Atelier : Qu’est-ce qui vous a amené à créer un site de pronostics en ligne ?Nicolas Béraud : Le site a été lancé en mars 2000. Nous avions la volonté d’aborder le sport différemment...

Atelier : Qu’est-ce qui vous a amené à créer un site de pronostics en ligne ?Nicolas Béraud : Le site a été lancé en mars 2000. Nous avions la volonté d’aborder le sport différemment, de façon ludique et gratuite. Les membres parient sur un certain nombre de disciplines sportives, gagnent des funnies, la monnaie virtuelle du site, qu’ils peuvent échanger par des cadeaux.Nous avons cherché à exploiter une capacité qui n’est propre qu’à Internet : celle de rassembler les gens au sein d’une communauté. Le pronostic sportif nous a semblé l’outil le plus adéquat pour créer cet esprit communautaire, puisqu’il provoque toujours des débats, de saines confrontations, des rencontres entre les membres…Et pour que nos membres puissent s’exprimer, nous avons ouvert dès juin 2000 un forum. On y trouve plusieurs espaces thématiques où les internautes se donnent des conseils, commentent un événement sportif, signalent l’abandon ou la méforme d’un sportif. Tout amateur de sport à un avis sur un match, un tournoi, et nous lui proposons de l’exposer.Atelier : Quel est, approximativement, le profil des internautes qui fréquentent le site ?N.B. : Notre site ne fait pas exception à la règle en vigueur dans les médias sportifs : nos membres sont des hommes à 90%. Ce qui prouve tout de même que, sur presque 500 000 fidèles en France et en Italie, 50 000 sont des femmes !Sport4fun attire environ 420 000 internautes qualifiés en France, et 70 000 à 80 000 membres en Italie, où une antenne du site a été créée en 2001. Dès le début de l’aventure, nous avions clairement la volonté de nous ouvrir à l’international. Le contexte de crise que nous connaissons depuis deux ans nous a freiné dans ce projet. Et la guerre en Irak ne laisse rien présager de bon pour le marché de l’Internet.Nous estimons que, sur les membres français, plus de 150 000 viennent voir leur compte au moins une fois par mois. Parmi eux, ils sont presque 100 000 à visiter le site une fois par semaine. Enfin, un noyau dur de 30 000 à 40 000 personnes se connecte tous les jours et parient sur tous les sports. Mais les 250 000 membres qui naviguent moins d’une fois par mois dans nos pages ne sont pas pour autant totalement inactifs. Lors des grands événements sportifs, nous avons remarqué que des comptes inutilisés depuis longtemps reprenaient du service.Bien que nous ne puissions pas faire de généralités, il est clair qu’une bonne partie de nos membres a entre 18 et 35 ans, et que la moitié se connecte depuis leur lieu de travail. Atelier : Quels sont les sources de revenus de sport4fun ?N.B. : Le chiffre d’affaires de Sport4fun pour l’exercice 2002 n’a pas encore été validé par le conseil d’administration. Mais il sera largement supérieur à celui de 2001, qui atteignait le million d’euros. Notre objectif pour 2003 est d’atteindre l’équilibre budgétaire au second semestre.Nous avons quatre types de revenus. La publicité nous apporte la moitié de notre chiffre d’affaires. En 2001, elle représentait 80% de nos gains ! Je reste persuadé que, d’ici deux à trois ans, un site pourra vivre uniquement de la publicité. Pour le moment, on trouve toujours trop d’acteurs sur le marché du sport en ligne, les plus faibles cassent les prix des encarts publicitaires. Notre importante communauté, et les 60 millions de pages vues, avec publicité, tous les mois, nous permettent d’annoncer des tarifs à la hauteur de notre audience. Les annonceurs traditionnels considèrent de plus en plus Internet comme un média à part entière. Les constructeurs automobiles, les fabricants de produits de sport et les opérateurs de téléphonie mobile restent les plus gros acheteurs d’espaces publicitaires.Le marketing direct nous rapporte 25% à 30% de notre chiffre d’affaires. Notre avantage est de posséder une base de données de 500 000 membres qualifiés (qui ont rempli une fiche de renseignement à leur première