Sempiternelle polémique : vaut-il mieux un appareil qui fait tout, quitte à le faire moins bien, qu'une pléthore d'appareils dédiés à des fonctionnalités distinctes ? Les téléphones, qui sont de...

Sempiternelle polémique : vaut-il mieux un appareil qui fait tout, quitte à le faire moins bien, qu'une pléthore d'appareils dédiés à des fonctionnalités distinctes ? Les téléphones, qui sont de plus en plus nombreux à s'équiper d'appareils photo, de caméras vidéo ou de lecteurs MP3, risquent-ils de faire de l'ombre aux marchés respectifs de ces différents gadgets high-tech, plébiscités par le grand public ?
 
Le marché des baladeurs MP3 a le vent en poupe, et si l'on en croit le cabinet d'études iSuppli, la tendance n'est pas vraiment prête à s'inverser. Il estime en effet que ce marché pourrait atteindre 230 millions d'unités vendues par an en 2009, contre 128 millions d'unités en 2005.
 
Les téléphones mobiles n'ont rien à envier aux baladeurs. Certains pensent que le nombre d'abonnés à la téléphonie mobile pourrait dépasser les trois milliards à l'horizon 2010, alors qu'il s'est vendu plus de 800 millions de combinés mobiles en 2005.
 
Dans les pays où le marché est déjà plus ou moins saturé, les ventes sont essentiellement issues du renouvellement, qui conduit de nombreux consommateurs à se tourner vers des appareils récents, dotés de fonctionnalités multimédia. En ce qui concerne l'image, les téléphones ne parviennent guère à égaler les appareils photo numériques, même si certains commencent à équiper leurs combinés de vrais objectifs (voir Sony Ericsson qui lance des téléphones siglés "Cybershot", en référence à ses appareils photo). Il en va autrement pour la musique...
 
En effet, une fois écartées les considérations esthétiques et ergonomiques (responsables, couplées à un marketing béton, du succès du célèbre iPod d'Apple), la restitution du son au format numérique ne pose pas de problème majeur aux fabricants de téléphone. Ces derniers intègrent déjà des supports de stockage dans leurs combinés (mémoires flash) pour les photos ou le carnet d'adresse. L'ajout d'un circuit "son" et d'une bonne paire d'écouteurs leur permet d'égaler, à peu de frais, les baladeurs.
 
Ce constat fait dire à Peter King, de Strategy Analytics, que "le téléphone baladeur ne devrait pas influencer significativement le marché haut de gamme des baladeurs à disques durs de forte capacité, mais aura un impact majeur sur le marché d'entrée de gamme des baladeurs à mémoire flash".
 
Peter King estime que les ventes de téléphones baladeurs devraient avoisiner les 800 millions d'unités en 2010, représentant environ les trois quarts du marché, entraînant inévitablement un ralentissement de la croissance du marché des baladeurs "stand alone" (qui ne font que lire de la musique).
 
D'après un autre analyste, Claudio Checchia, d'IDC, cette influence pourrait se ressentir tout particulièrement sur le marché asiatique, où le téléphone mobile joue un rôle important pour la reconnaissance sociale : les jeunes "n'hésitent pas vraiment avant de dépenser 500 ou 600 dollars pour un téléphone dernier cri, alors qu'ils ne sont pas forcément disposés à mettre 200 ou 300 dollars dans un lecteur MP3".
 
2006 voit débarquer bon nombre de combinés baladeurs, judicieusement équipés de touches de contrôles accessibles et de capacités de stockage suffisantes pour une centaine de morceaux au format MP3. Le développement des accès mobiles à haut débit (3G puis, bientôt, HSDPA) devrait également inciter les constructeurs à renforcer les capacités multimédias de leurs produits.
 
Pour l'heure, Apple détient environ 55 % du marché mondial des baladeurs, et plus de 70 % du marché américain. Qui la pomme devrait-elle craindre ?
 
Alexandre Laurent, pour l'Atelier
 
(Atelier groupe BNP Paribas - 13/03/2006)