Au jeune Google, on pardonnait beaucoup. Mais après une entrée en Bourse fracassante en 2004 (au 11 juillet 2006, le groupe pesait 143 milliards de dollards), le rachat pour 1,65 milliard de...

Au jeune Google, on pardonnait beaucoup. Mais après une entrée en Bourse fracassante en 2004 (au 11 juillet 2006, le groupe pesait 143 milliards de dollards), le rachat pour 1,65 milliard de dollars de YouTube, et un chiffre d'affaires de 2,69 milliards de dollars presque exclusivement générés par la publicité, les sourires se crispent. Et les ambitions de numéro un du moteur de recherche commencent à inquiéter. Faut-il toutefois avoir peur de Google ?
 
Jusqu'où Google peut-il organiser l'information sur le Web ?
 
Depuis ses jeunes années, la firme de Mountain View bataille pour la diffusion universelle du savoir et son accès pour tous. D'où son idéal de gratuité. Mais Google peut-il s'approprier automatiquement les savoirs dans le but de les redistribuer selon un ordre établi par lui ? Le problème de la numérisation des ouvrages illustre cette interrogation.
 
En effet, dès son lancement, Google Book Search, initialement appelé Google Print, s'est voulu comme une alternative aux bibliothèques traditionnelles, en donnant accès aux internautes à l'intégralité ou à une partie du contenu de nombreux ouvrages… gratuitement. Cette numérisation de livres aux droits parfois encore actifs a très vite posé la question de la propriété intellectuelle et suscité les foudres d'éditeurs parmi lesquels, en France, La Martinière. Et les droits d'auteurs s'appliquant également à la presse, le géant du Net a aussi dû faire face aux protestations d'organes de presse comme la presse Belge qui a protesté contre un référencement illégal de ses titres.
 
La question des droits d'auteurs, si elle est préoccupante, n'est pas propre à Google. En effet, c'est toute la structure d'Internet qui remet aujourd'hui en question le caractère fondamental de la propriété intellectuelle, à commencer par les plates-formes musicales et de vidéo.
 
Cette volonté de proposer à tous un savoir généré par d'autres soulève des inquiétudes, car elle confère au moteur la volonté de tenir une position centrale dans le réseau d'accès à la connaissance. Or qui dit connaissance dit pouvoir.
 
Les services de Google : un danger pour la vie privée ?
 
L'homme à tout faire d'Internet est-il dangereux ? Google a développé plus de 80 applications à destination des internautes, de la suite bureautique aux toolbars en passant par les atlas numériques (Google Earth) et les services de messagerie (Gmail). Si tous ces produits ne se distinguent pas par leur performance, ils dénotent néanmoins d'une nette volonté de s'imposer comme l'acteur majeur de la Toile, de faire de celle-ci un véritable Googleland.
 
Le réel danger semble cependant être ailleurs. Quand, en janvier 2006, Google a refusé de donner au gouvernement américain des données sur le profil de ses utilisateurs dans le but de défendre le Child Online Protection Act qui avait trait à la pédophilie en ligne, beaucoup ont réalisé à ce moment là que Google en savait beaucoup…
 
Tous les moteurs de recherche conservent des informations sur leurs utilisateurs, notamment via l'envoi de cookies. Mais Google, premier moteur de recherche*, en détient davantage. Et si l'on rajoute tous les services qui lui appartiennent et que nous fréquentons, les mailles se resserrent.
 
En effet, chacun de nos passages sur un service Google (Google Earth, Google News, Google Video...), est répertorié. Les produits que vous avez achetés, les articles que vous avez consultés, la photo satellite que vous avez visionnée ? Toutes ces données sont conservées, et laissent une trace. Enfin, selon Adam L. Penenberg du Mother Jones, chaque mail envoyé ou reçu sur Gmail est archivé.
 
Bien sûr, le moteur se doit de référencer un certain nombre d'informations pour cibler les attentes de chaque internaute, entre autres choses pour lui envoyer de la publicité appropriée. Et des sites comme Amazon recensent déjà les achats de ses clients afin de leur proposer des livres correspondant à leurs goûts. Google, de plus, assure que ces milliards d'informations ne sont pas reliées entre elles. Oui, mais si un jour le moteur se mettait à les classer ? Qu'en serait-il de notre vie privée ?
 
Un modèle économique tentaculaire ?
 
Quid du modèle économique de Google ? Entre la publicité AdWords, qui présente des réclames adaptées selon les mots tapés par l'internaute ou ceux présents sur le mail qu'il vient de recevoir, et AdSense, qui rétribue les propriétaires de sites qui hébergent des annonces sur leur page, le groupe produit grâce aux réclames 99 % de ses revenus, avec un chiffre d'affaires de 2,69 milliards de dollars et un bénéfice net de 733 millions de dollars au troisième trimestre 2006.
 
A l'heure de l'explosion de la publicité sur Internet, le modèle est donc très lucratif et prometteuse. Il confère à Google, un des pionniers de cette pratique, un statut de leader. D'autant que le moteur étend désormais sa force de frappe publicitaire à la presse écrite et à la vidéo. Et la crainte d'un modèle tentaculaire qui tendrait à s'imposer comme la seule force du Web commence à poindre.
 
Mais les mêmes craintes s'élevaient déjà pour des concurrents comme Microsoft ou Apple. Il est donc difficile de trancher. La saga Google ne fait que commencer...
 
 
A écouter :
 
L'Atelier numérique n° 108 du 19 juin 2005, Cyber-enquête : La bataille du livre sur Internet, premier débat public entre Jean-Noël Jeanneney, président de la BNF et Mats Carduner, DG de Google France.
 
 
*selon ComScore, 2.9 milliards de recherches ont été effectuées depuis le service de recherche de Google en août 2006, contre 1.9 milliard pour Microsoft.
 
 
Mathilde Cristiani, pour L'Atelier
 
 
(Atelier groupe BNP Paribas – 10/11/2006)