Le CES invite chaque année une quantité mirifique d’exposants, grandes entreprises technologiques et start-up. Retour sur les grandes tendances qui ont marqué le célèbre évènement de Las Vegas.

IA, robots, drones et impression 3D : tendances du CES 2017

Cette année le CES, grande messe des innovations technologiques grand public, célébrait ses 50 ans. Ce show made in Las Vegas s’étend sur près de 250 000 mètres carrés et, par sa grandeur et la variété des sujets qu’il traite, tend parfois à noyer son public dans l’innovation. Il demeure pourtant un indicateur fort des tendances technologiques qui participent aujourd’hui à la transformation des entreprises et aux usages des consommateurs. L’Atelier BNP Paribas met ici en lumière les thèmes clés du CES 2017, de l’intelligence artificielle, au véhicule autonome, en passant par la robotique et l’impression 3D.

L’intelligence artificielle s’impose en maître absolu

Si l’an passé, la voiture autonome et connectée siégeait en grande vedette du CES, cette année l’intelligence artificielle remporte la mise et de loin. On la retrouve justement intégrée dans le véhicule de demain, comme en témoignent les annonces faites par Nvidia. De co-pilote intelligent pour les automobilistes, elle se décline aussi en assistant virtuel au quotidien pour les consommateurs. Embarquée dans la smart home et ses objets connectés, elle permet à titre d’exemples de régler, par commande vocale, la température de sa maison, la luminosité, la fermeture des portes et rend également possible la réservation de taxis.

Amazon s’est d’ailleurs liée à bon nombre de partenaires pour diffuser son Alexa au plus grand nombre, si bien que que le géant de la tech qui ne possédait qu’un modeste stand d’information sur son activité marketing (Amazon Marketing Services) donnait véritablement l’impression d’être omniprésent.

Nvidia a ainsi ajouté Amazon Alexa à son dernier modèle de télévision et développe à présent des récepteurs à disposer dans les pièces d’une habitation, rendant l’assistant accessible à tout instant et l’intelligence artificielle ambiante. Plus anecdotique, LG a également développé des frigidaires dotés d’Amazon Alexa. Huawei s’est lui rapproché de Google pour associer son assistant virtuel, OK Google à son dernier modèle de smartphone Mate 9.

Selon la Consumer Technology Association (CTA), les assistants virtuels enregistreront 608 millions de dollars de revenus en 2017, soit plus de 36% supplémentaires par rapport à 2016, et 4,6 millions d’unités devraient être vendues en totalité.

L’avènement des robots assistants

Selon l’International Federation of Robotics, 35 millions de robots de service seront vendus d’ici 2018. Et le CES a bel et bien confirmé la tendance tant les robots-assistants auront marqué cette édition 2017. L’entreprise de robotique chinoise, Abilix a ainsi présenté des petits robots éducationnels à destination des enfants. Ces derniers stimulent le développement des plus jeunes en les initiant à la programmation. Ceux-ci peuvent entièrement personnaliser leur robot par le biais d’une application. Le robot est alors capable de réaliser diverses tâches comme diffuser de la musique et répondre à toute sorte de questions. Dans la même veine, Lego prévoit de commercialiser au deuxième semestre 2017 un kit de développement de mini-robots pour les enfants âgées de sept ans et plus. Le concept est similaire à celui d’Abilix. L’enfant est guidé dans le processus de programmation grâce à des instructions disponibles sur une application gratuite.

Au CES 2017, plusieurs entreprises ont également fait la démonstration de robots à usage de la smart home. Ubtech, constructeur chinois de robots a présenté Lynx, un robot humanoïde animé par Amazon Alexa. Lynx s’active donc par commande vocale pour entreprendre toutes sortes d’activités pour le compte de son utilisateur : prendre des photos, jouer de la musique, surveiller le chien, réserver un restaurant, lire et envoyer des emails et même proposer à son « interlocuteur » de nouvelles postures de yoga !

