ensemble qu'il convient de réformer, or, force est de constater que rien n'a été fait en ce sens. « Business is business ». Aussi, les engagements des grandes marques de distribution se sont, pour la plupart, bornées à de simples campagnes marketing, relevant davantage de la guerre pour le profit que de celle pour l'éthique. Pour autant, le bilan que dresse le collectif Éthique sur l'étiquette, cinq ans après le drame, n'est pas si sombre. Une avancée majeure s'est en effet concrétisée le 21 février 2017 à l'Assemblée Nationale quand a été adoptée la loi relative au devoir de vigilance des sociétés mères et entreprises donneurs d'ordre qui crée une obligation de vigilance pour les grandes multinationales françaises ou présentes dans le pays, « en exigeant qu'elles publient et mettent en œuvre un plan de vigilance définissant les mesures visant à identifier et prévenir les atteintes aux droits humains et à l'environnement causées par les activités de leurs filiales, sous-traitants et fournisseurs, en France comme à l'étranger ». Un texte à forte valeur symbolique qui devrait inciter les acteurs les plus puissants de la mondialisation économique à protéger davantage les droits et libertés fondamentales et l'environnement.

La Mode,  un business du jetable

fashion trash

Shutterstock

La « fast fashion » sur le podium des industries les plus polluantes

Vers une prise de conscience écologique 

fast fashion mannequin

Car l'industrie textile est la deuxième la plus polluante après le pétrole. En cause ? Ce que de nombreux acteurs appellent la « fast fashion », un modèle économique fondée sur la surconsommation jetable de textile où les vêtements fabriqués à moindre coût dans des pays défavorisés par des ouvriers sous-payés ont vocation à « périmer » en seulement quelques mois et ainsi être jetés sans avoir été recyclés. C'est d'ailleurs sans surprise qu'ont été retrouvées, sous les ruines du Rana Plaza, les étiquettes des géants de la « fast fashion », tels que Primark, H&M ou encore Carrefour. Ce cycle de production et de consommation obsolescent a des répercussions sur la qualité des produits, bien sûr, mais surtout sur les conditions de travail des ouvriers, obligés de produire toujours plus rapidement. Le bilan Cash, publié en 2009, par le collectif Éthique sur l'étiquette, note que « dans les ateliers de production, les conditions d'hygiène et de sécurité sont déplorables et les accidents fréquents. Les ouvriers, en grande majorité des jeunes femmes, travaillent plus de douze heures par jour, six jours sur sept, sans compter les heures supplémentaires non rémunérées. Quand ils existent, les contrats de travail respectent rarement la loi. Les travailleurs ne bénéficient bien souvent d'aucune protection sociale et touchent parfois des salaires inférieurs au minimum légal dans le pays. Ils sont embauchés ou licenciés sans formalité, en fonction des besoins de production. Harcèlement, pratiques disciplinaires et amendes diverses sont légion ». C'est pourquoi la Fashion Revolution est avant tout une révolution humaniste sociale et solidaire. Elle incarne non seulement le désir de changement dans nos manières d'échanger et de produire mais pourrait être la pionnière d'un changement plus global de position et d'engagement dans l'économie mondiale. L'enjeu dépasse donc le domaine de la mode, mais dans ce secteur l'impératif est urgent.

80

Millions

de vêtements produits chaque année dans le monde

L'impact environnemental de la mode est également accablant. Il met en péril, à l'échelle mondiale, l'intégrité des écosystèmes naturels. En effet, la majorité des habits que nous possédons ont dû faire des dizaines de milliers de kilomètres, 65 000 précisément, pour arriver jusqu'à nous. Et un cargo de marchandises a un impact écologique équivalent à cinquante millions de voitures. Ces chiffres montrent l'ampleur de ce véritable fléau écologique. Et tout cela, en vue de gagner en compétitivité marchante et proposer aux consommateurs des produits toujours moins chers. Résultat ? Près de 80 millions de vêtements sont produits dans le monde et environ 700 000 tonnes d'habits sont consommés en France chaque année. Une surconsommation accentuée par un fort taux de gaspillage. En effet, 70% de notre garde-robe ne serait pas portée et plus de douze kilos de vêtements seraient jetés par chaque Français en l'espace d'une année. C'est donc le paradigme économique lié à ce qu'on appelle « la fast-fashion », fondé sur l'idée même de « mode », qu'il convient de changer, en ce qu'il impose nécessairement un modèle de consommation jetable participant à une mondialisation économique agressive.

