La question des frontières de la vie privée sur le web ne fait que s'accentuer. Pour le Social Media Group*, il s'agit d'un réel marché dans lequel les citoyens doivent aussi fixer des valeurs quant à leurs données.

"Les données personnelles sont devenues des matières premières"

Entretien avec Maggie Fox, fondatrice et présidente du Social Media Group, à l'occasion du Webcom, qui se tiendra le 11 mai à Montréal.

L'Atelier : Quel est votre constat sur l'évolution du monde numérique ?

Maggie Fox : La principale idée que je vais développer à Montréal, c'est que les citoyens s'inquiètent de leur vie privée sur la Toile jour après jour. Ce qui change avec le monde numérique, ce sont les notions de propriété privée, et je me rends compte qu'on les appréhende d'une manière incorrecte. La législation ne parle que d'espace physique alors qu'on ne se rend pas vraiment compte qu'en réalité, si une entreprise prélève nos données personnelles, c'est notamment pour les monétiser. S'il n'y a pas d'accord, cela équivaut à un cambriolage ! Il faut être en mesure de s'exprimer à ce sujet, de monnayer nos données.

Vous insinuez donc que les données privées n'ont d'intérêt que pour les marketeurs ?

Dans un sens oui, mais la question à se poser est la suivante : qu'est-ce qui donne de la valeur à nos données ? La réponse est complexe car cela implique que l'on voudrait nous faire accepter l'idée d'un système économique basé sur notre vie privée. Et les personnes qui désirent exploiter ce type d'information devraient être en mesure de payer pour cela. Par contre, il ne faut pas laisser une entreprise manipuler nos informations à titre gratuit, qu'elle en tire profit ou non. Pour les marketeurs, ces données sont devenues des produits de base tout comme celles de la vie privée sont des matières premières pour les entreprises.

Nos données n'ont donc qu'une valeur économique, et non stratégique, en tant qu'information ?

Je ne pense pas qu'il y ait de risques à une éventuelle mauvaise utilisation de nos données. Pourquoi Google et tant d'autres cherchent à en collecter ? Pour pouvoir les vendre, à mon avis. C'est clairement une question d'argent. En France, si Google a collecté des données grâce aux Google Cars, ce n'est pas pour une autre raison que de commercialiser des informations qui serviront à des stratégies marketing basées sur la géolocalisation. Il faut cesser de se voiler la face, et commencer à exprimer nos attentes clairement.

* Une agence qui accompagne les entreprises dans leurs stratégies sociales sur la Toile