Autrefois refuge de geeks éclairés mais discrets, le réseau tend à devenir une vitrine officielle - et un passage obligé - pour les internautes. Un monde dont les adultes ne possèdent pas forcement les clefs...

Autrefois refuge de geeks éclairés mais discrets, le réseau tend à devenir une vitrine officielle - et un passage obligé - pour les internautes. Un monde dont les adultes ne possèdent pas forcement les clefs.
 
Sur le web, il faut être social, sociable, et avoir le plus grand nombre d'amis possible. À l'époque du modem 56Kbps et d’Alta Vista, Internet pouvait être vu comme un refuge de geeks qui passaient leur temps devant leur écran. Certains, pour communiquer dans une "chat room" ou des forums dont l'esthétique était tout sauf "web 2.0". D’un refuge pour initiés nous voilà passés à un monde peuplé d'adolescents qui collectionnent les vidéos et les amis virtuels.
 
L'internet d’aujourd’hui, c'est aussi des millions de pages personnelles qui font leur auto-promotion, des adolescents qui dressent la liste exhaustive de leurs groupes préférés, des dimanches après-midi les plus étonnants qu’ils ont pu filmer avec leurs amis, de vidéos de qualité souvent médiocre et parfois drôles, et de la collection complète de leurs amis virtuels..
 
Une vitrine omniprésente
 
C’est un peu comme si Internet était devenu la vitrine des êtres humains qui y vivent et qui surtout ne veulent rien ignorer de ce que vous y faites. Et encore moins vous laisser dans l’ignorance de ce qu’ils y font...
 
Pour en faire partie, il faut créer sa page sur des sites communautaires comme MySpace, et y faire la liste des choses que l'on fait, qu'on aime ou n'aime pas. Mais qui va bien pouvoir regarder cela? Les relations, qui pourraient recevoir le lien vers cette "page perso" n'y apprendront rien de neuf. Quant aux autres utilisateurs de MySpace, il peut sembler étrange qu’ils trouvent intérêt à savoir que l'on a peur du noir, si tant est qu'on ose publier une chose pareille...
 
Et cela ne va sûrement pas s’arrêter là! Les mondes virtuels promettent de révolutionner l’Internet, grâce à des balades dans un monde en 3D avec un autre moi. Un autre moi en 3D qui peut vivre dans un autre univers sans bouger de chez lui. A défaut de geek, l'internaute devient schizophrène et hyper-connecté, et se pose des questions indédites:  "Faut-il mettre à jour rapidement les pages FaceBook et MySpace avec mon avatar, à moins de créer un MySpace spécialement pour mon avatar?
 
Moi et mon avatar en vitrine
 
Car c’est là tout le problème, si les mondes virtuels préfigurent l’Internet de demain, le "moi" virtuel sera-t-il vraiment moi, un autre moi... une partie de moi?
 
On peut craindre que les avatars communiquent via des relations faussement sociales qui pousseront des personnes toujours plus nombreuses à vivre au travers d’un monde virtuel où les interactions n’auront plus rien de naturel. Ou alors un monde de schizophrènes connectés, qui vivront deux vies dans deux mondes différents... Pas très rassurant quand même.
 

Un moment de vie typique sur Internet

Instant Messaging (une vingtaine de fenêtres ouvertes)
FaceBook (une photo de moi devant mon écran entrain de taper des messages à mes amis) 
FaceBook une minute plus tard (la photo de chacun de mes amis devant leur écran en train de m’envoyer des messages)
YouTube (je regarde les vidéos de ce que mes amis me racontent en Instant Messaging)
 Myspace (je vérifie du coin de l’œil que le nombre de mes amis augmente, sans bien savoir comment…)
Twitter (exactement ce que je viens d’écrire mais version Web 2.0!)

 
Guillaume Degroisse, à San Francisco pour l’Atelier