« La durabilité devient un nouveau moteur important des décisions d'achat des consommateurs »

Et ce modèle de production impacte en grande majorité les pays en développement et leur écosystème, en ce qu'ils accueillent, souvent de force, les usines textiles occidentales. En Chine, par exemple, l'industrie du vêtement est responsable de la pollution de 70% des cours d'eau du pays. Quand on sait que pour la production d'un simple t-shirt de 250 grammes, plus de 2500 litres d'eau sont engloutis, nous devons nous poser les bonnes questions quand nous achetons certains produits. Car notre consommation de vêtements a considérablement changé ces vingt dernières années : nous achetons bien plus de vêtements et cela à un coût bien plus bas. Les dépenses en vêtements ne représentent en effet qu'un cinquième de notre budget mensuel alors même que nous achetons 400 fois plus de vêtements aujourd'hui qu'il y a vingt ans. Ce constat montre par ailleurs toute l'absurdité de la situation et du modèle économique que nous avons intégrés. Heureusement, les choses changent petit à petit et les mentalités évoluent. Un rapport de l'Institut Mc Kinsey note en effet que « la durabilité devient un nouveau moteur important des décisions d'achat des consommateurs. Dans les marchés émergents, par exemple, plus de 65% des consommateurs recherchent activement la mode durable. »

Un SLOGAN qui rend  visibles les invisibles

wo made my clothes

Fashion Revolution

Les FashionTech s'engagent à une meilleure transparence des conditions de production

humaniser l'économie

I Made Your Clothes

Pour le collectif Fashion Revolution, cette conscience pourrait s'accroître en militant pour plus de transparence de la part des marques. C'est pour lui le premier pas vers ce qu'il appelle « le changement positif ». Aussi, il s'est choisi pour slogan la maxime : « Who made my clothes? », littéralement « Qui fabrique mes vêtements ? ». Le but de la campagne est de responsabiliser les consommateurs en donnant les noms, les visages et les histoires des 80 millions de personnes investies de près ou de loin dans l'industrie textile et qui participent, à leur façon, à l'élaboration des vêtements que nous portons. Cette humanisation du processus économique et productif de l'univers de la mode en rendant visibles ces acteurs est le premier pas vers une humanisation des institutions. En rapprochant les personnes, en les traitant comme des êtres humains, comme nos semblables, on combat par là même activement et durablement l'inhumanité des conditions de travail et on reconsidère l'Homme dans sa qualité propre plutôt que comme « main-d'œuvre » à laquelle on assigne un coût. Le hashtag #imadeyourclothes a d'ailleurs reçu un certain retentissement sur les réseaux sociaux. Les voix de ces travailleurs de l'ombre ont ainsi permis l'instauration d'un dialogue indispensable entre les fabricants et les consommateurs. Peut-être est-ce l'aube d'une conscience nouvelle. En tout cas, chaque année, le 25 avril, jour du Fashion Revolution Day, les consommateurs sont invités à retourner les étiquettes de leurs vêtements préférés et à interpeller les marques sur la provenance de ces produits sur leurs réseaux sociaux. Deux effets sont attendus : que la marque prenne conscience du besoin impérieux de transparence de ses modèles de fabrications, bien sûr, mais surtout que la viralité médiatique, qui est le cœur brûlant des réseaux sociaux, se transforme en un véritable mouvement engagé rassemblant de nouveaux adeptes.

Who Made My Clothes ?
  • 1 min
Nous croyons que plus de transparence mènera à une plus grande responsabilisation, ce qui mènera éventuellement à un changement dans la façon de faire des affaires. C'est un premier pas important vers un changement positif.
FR

Collectif Fashion Revolution

Le hashtag devient alors un outil technologique majeur, capable de bien des révolutions. Fédérant une ou plusieurs communautés, rendant visibles ceux qui sont invisibles, il incarne la forme 2.0 des mouvements sociaux et de la solidarité. Une forme digitale de protestation. Aussi, le hashtag #WhoMadeMyClothes est l'un des outil principaux pour défendre, d'une voix commune mais diversifiée, la transparence des processus de production des marques. Le collectif le confesse, « la transparence à elle seule ne représente pas le plus grand changement systémique que nous aimerions voir pour l'industrie de la mode – mais cela nous aide à y parvenir. La transparence aide à révéler les structures en place afin que nous puissions mieux comprendre comment les changer. La transparence met en lumière des problèmes souvent tenus dans l'obscurité. Nous croyons que plus de transparence mènera à une plus grande responsabilisation, ce qui mènera éventuellement à un changement dans la façon de faire des affaires. C'est un premier pas important vers un changement positif. » Et ces ambitions de transparence doivent être l'affaire de tous. C'est pourquoi, en plus des acteurs de la mode et des consommateurs, la Fashion Revolution appelle un rassemblement bien plus large et des actions bien plus étendues. Et les acteurs de la tech pourraient bien avoir une place de plus en plus importante.

