Fabrice Sautereau est un artiste belge, auteur, compositeur et interprète de ses chansons. Son premier album, intitulé « Des bonbons », est comme il le précise « en vente chez tous les bons disquaires »...

Fabrice Sautereau est un artiste belge, auteur, compositeur et interprète de ses chansons. Son premier album, intitulé « Des bonbons », est comme il le précise « en vente chez tous les bons disquaires » ! Depuis longtemps déjà, Fabrice Sautereau utilise Internet pour se faire connaître auprès du public, et recueillir des avis sur les musiques qu’il compose, les textes qu’il écrit… Un avis d’artiste ouvert qui ne prône pas pour autant le tout gratuit.

L’Atelier s’est intéressé à cet artiste singulier, et l’a rencontré pour lui poser quelques questions sur sa perception du téléchargement de musique en ligne.

Atelier – Fabrice Sautereau, bonjour. Vous êtes un artiste qui utilisez le web comme une sorte de scène virtuelle. Pouvez-vous nous expliquer de quelle manière vous le faites ?

Fabrice Sautereau - J’ai inauguré en 2000 mon site Internet, http://www.fabricesautereau.be/, sur lequel j’ai choisi de mettre en ligne deux morceaux de ma composition, un peu curieux de l’accueil qu’ils recevraient. Finalement, j’ai comptabilisé plus de 2500 téléchargements par mois depuis mon site. Parallèlement à cette démarche, j’ai proposé mes chansons sur le site francemp3, qui recueille les œuvres d’artistes peu connus et leur permet de profiter d’une certaine visibilité. Pendant 5 ou 6 mois, j’ai figuré au classement des titres les plus téléchargés par les internautes.

(A) Aujourd’hui, vous avez sorti un nouvel album, intitulé « Des bonbons ». Quelle a été votre démarche sur Internet par rapport à cet album ?

(F.S.) - J’ai mis en ligne des extraits des titres de mon album, avec les paroles des textes, sur mon site Internet. Chaque extrait dure 1 minute 30 s et est téléchargeable.

(A) - Quels ont été les résultats de cette auto-promotion sur la toile ? A-t-elle engendré des réactions de professionnels du disque, des internautes ?

(F.S.) - Sur le plan professionnel, cette visibilité ne m’a pas été d’une grande aide. Internet n’est pas un bon moyen de se faire connaître auprès des professionnels des maisons de disque, parce qu’ils ne sont pas intéressés par ce type de démarche ; ils ne vont pas surfer sur le net pour découvrir les talents de demain, c’est aux artistes de se présenter à eux.

A l’inverse, pour ce qui est de la visibilité auprès du public, cette promotion sur Internet a été très enrichissante. J’ai reçu un grand nombre de messages d’internautes qui avaient apprécié mes chansons, et me félicitaient. Un public international, finalement… des appréciations, des critiques, des encouragements venus des quatre coins du monde. Pour un artiste, c’est certain qu’un tel miroir est assez inespéré. Et c’est le grand avantage d’Internet.

(A) - Sur votre site, il y a une page dédiée à des liens vers des sites de téléchargement. Peut-on en conclure que vous défendez le téléchargement illégal et gratuit ?

(F.S.) - Absolument pas. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’Internet a été un excellent médium pour moi, et que cela peut-être un bon tremplin pour rencontrer le public. Pour les internautes, c’est un excellent moyen de découvrir de nouveaux artistes aussi. Qu’ils soient ou non concernés par les droits d’auteur. Internet ne devrait servir qu’à ça.

J’ai utilisé le médium Internet pour diffuser mes chansons, au départ, mais je sais pertinemment qu’Internet, lorsqu’il devient un outil de piratage, d’échange d’œuvres protégées, tue aussi le disque. Et la mort du disque, c’est un sérieux problème pour les artistes, qui doivent continuer à vivre de ce qu’ils créent.

