Dans un réseau, certains membres sont parfois tentés d'avoir un comportement individualiste qui remet en cause la viabilité de la structure. Sauf si cette dernière comprend suffisamment d'individus, et qui interagissent.

La stabilité de la structure d'un réseau social tient aussi à sa taille

Les plates-formes de collaboration ont besoin d'atteindre une "masse critique" pour rester stables en cas d'attaque ou de manœuvre par un collaborateur malveillant. Sachant que selon une équipe de chercheurs issus de plusieurs universités italiennes*, à l'origine de cette conclusion, la masse critique est ici le moment où le réseau est considéré comme rentable et mûr. Pour les scientifiques, qui se sont intéressés aux réseaux de collaboration en général, quand un salarié est tenté de ne pas jouer le jeu, si cela se passe pour un événement mineur, cela est pallié par le travail de ses pairs avec qui il est en relation directement. Mais quand cela dépasse un certain seuil, il est alors nécessaire que le réseau soit suffisamment fort pour ne pas en pâtir. Une théorie que l'on peut élargir aux plates-formes de collaboration virtuelles.

Théorie des jeux optimisée

Les expériences réalisées par les chercheurs suggèrent que beaucoup d’individus sont égoïstes et ces derniers rationalisent par conséquent l’état de leur propre collaboration à celle de leurs pairs. En appliquant la théorie des jeux aux réseaux plus denses, les trois chercheurs ont identifié un état "d’équilibre collaboratif" qui définit la stabilité d’un réseau. Pour rappel, c’est l’équilibre de Nash, [de John Forbes Nash, ndlr] qui a donné naissance à la théorie des jeux : c’est une situation dans laquelle l’équilibre entre plusieurs joueurs est devenu stable grâce à leur collaboration et du coup, personne ne modifie sa stratégie sans affaiblir sa position actuelle. Ce principe serait donc applicable et optimisé à des réseaux plus denses, comme sur la Toile, dans l’hypothèse où un réseau atteint la fameuse "masse critique".

Contagion sociale ?

Une masse critique est donc essentielle pour que le réseau puisse supporter des comportements individualistes. De plus, la collaboration ne résulte pas forcément de la proximité des individus dans un réseau ni du niveau de fluctuations. Cependant les chercheurs concluent  sur l’absence de contagion sociale quant aux réseaux de collaboration : augmenter le nombre de collaborateurs n’implique pas directement des collaborations plus larges, et réciproquement. Mais attention, plus le niveau de collaboration dans le "voisinage" est fort, plus la tentation d’agir en électron libre est forte, ce qui veut dire que pour des bénéfices importants, un seul individu peut nuire à la stabilité d’un réseau.

* L’Ecole polytechnique de Turin, le Centre international d’Abdus Salam et l’université de Sienne

Rédigé par Hugo Sedouramane