Du 14 au 21 juin derniers, le printemps s’est achevé à San Francisco avec la tenue de la Design Week, une semaine entière consacrée aux différentes facettes que recouvre la pratique du stylisme et de la conception. Au cours des trente dernières années, cette industrie a connu une croissance spectaculaire dans la région de la baie, permise notamment par l’émergence concomitante de l’économie numérique. Logique, donc, que San Francisco accueille chaque année le plus gros événement consacré au design de la côte ouest. Cette dixième édition, qui a rassemblé soixante studios de design autour de 200 événements, a démarré comme de juste par une cérémonie d’ouverture, où les 3000 visiteurs ont pu profiter d’une expérience immersive de réalité augmentée. Les cabinets LOCZIdesign et Heavy Projects avaient en effet conçu une installation s’appuyant sur cette technologie de pointe pour concevoir une reproduction numérique de la ville de San Francisco à travers les âges.

Le design au service de la réalité augmentée 

ideo : designing a circular economy

IDEO

Le reste de la semaine fut rythmé de conférences et d’ateliers interactifs consacrés au design sous toutes ses formes. Le lendemain de la cérémonie d’ouverture, Suzanne Gibbs, du cabinet de design Ideo, qui imaginait récemment la forme que pourrait prendre la voiture du futur, conseillait un parterre de professionnels sur les pratiques et rituels permettant de simuler créativité et collaboration au sein d’une entreprise. Le même jour, les visiteurs intéressés par la réalité virtuelle et augmentée pouvaient assister à un panel de présentation de la part d’entreprises à la pointe du secteur. Était notamment présent Soulaiman Itani, fondateur et CEO d’Atheer. Cette entreprise propose des lunettes de réalité augmentée, notamment à destination des ouvriers. Elles permettent aux travailleurs de réaliser à tout moment un appel vidéo avec un expert situé à distance, qui peut ainsi voir à travers ses yeux et le conseiller sur la méthode à suivre pour son travail de construction ou de réparation.

Les lunettes permettent également la génération de contenus dynamiques. Par exemple, un mécanicien pris d’un doute sur la pièce qu’il s’apprête à réparer peut, en un geste, faire apparaître des informations contextuelles et de la documentation détaillée pour se renseigner. Des jeux de couleur, l’apparition de certaines pièces en surbrillance peuvent également le guider dans sa tâche. Ce dispositif peut aussi être utilisé dans le domaine médical, par exemple pour assister un chirurgien lors d’une opération. À terme, il pourrait révolutionner la manière dont nous interagissons avec l’informatique : en lieu et place d’écrans, assortis d’un clavier et d’une souris, nous manipulerions ainsi des interfaces holographiques avec les mains. C’est ce que l’on nomme l’Air Computing, pour « Augmented Interactive Reality computing » (informatique de la réalité augmentée et interactive).

Californie oblige, un panel était également consacré à l’usage du design dans l’industrie du cannabis. Plusieurs entrepreneurs du secteur étaient réunis pour expliquer comment un design innovant permet de lutter contre les préjugés traditionnellement attachés à cette industrie. Des entreprises comme Harvest et Hmbldt misent ainsi sur une conception moderne et soignée pour insister sur la qualité de leurs produits et de leur service client.

Le design sur tous les fronts 

design for x

Designforx

On le sait, le soin apporté à l’apparence, à l’identité visuelle joue un rôle capital dans le succès d’une entreprise. Or, tandis que l'entrepreneuriat social se développe, qu’un nombre croissant d’entreprises se crée dans une optique caritative, ces projets oeuvrant pour le bien commun ne disposent pas des mêmes ressources en termes de design que les start-up des nouvelles technologies. Design for X, une organisation à but non lucratif, cherche à combler ce manque en mettant en relation professionnels du design et entreprises à but caritatif. L’organisation a tenu un atelier dans cette optique. La semaine s’est achevée par un « studio crawl » géant, une visite organisée des principaux studios de design de San francisco. La visite du studio Lunar donnait aux visiteurs la possibilité de constater l’importance primordiale du design dans le cycle de vie d’un produit. Fondée en 2007, l’entreprise Ecobee a débarqué sur le marché du thermostat connecté avant tout le monde, y compris Nest, aujourd’hui son plus sérieux concurrent. Malheureusement, si le produit d’Ecobee était bon, l’apparence de ses premiers thermostats était des plus banales, s’apparentant à une sorte de GPS automobile. Ainsi, en 2010, l’entreprise Nest a commencé à grignoter leurs parts de marché, grâce à leur produit au design élégant et futuriste. Ecobee s’est alors tourné vers Lunar, qui a conçu l’apparence du thermostat Ecobee3. Ce dernier a permis à l’entreprise de revenir dans la course. Elle s’est récemment associée avec Amazon, pour intégrer l’assistant virtuel Alexa à l’ensemble des appareils vendus par Ecobee.

Parmi les créations du studio de design présentées au public lors de la visite, on compte également un curieux joystick, conçu à l’origine pour jouer aux jeux vidéos. Manipulable avec la paume de la main, il permet notamment d’éprouver la texture d’une surface et la forme qu’un objet occupe en trois dimensions. Des applications sont actuellement à l’étude dans le domaine de la chirurgie.

le studio exygy 

Exigy

Le studio Exygy, spécialisé dans la conception de logiciels, déploie quant à lui ses ressources pour lutter contre l’un des grands maux de la région de San Francisco : le manque de logements abordables. En collaboration avec la mairie de la ville, le studio a créé le site Dahlia San Francisco Housing Portal. Très simple et intuitif d’utilisation, il propose aux ménages défavorisés des offres de logement correspondant à leurs ressources et à la taille de leur famille. La semaine s‘est achevée avec la visite du studio Noise 13, indirectement connu du grand public puisqu’il a conçu une partie de l’identité visuelle d’Uber. Le studio a également travaillé avec l’entreprise Planet, qui, depuis San Francisco, révolutionne le marché de l’imagerie par satellite, déployant une flotte pléthorique de petits appareils permettant de prendre au quotidien des clichés ultra précis de l’ensemble de la surface terrestre.


Rédigé par Guillaume Renouard