(A) - Selon vous, est-ce que la mise à disposition des internautes de quelques extraits de votre album « Des bonbons » peut empêcher le téléchargement illégal de vos titres, dans leur intégralité ? N’y a-t-il pas d’autres efforts à faire, sur le disque en tant qu’objet, par exemple ?

(F.S.) – Les extraits ne dissuaderont sans doute pas les internautes qui veulent télécharger mes titres. Seulement, je ne veux pas entrer en guerre contre les internautes, et j’essaie donc d’avoir une attitude volontaire. J’offre des extraits comme je lancerais une invitation à découvrir plus ma musique, en achetant mon disque.

Aujourd’hui, le disque tel qu’il existe n’a pas un grand avenir. Je ne pense pas qu’il puisse regagner le terrain qu’il a perdu et qu’il continue à perdre, face aux pratiques de téléchargement, légal ou non, payant ou gratuit.

En revanche, il nous appartient, à nous les artistes, d’améliorer les disques que nous mettons en vente. En travaillant à leur « packaging », en suscitant l’intérêt des gens pour le boîtier du CD, pour le livret qu’il contient, etc. C’est un peu la seule arme dont nous disposions pour opposer une concurrence au téléchargement illégal. Certains artistes proposent déjà des bonus, sur DVD par exemple, qui proposent de visionner des extraits de leur concert.

(A) - Etes-vous vous-même investi dans une telle démarche ?

(F.S.) - Oui, j’ai réfléchi à ce que je pouvais faire pour rendre mon disque plus attractif, en le « customisant » un peu. C’est ainsi que j’ai fini par choisir de disposer à l’intérieur du boîtier de mon disque autant de petits bonbons que mon CD « Des bonbons » comprend de titres musicaux.

Il me semble que c’est sur la partie du produit qui n’est pas reproductible qu’il faut travailler, pour susciter l’envie de se réapproprier le disque en tant qu’objet.

(A) - Reparlons un peu des internautes qui téléchargent de la musique sur les réseaux de P2P. Selon vous, qu’est-ce qui les attire le plus ? La gratuité ? La possibilité de trouver n’importe quel titre, d’écouter un titre avant d’acheter un album ?

(F.S.) - Je ne crois sincèrement pas que les internautes téléchargent des titres pour les tester, avant d’acheter un album. Je pense plutôt qu’ils écoutent les 10 titres d’un album, et qu’ils téléchargent ceux qu’ils aiment le plus. Deux choses attirent les internautes, dans le partage de fichiers en ligne. La gratuité, bien évidemment. Et puis l’échange, tout simplement. Kazaa et Grokster donnent naissance à des communautés de mélomanes qui échangent ce qu’ils aiment sur la toile.

(A) - Croyez-vous en une solution légale et/ou technique pour faire évoluer la situation ?

(F.S.) - La solution légale me paraît ardue. Les internautes qui téléchargent au quotidien peuvent difficilement se sentir menacés, tant qu’ils ne font pas un usage commercial de ce qu’ils téléchargent. Chacun, chez soi, se dit qu’il n’est qu’un petit consommateur, qu’il n’est pas menacé. Et puis on ne pourra jamais remettre en cause le droit à la copie privée, quoiqu’on en pense.

J’aurais plus tendance à croire aux solutions techniques, qui peut-être pourront un jour empêcher l’échange de créations protégées par le droit d’auteur.

Pour ce qui est de la rémunération des artistes, je souhaiterais que se mette en place le prélèvement d’une redevance payée par les réseaux de peer-to-peer… comme le font aujourd’hui les radios ! Une mesure s’impose, qui s’applique internationalement. Avec Internet, comme chacun sait, des mesures nationales ne peuvent prétendre réguler un réseau mondial.

Enfin, plus simplement, je souhaiterais sincèrement que l’idéal d’échange qui transparaît au travers des réseaux d’échange se retrouve dans les salles de concert, que les gens se déplacent pour voir et entendre ce qu’ils ne trouveront jamais sur la toile : un artiste sur scène, qui chante pour son public…