Comment s’adapter aux nouvelles exigences du livre interactif et personnalisable ? Entre nouveaux acteurs et nouveau lectorat, les éditeurs doivent trouver des solutions innovantes face à l'évolution des usages.

Le livre interactif, un « business model » à inventer

Nouveau produit, nouveau business model. Cela pourrait un peu être la devise en forme de point de départ pour les éditeurs de livres interactifs, histoires à branches ou personnalisées. Un outil qui exige l’entrée en jeu de nouveaux métiers dans la chaîne éditoriale, avec pour conséquence des coûts croissants. « Le coût de développement d’un livre interactif reste très important, il faut intégrer de nouveaux acteurs. » nous explique Florence Rio, maître de conférence en sciences de l’information et de la communication à l’université de Lille 3.

« Le coût de développement d’un livre interactif reste très important, il faut intégrer de nouveaux acteurs. » 

La professeure a d’ailleurs participé au projet Dans l’atelier de Werther, un prototype de livre augmenté (entre tablette et livre papier) pour faire découvrir l’histoire de l’imprimerie aux enfants. Le projet se veut expérimental en collaboration avec une maison d’édition (Invenit), une agence de graphisme (Idées-3com) et différentes instances publiques. L'université du Minho au Portugal a d'ailleurs elle aussi lancé plusieurs projets similaires comme le Bridging Book, un livre papier qui, collé à une tablette interagit avec l'écran.

Les start-up entrent en scène

Les éditeurs traditionnels semblent appliquer le même modèle au livre interactif qui prévalait pour le livre papier. Ainsi, Nathan ou Gallimard Jeunesse, pour n’en citer que deux, suivent le modèle des collections avec la parution de plusieurs ouvrages interactifs à la suite comme la collection Dokéo+ en réalité augmentée. Face à ces éditeurs implantés, des start-up apparaissent avec d’autres modèles. Cylapp (un peu comme Popizz il y a quelques années) propose ainsi des plateformes d’édition en ligne pour réaliser des livres interactifs pour les plus jeunes. Les auteurs ou les parents directement peuvent ainsi construire pour les enfants des histoires enrichies sur tablette.

Et pour aller plus loin dans la personnalisation, la jeune entreprise française Lost My Name récemment financée par Google propose un unique livre papier. Maison d’édition plutôt particulière, puisqu’elle abandonne les collections pour ne se concentrer que sur un ouvrage unique personnalisable par les parents. Ces derniers entrent en effet le prénom de leur enfant sur le site de la start-up et des algorithmes font le reste pour changer l’histoire en fonction des lettres du nom du jeune lecteur. Avec un tel modèle de livre unique, la jeune entreprise automatise le processus éditorial et évite de faire intervenir tous les acteurs (graphistes, dessinateurs, etc.) pour chaque ouvrage personnalisé.

 

Des lecteurs prêts à la lecture augmentée

Sans compter que, dès lors que l’on parle de livre interactif, une question apparaît immédiatement : les lecteurs sont-ils prêts à cette nouvelle utilisation du texte ? La dernière enquête globale du Syndicat national de l’édition (SNE) tend à montrer que les lecteurs ont plutôt bien adopté le livre interactif. Entre 2011 et 2014, la proportion d’enseignants de mathématiques à utiliser des manuels numériques et multimédias est passée de 25 % à 46 % selon l’étude menée avec TNS-Sofres. Or la même enquête note que les usages (pour ce qui est des manuels interactifs) sont principalement collectifs. Les équipements demeurent en effet chers pour les milieux scolaires.

71 % : c'est la proportion des détenteurs de tablettes qui lisent des livres numériques selon le SNE et TNS-Sofres

D’autre part, 71 % des détenteurs de tablettes lisent des livres numériques. L’audience apparaît donc bel et bien prête à se tourner vers le livre interactif puisque déjà équipée et déjà habituée à la lecture sur tablette. Or pour le moment, la grande majorité des livres interactifs sont destinés aux enfants. On pourrait citer L’application « Récits d’objets » des éditions Invenit toujours qui propose aux visiteurs du musée des Confluences de Lyon des textes liés aux différents items exposés. Reste peut-être à étendre ce type de récits interactifs à d’autres projets moins locaux.

Le projet récit d'objet

Rédigé par Guillaume Scifo