visite). Nous en louons une partie à des partenaires qui proposent des offres commerciales aux membres qui ont accepté de les recevoir.Nous vendons notre technologie en marque blanche à d’autres sites Internet. Nous avons, par exemple, vendu un jeu de pronostic à Wanadoo pour la coupe du monde de football. Cette activité représente 5% à 7% de nos revenus.Nous avons ouvert il y a un an un espace payant sur Sport4fun, l’espace VIP, qui représente 10% du chiffre d’affaires. Les VIPs y trouvent des produits à valeur ajoutée, des analyses, des jeux. Par ailleurs, nous mettons également à la disposition de l’ensemble de nos membres des jeux payants, des quiz qui peuvent rapporter des funnies. C’est cet espace qui nous permet de développer de nouvelles fonctionnalités, de tenir bon dans un marché difficile.Atelier : Vous êtes le leader français des paris sportifs en ligne, qui sont vos concurrents ?N.B. : En France, nous sommes effectivement leader en ce qui concerne les pronostics sportifs en ligne. Mais nous sommes également en tête en terme de pages vues et de temps passé sur le site. Dans les classements, nous sommes régulièrement devant Lequipe.fr, le leader des sites sportifs français.Les portails d’accès à Internet ne sont plus une réelle menace pour nous. Les pages sport de Yahoo génèrent un trafic de 300 000 personnes par mois, celles de Wanadoo n’en attirent qu’environ 200 000. Les informations y sont moins fraîches que sur les sites spécialisés, et l’internaute y passe beaucoup mois de temps en moyenne. Les sites verticaux prennent donc une vraie valeur par rapport au portail d’accès car ils sont mieux positionnés.Je ne considère pas les autres sites de paris sportifs, comme Côte et Match, comme des concurrents, et je pense que c’est réciproque. Nous avons fait le choix d’offrir des pronostics gratuits et une rémunération sous forme de cadeaux. Les sites de la Française des Jeux sont plutôt complémentaires de notre activité.Les bookmakers anglais en ligne n’ont normalement pas le droit de prospecter leurs joueurs en France, la Française des Jeux possédant le monopole des jeux d’argent en France.Atelier : Qu’attendez-vous de l’évolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication ?N.B. : Nous nous intéressons beaucoup à toutes les évolutions qui vont dans le sens d’une plus grande mobilité. Nous souhaitons développer nos activités sur les supports adaptés : téléphones portables, agendas électroniques… Ces produits correspondent tout à fait au principe des pronostics. Nous sommes en relation avec un opérateur pour mettre en route ce genre de projet. Dans la même optique, les technologies qui touchent aux réseaux sans fil sont très prometteuses.Nous attendons également des avancées dans le traitement des informations en temps réel. Pour ce qui des retransmissions en live, le problème vient des tarifs des droits de diffusion des événements sportifs. Nous ne sommes pas dans une logique d’acquisition des droits des grandes manifestations, beaucoup trop onéreuse.Atelier : Quel est votre vision de l’avenir ?N.B. : Internet et la télévision ont déjà commencé à converger. A plus ou moins long terme, il n’y aura plus qu’un seul support proposant du pay-per-view, la télévision numérique, Internet…Le marché du sport en France a de beaux jours devant lui. Il est beaucoup plus réduit que dans d’autres pays européens. Au Portugal, par exemple, il existe au moins quatre journaux de même portée que L’Equipe et une émission de type « Télé Foot » par jour et par chaîne. Il existe donc un fort potentiel de croissance en France.En ce qui concerne l’avenir de Sport4fun, nous devrions nous remettre à communiquer en offline d’ici deux à trois ans, mais nous tablons pour l’instant sur un échange de visibilité, en partenariat.Si nous parvenions à nous allier avec un site éditorial, très complémentaire de nos activités, nous deviendrions, et de loin, le leader incontesté de l’Internet sportif. A terme, il ne devrait rester que deux ou trois grands sites de sport en ligne.(Atelier-groupe BNP Paribas-01/04/03)