La start-up californienne Mayfield Robotics, qui compte Bosch parmi ses investisseurs, a quant à elle adopté une approche quelque peu différente du robot de maison qui pourrait s’avérer une stratégie plus efficace pour conquérir le marché. Au lieu d’être couplée à une intelligence artificielle, leur dernière progéniture, Kuri, a été programmée pour effectuer une palette d’actions simples telles que suivre son propriétaire en diffusant la chaîne de radio de son choix, transmettre des messages entre les membres de la famille quand ceux-ci sont situés à différentes endroits de la maison ou encore surveiller l’habitat en prenant des vidéos. Kuri peut en effet mémoriser des visages et de fait identifier la présence d’intrus à l’intérieur de la maison. Les ingénieurs de Mayfield Robotics ont travaillé de paire avec des anciens employés de Pixar pour rendre Kuri le plus humain possible. Un choix stratégique, qui positionne ce robot comme potentiel favori des enfants et des seniors.

Après la smart home, c'est le domaine de la e-santé que les robots investissent. Yumii, start-up française, a développé Cutii, un robot - assistant spécialement conçu pour les besoins des seniors. Équipé d’une plateforme qui agit comme une interface collaborative entre la personne âgée, sa famille et son personnel soignant, Cutii se commande en langage naturel, reconnaît des visages, répond à des questions et interagit avec des objets connectés.

Voiture électrique, autonome et ... à présent boostée à l’intelligence artificielle

Comme l’an passé, certains constructeurs automobiles ont annoncé s’entourer de spécialistes de la tech pour créer le « véhicule augmenté » de demain. C’est notamment le cas de Mercedes-Benz avec Nvidia qui s’associent pour commercialiser ensemble, courant 2017, des voitures boostées à l’intelligence artificielle ou encore Audi et BMW avec Mobileye dont on retrouvera les caméras et autres capteurs à bord des véhicules des deux marques d’ici 2021.

Dans un marché dominé par les acteurs historiques, des start-up tentent laborieusement de se frayer un chemin. Faraday Future, basée à Gardena en Californie et soutenue par des investisseurs chinois, a présenté son dernier modèle FF91, de loin un des moments les plus attendus de ce CES. Dotée de capteurs Lidar rétractables ou encore d’une fonctionnalité d’auto-parking actionnable par le biais d’un smartphone, cette voiture électrique puissante ne s’avère guère à la portée de tous : son prix de vente serait estimé entre 100 000 et 120 000 dollars. Les problèmes financiers rencontrés par Faraday Future ces derniers mois, ajoutés au scepticisme ambiant, plus ou moins justifié, quant à la capacité de la jeune pousse à remplir son cahier des charges, n’ont pas empêché son CEO de maintenir un message de confiance tout au long du CES. Celui-ci affirme que 64 124 véhicules auraient été commandés dans les 36 heures qui ont suivi l’annonce de la sortie de la FF91. Faraday Future FF91

La CTA prévoit que les revenus liés aux technologies embarquées dans les véhicules de dernière génération représenteront un total de 17 milliards de dollars en 2017, soit 12% de plus qu’en 2016. L’évolution était d’ailleurs palpable au CES où la réduction de la taille et du prix des technologies telles que Lidar, ainsi que la précision toujours plus accrue du mapping 3D, venant nourrir le logiciel des voitures autonomes, se sont retrouvés au centre des discussions.

Drones : vers le développement d’applications à destination des entreprises

En un an, 670 000 drones ont été répertoriés dans les registres de la Federal Aviation Administration (FAA), l’agence américaine chargée des règlementations et des contrôles concernant l'aviation civile. Rien moins que 37 000 au cours des deux dernières semaines de décembre.

