Retour sur la naissance du drone militaire en Israël et de l’avenir de cette technologie dans son pays d'origine qui peine aujourd'hui à se tourner vers le civil.

De militaire à civil : l'histoire du drone en Israël

Si le sujet des drones est largement couvert dans les médias, c'est souvent sous l'angle de la livraison (retail ou médicale) et, parfois, de la cartographie (en agriculture ou de quartiers) ou de la maintenance (de bâtiment ou mobiliers urbains). Plus largement, ce sont les risques en matière de sécurité dont on entend le plus parler. Mais on revient très rarement sur les origines de cette technologie.

S'il est indéniable que l'on doit ces « objets » volants sans pilotes au domaine militaire, c'est en Israël que l'on peut remonter la paternité des drones tels que nous les connaissons dans le domaine civil aujourd'hui. En effet, suite à la guerre de Kippour et aux très nombreuses pertes de pilotes israéliens, l'Industrie aérospatiale israélienne réfléchit à la création de drones équipés de caméras et d'un système de communication pour assister les pilotes et détecter les zones de danger.

David Harari, ancien responsable du programme national israélien en charge du développement de ces systèmes d’avion sans pilote (Israel Aerospace Industries), revient pour nous, dans L'Atelier Numérique, sur les prémices de cette technologie et sur la place d'Israël désormais dans son développement.

Pourquoi peut-on dire que le drone tel qu'il est aujourd'hui a été créé en Israël ?

David HARARI : Avant toute chose, j’aimerais préciser que l’avion sans pilote existait déjà avant qu'Israël se penche sur le sujet ! Ce que nous avons développé est plutôt le premier système devenu opérationnel. Ce qu'il faut savoir c'est qu'en raison des circonstances géopolitiques spécifiques et des conflits que nous avions à nos frontières à la fin des années 70, il était important d’avoir rapidement un système de renseignement en temps réel.

Il faut que vous sachiez qu’à la même période, les Américains essayaient de faire un système équivalent, mais pour des raisons qui leur sont propres, ils ont échoué. Nous avons donc racheté les systèmes premières générations des Américains et nous avons réussi à créer un système adapté aux champs de bataille parce qu'Israël a su modifier sa doctrine militaire pour mieux utiliser toute la valeur ajoutée d’un tel système de renseignement.

Retrouvez l'interview du professeur David Harari en podcast dans L'Atelier Numérique

Vous évoquez les Etats-Unis... Ils sont aujourd'hui leader dans le développement des drones. Est-ce qu'Israël a toujours sa place dans ce marché ultra-concurrentiel ?

Je pense qu'Israël a les moyens de se démarquer dans deux domaines. Le premier est le développement de nouvelles configurations qui seront adaptées à différentes missions. Jusqu’à maintenant, la majorité des systèmes utilise des avions à ailes dites « fixes ». Il y a d’autres configurations aéronautiques de pilotage à distance qui sont actuellement étudiées, comme par exemple celles des hélicoptères. Des hélicoptères où le rotor (ndlr : élément permettant la rotation des pales de l'hélicoptère) ne sera pas extérieur comme les hélicoptères actuels, mais qui seront introduits dans le fuselage. Ce qui fait que de l’extérieur, vous ne le voyez pas. Et c'est pour ça qu’on dit que c'est une voiture volante.

On peut imaginer que de nouvelles configurations dans ce genre vont continuer à être développées. Ensuite, le second domaine dans lequel Israël va pouvoir concurrencer les autres pays est les différentes sources d’énergie utilisées, que ce soit le solaire, l'électrique ou d’autres. 

On parle ici plutôt du domaine militaire. Qu'en est-il du rôle d'Israël dans le développement des drones civils ?

Le domaine civil en Israël n’a pas évolué comme je l’aurais pensé. Il est primordial aujourd'hui d'adapter les nouvelles solutions dont je viens de parler aux nouveaux besoins qui vont apparaître de manière transversal, que ce soit dans domaine militaire que dans le domaine civil. Mais le problème réside dans le fait que le domaine civil est beaucoup plus complexe que l’on peut l’imaginer et le marché pourra se développer lorsqu’on aura résolu – il me semble – deux problèmes principaux.

Le premier est le problème de la certification du drone par l’aviation civile du pays. Ceci est très important, parce qu'il faut comprendre que même sans pilote interne, cela reste un avion qui vole. Et que cet aéronef d’une manière générale, qu’il soit à ailes fixes ou un hélicoptère, doit être adapté à la régulation du pays. Ça, c'est un premier point. Et ce n'est pas toujours facile à faire entendre, parce que le pilote se trouve à une distance de 100 km, 200 km de la cabine par rapport à un avion classique avec pilote.

Le deuxième point est qu'il faudrait que les clients civils potentiels soient sensibilisés à la valeur ajoutée du système, qu'ils reconnaissant que ce système va leur apporter des bénéfices, notamment financiers. L'état d'esprit des entreprises israéliennes sur le sujet commencent à évoluer, mais cela prend du temps. Cela ne sera pas pour demain. Cela sera certainement pour après-demain !

 

Rédigé par Aurore Geraud
Responsable éditoriale