En effet, de nombreuses start-up se sont engouffrées dans la brèche des FashionTech. Et beaucoup partagent l'ambition de la Fashion Revolution. Évidemment, il n'existe pas une FashionTech mais plusieurs : il y a les start-up qui proposent des outils commerciaux, celles qui créent de nouveaux types de vêtements augmentés par le digital, celles encore qui proposent des solutions financières, artistiques ou organisationnelles aux acteurs de la mode. Mais ce qui les rassemblent, le plus souvent, c'est que la majorité de ces FashionTech semble vouloir disrupter ce vieil ordre économique de la « fast fashion » et repenser l'industrie en profondeur. La transformation digitale de l'univers de la mode pourrait alors incarner et promouvoir sa transformation structurelle. Pour l'instant, des outils simples sont mis à disposition des consommateurs. En ce sens, la start-up Clothparency a créé un plug-in permettant à tous les consommateurs de voir directement sur le site du marchant l'origine des vêtements. En plus de fournir la transparence que les consommateurs méritent, la jeune pousse cherche des alternatives pouvant convenir aux acheteurs en fonction de leur recherche. Une façon donc d'interpeller et d'agir de façon concomitante. Dans la même veine, We Dress Fair sélectionne des marques locales qui placent le respect des travailleurs et de l'environnement au centre de leurs préoccupations. Des fiches détaillées de chaque marque sont disponibles sur leur site. En plus de garantir la transparence des conditions d'élaboration, We Dress Fair participe à créer un véritable réseau de marques éthiques et permet de valoriser et de promouvoir ce nouveau paradigme à tous ses acteurs. Son équivalant anglais, NotMyStyle appelle également à la responsabilisation de tous en ambitionnant de livrer aux consommateurs les informations essentielles sur l'éthique et l'impact écologique d'une marque ou d'un vêtement au travers d'un système de classement tripartite : Stop (pour les marques ne fournissant que peu de transparence au niveau de leur chaîne d'approvisionnement), Think (pour des marques intermédiaires) et Shop (pour les initiatives les plus ouvertes). Ces filtres permettent aussi d'inverser les rapports de force inégalitaires entre les grandes enseignes mondialisées de « fast fashion » et les petits créateurs locaux.

LA TRANSPARENCE EST à LA MODE

Transparency is trending

Fashion Revolution

Grâce à l'upcycling, le futur de la mode s'écrit maintenant

un pas de plus vers l'économie circulaire

green tech

Car, en plus des conséquences désastreuses de la « fast fashion » sur l'environnement et les conditions de travail, celle-ci participe également à invisibiliser et marginaliser les petits créateurs de mode. En effet, parce que la production locale et artisanale des vêtements demande un investissement pécunier et humain plus important, la marchandise produite ne peut être vendue au même prix qu'un produit fabriqué en sous-payant les ouvriers dans les pays émergents. Aujourd'hui, nombreux sont les jeunes créateurs de mode qui s'engagent en ce sens et adoptent de nouvelles manières de créer, plus éthiques, plus responsables. En faisant cela, elles se positionnent en exacte opposition aux mastodontes du commerce textile et gagnent ainsi en visibilité. Une tendance de fond symbolise d’ailleurs cette prise de conscience chez les jeunes créateurs : l'upcycling. Ce courant, qui prône un nouvel élan de créativité par le recyclage du textile, n'est pourtant pas si récent. À l'aube des années 1990, qui voient exploser l'art de rue, le voguing et le hip-hop en opposition au bling bling de la précédente génération, un ambitieux créateur belge s'apprête à révolutionner le monde de la mode en investissant la rue pour montrer des créations sublimant des textiles ou des objets pré-existants. Dans un vieux jardin d'enfants d'un quartier populaire de Paris, la marque Maison Magiela crée l'événement. Elle organise un défilé à mille lieues des défilés de haute couture classique puisqu'elle invite sur son podium des mannequins de tout âges vêtus par des sacs poubelles et autres textiles déstructurés, retravaillés, réutilisés. Du jamais vu. Si le travail de Maison Magiela n'est pas tout à fait encore de l'upcycling, il aura au moins permis, pour la première fois dans le pays, d'ouvrir les mentalités sur de nouvelles façons de concevoir les vêtements, notamment en réutilisant des matériaux.