Au CES, Qualcomm a présenté des drones intelligents pourvus d’un système de contrôle de vol et fonctionnant grâce au machine learning. Contrairement aux drones autonomes dont on parlait il y a quelques temps sur le site de L’Atelier BNP Paribas, les drones de Qualcomm n’évitent pas simplement des obstacles ou ne sont pas uniquement capables de suivre des objets en mouvement, ils possèdent des capacités de computing qui leur permettent de comprendre le type d’objets qu’ils rencontrent et de se repérer dans l’espace, le tout sans GPS. Ceci constitue une véritable avancée qui facilitera l’usage de drones pour la surveillance de bâtiments en intérieur, là où le GPS a bien souvent du mal à fonctionner.

Quant au chinois DJI, leader du marché, il a présenté un simulateur de vol, sorte de jeu vidéo que l’utilisateur contrôle avec une manette, qui permet de se familiariser avec la manipulation de drones. Le simulateur propose des challenges « gamifiés » aux novices pour les entraîner à prendre des photos à titre d’exemple. Ce produit ne sera pas sans intéresser les entreprises ayant recours aux drones, celles du BTP pour l’inspection de bâtiments notamment, dans le cadre de la formation de personnel qualifié.

Le thème de la sécurité par les drones a été largement abordé lors de ce CES. Alarm.com met en vente sur le marché des drones pour la surveillance des habitations et bâtiments commerciaux. L’entreprise américaine se démarque de ses concurrents par la capacité de ses drones à évoluer en intérieur comme en extérieur.

Selon la CTA, les ventes de drones augmenteront de 40% en 2017 pour atteindre 3,4 millions d’unités écoulées ainsi qu’un revenu total de 1,2 milliards de dollars.

Le stand DJI

L’impression 3D touche de nouveaux matériaux

Comme nous l’avait souligné Julien Rouillac, lead designer chez 3D Systems, un des principaux défis de l’impression 3D réside dans sa capacité à traiter de nouveaux matériaux. Au plastique, cette technologie qualifiée de révolution industrielle par certains, s’ajoute à présent la céramique. Formlabs, start-up américaine fabriquant des imprimantes 3D de bureau dotées d’une haute résolution, présentait ainsi, sur la scène Tech Crunch au CES, une plateforme d’impression 3D innovante appelée Form X, qui couplée avec leur dernier modèle d’imprimante (Form 2) permet d’imprimer de la résine céramique : « L’impression 3D de céramique rend possible la création de structures et de géométries complexes que la fabrication traditionnelle de céramique ne peut réaliser », a expliqué Maxim Lobovsky, cofondateur de Formlabs. Les produits de la jeune pousse sont principalement à destination des professionnels - artistes, dentistes et bijoutiers. Ceux-ci maîtrisent l’impression de dix types de matériaux différents. « Nous cherchons également à toucher des chercheurs pour que ceux-ci nous aident à ouvrir le champ à de nouveaux matériaux. À titre d’exemple, nous pouvons aujourd’hui imprimer des biomatériaux, approuvés par la Federal Drug Administration. Ceux-ci peuvent entrer en contact temporaire avec le sang ou le mucus », a poursuivi Maxim Lobovsky.

Formlabs sur la scène de Tech Crunch Disrupt

Markforged, autre start-up américaine spécialiste du domaine, présentait son dernier projet : imprimer entièrement en 3D une moto par le biais de leur dernière imprimante Metal X. Celle-ci permet l’impression de pièces de métal légères obtenues en chauffant à très haute température de la poudre de métal, une technique que l’entreprise a baptisé Atomic Diffusion Additive Manufacturing (ADAM).

En conclusion, ce CES aura démontré la puissance de l’open innovation. Nombreuses ont été les annonces de collaborations entre acteurs historiques de l’industrie et nouveaux entrants, entre géants du marché et entreprises technologiques. Plusieurs grandes corporations ont mis en avant sur leur stand des start-up, membres de leur portfolio, à l’image de LaPoste, Sony ou encore Qualcomm.

Rédigé par Pauline Canteneur