Défilé Fashion Revolution 2018 - Universal Love
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En France, la première à s'attaquer à l'upcycling est la jeune créatrice Maroussia Rebecq et sa marque Andrea Crews, élaborée à partir du recyclage de vieux vêtements. Aujourd'hui, c'est la marque Maison Mourcel, portée par la créative Lucie Grand Mourcel, qui incarne le mieux cette volonté de faire du neuf avec du vieux mais surtout de réinventer l'existant, en le sublimant et en s'attachant à une éthique de tous les instants. En mélangeant et détournant des courants divers de l'underground urbain, les collections engagées de Maison Mourcel confectionnent des pièces uniques résultant de la customisation de vêtements recyclés issus de friperies, de donations ou de marchés aux puces. Preuve du succès d'une telle démarche et donc de l'émergence d'une conscience collective, la marque a remporté le prix du public lors de la première édition d'Open Mode Festival, un événement s'inscrivant en miroir inversé de la Fashion Week et dont l'ambition est de rendre l'univers de la mode et ses enjeux contemporains accessibles à tous. La marque était d’ailleurs l'instigatrice d'un défilé de sensibilisation, le 28 avril dernier, dans les locaux de la Fondation Good Planet, en faveur de la Fashion Revolution aux côtés d'autres grandes marques de mode éthique dont Fairfibers, Claire Dartigues, Gaëlle Constantini, Salomé Cukier, Les Récupérables, Elea x Cybèle, Super Marché, Sakina M'sa, Wylde, Céline Lola Ruault, Drague, Rosie Browning et la marque de chaussure Veja.

magiela

Magiela

maison mourcel
Maison Mourcel

Car l'upcycling n'est pas qu'une mode. C'est bien plus que cela. D'abord déguisée sous l'appellation « bio » ou « équitable » pour séduire un public réticent, la mode issue du recyclage de matières et de matériaux présente avant tout l'intérêt de disrupter en profondeur le circuit productif de l'industrie. Opposé au sacrosaint triptique « Fabriquer / Consommer / Jeter », l'upcycling se rapproche de l'économie circulaire et des circuits économiques courts. En effet, en donnant une seconde vie aux vêtements, on raisonne par la même la consommation de matières premières et on s'inscrit dans un cycle plus long mais plus vertueux où l'homme qui fabrique, qui pense, qui crée et qui porte le vêtement est au centre du circuit économique. Par ailleurs, la mode recyclée est aussi une aubaine économique pour les acteurs du secteur textile puisqu'elle permet de donner de la valeur à ce qui n'en a (en théorie) plus et permet donc de réaliser de nombreuses économies. Et les grandes enseignes de « fast fashion » en manque d'idées et de légitimité ne s'y sont pas trompées puisqu'elles sont de plus en plus nombreuses à développer des produits, des collections capsules ou même des séries entières basées sur l'upcycling. C'est le cas notamment d'H&M, l'une des plus grandes enseignes de « fast fashion » engluée cette année dans de nombreux scandales éthiques, qui a investi en 2013, peu de temps après le drame du Rana Plaza, dans la fondation HKRITA (littéralement Hong Kong Research Institute of Textiles and Apparel) qui effectue de la recherche sur l'upcycling et met au point de grandes campagnes de sensibilisation pour pousser les consommateurs à recycler leurs vêtements usagés dans les bornes de collectes placées en magasin. Depuis leur mise en place, H&M se targue d'avoir recyclé près de 32 000 tonnes de vêtements. Un effort saluable mais qui ressemble plus à une opération de communication séduction, au ton quelque peu condescendant, qu'à une véritable prise de conscience et de responsabilité. Du côté du e-commerce, le géant ASOS a quant à lui développé Reclaimed Vintage, sa propre marque upcyclée, fabriquée à partir des stocks non écoulés. 

Cette prise de conscience des grandes enseignes laisserait-elle entrevoir les prémices d'une mode universellement éthique ? Rien n'est moins sûr. Car, si la Fashion Revolution et ses acteurs engagés ont permis l'émergence d'une prise de conscience collective, elle seule ne suffit pas. Pour une mode réellement durable, l'upcycling n'est qu'une alternative, jamais une solution unique. Aussi, le vrai défi, celui-là même qui dessinera le futur de l'industrie textile, est l'utilisation, la mise au point de nouveaux matériaux durables et recyclables. Un pas en ce sens a été fait par la collection « Raw for the Oceans », portée par Pharell Williams et G-Star, qui élabore des vêtements à partir des tonnes de plastiques retrouvées dans les océans. Expérimenter de nouvelles matières, upcycler des matériaux insolites non polluants, c'est l'objectif et le magnifique challenge qui permettra de renouveler les sphères de création et le spectre de nos responsabilités écologiques et humanistes.

Rédigé par Théo Roux
Journaliste