Ventes omnicanal, multicanaux, cross canal,… l’application Zoomdle ouvre une autre voie. Mais de quelles innovations le e-commerce a-t-il besoin?

Et si le traditionnel support papier remportait les faveurs du M-commerce?

Dans le cadre de l’émission L’Atelier numérique sur BFM Business, entretien avec Axel Canus, Directeur Général de Zoomdle, une application dédiée au e-commerce  ainsi qu’Olivier Sauvage, consultant en e-commerce et auteur du blog Capitaine Commerce.

Le e-commerce n'en n'a pas fini de croître. Le chiffre d’affaires du e-commerce enregistre au premier trimestre 2014 une croissance de  11% sur un an glissant et s’est élevé à 13,4 milliards d’euros, d’après les derniers chiffres fournis par la FEVAD, la Fédération du e-commerce et des ventes à distance. Parmi ce marché en bonne santé, certaines tendances sont plus saillantes. Il en est ainsi du M-commerce, segment qui progresse le plus Sur les trois premiers mois de l’année, les ventes en ligne réalisées sur les mobiles, ont grimpées pour le coup de 76%. Pas question pour autant de se reposer sur ses lauriers puisque les innovations continuent d’éclore et placent le mobile au cœur des stratégies. Zoomdle, est l'une de ces innovations.

L'Atelier: Zoomdle pourrait se résumer comme étant le Shazam de la mode, mais plus précisément comment fonctionne cette application?

Axel Canus: Les lectrices de magazines peuvent prendre en photo un produit qui leur plaît avec leur smartphone et acheter immédiatement ce dernier, à condition d’avoir téléchargé l’application ; et ce indépendamment du lieu, de l’heure, de la journée.

N’importe quel magazine?

Axel Canus: Pour le moment, seulement trois : Biba, Grazia, et Vital

L’application permet de reconnaître automatiquement l’article repéré dans l’un de ces magazines?

Axel Canus: Exactement. Ce n'est pas une technologie basée sur un QR code qui viendrait nuire à la qualité graphique du magazine. C'est vraiment de la reconnaissance visuelle qui permet de flasher l’article souhaité et non un QR code

Vous êtes quand même obligé de taguer ou du moins traiter la photo en amont pour que le produit flashé par la lectrice soit reconnu? Peut-on imaginer que votre application détecte à terme des objets sans taggage préalable ? Dans la rue, par exemple.

Axel Canus: En effet, l’image doit être stockée sur des serveurs, un peu comme Shazam avec la musique. Quant à la technologie de reconnaissance visuelle, elle permet d’ores et déjà de faire des études de similarité. Et en prenant une chemise en photo, on peut proposer une chemise similaire en termes de couleur, de forme et de motif.

La lectrice est-elle dirigée vers le site de la marque d’où provient l’article? Où est-ce Zoomdle qui sert de canal?

Axel Canus: En tant qu’entreprise de e-commerce - et même de m-commerce très exactement- on ne fait pas d’affiliation. Nous achetons en amont les produits préalablement sourcés et ce, après avoir récupéré les sélections des rédactrices des magazines avec lesquels nous sommes partenaires. Ensuite, on se charge de la livraison, de la gestion des retours et surtout de la relation client qui est pour nous très importante.

Pour le moment, vous êtes sur le terrain de la mode féminine. Envisagez-vous d’élargir à l’univers de la déco, ou d’autres produits encore?

Axel Canus: Tous les supports sont exploitables. Il faut savoir que les magazines de déco sont structurés de la même façon que les magazines de mode féminine ou masculine. Et à terme effectivement, on veut pouvoir flasher n’importe quel support, n’importe où, que ce soit les affichages dans les stations de métro ou les abris bus et ainsi de suite.

Olivier Sauvage: Dans le web, on peut toujours tout imaginer. Mais dans un premier temps, je pense que cela peut s’élargir à beaucoup d’autres supports papiers, notamment la presse régionale. et qu’il y a beaucoup de choses à faire avec la géolocalisation. On peut très bien proposer des services ou des produits à partir d’un gratuit. Quand on sait que ces journaux sont très lus en mode de transit urbain, il peut sembler judicieux de récupérer le temps d’attention de ces lecteurs. Ces derniers sont donc une cible privilégiée pour ce type d’applications. D‘autres domaines peuvent être touchés. Je pense notamment au B2B qui voit circuler encore beaucoup de gros catalogues papiers avec une prise de commande relativement lourde et complexe.

En quoi ce type d’application change-t-elle le mode de consommation? A-t-elle un impact concret sur les ventes?

Axel Canus: C’est effectivement un tout nouveau canal de distribution. C’est plus facile et moins frustrant que de prendre en photo l’article repéré et tenter de le retrouver ensuite sur un moteur de recherche. Là, on peut vraiment, directement, commander l’article qui nous plaît et le recevoir chez soi.

Olivier Sauvage, est-ce que ce nouveau mode de distribution vous semble pertinent?

Olivier Sauvage: Je suis extrêmement fan de cette solution. C'est une solution que je connaissais déjà avec le site de mode Net-à-porter et son "magalogue" : un mix entre le catalogue et magazine. Une application permet aussi de prendre en photo des articles et les commander directement sur le site de Net-à-porter. Je trouve cela très intéressant. C'est une solution tout à fait adaptée à la presse magazine, notamment féminine car finalement beaucoup de magazines se résument actuellement à des catalogues de vente. Ce système peut également très bien s’adapter aux anciens viadistes [vente à distance, ndlr] car il facilite la prise de commande en ligne. Mais une telle application doit être fluide et facile à prendre en main pour être un facteur de succès clé pour la vente sur papier.

Avec Zoomdle, vous vous concentrez sur l’omnicanal. Pourquoi privilégier uniquement cette méthode? Est-ce la future tendance ? Quid des autres tendances actuelles "cross canal", "multicanaux"?

Axel Canus: On s’est d'abord inscrits dans une démarche qui consiste à prendre en photo le magazine sachant que ce support bénéficie d’un énorme pouvoir de prescription et que ses lectrices souhaitent un accès facilité au produit. On est d’abord là pour répondre à cette attente. Mais il est vrai que les acheteurs ont une attitude aussi bien "cross canal" qu’omnicanal. On parle souvent de "clic and collect". Notre but est de pouvoir les accompagner quel que soit le support choisi. Pourquoi ne pas pousser notre concept aux versions numériques des magazines ? Autrement dit, cliquer sur un article en lisant sa version numérique du magazine sur la tablette et ensuite retrouver sa sélection directement sur le site web dudit magazine ?

Olivier Sauvage: C'est presque la création d’un nouveau canal de commande ou à l’inverse, le retour d’un mode de commande un peu désuet, le papier ! Pourtant, le papier continue d’avoir beaucoup d’avantages, surtout dans le domaine de la vente en ligne. Il est en réalité extrêmement plus séduisant et attractif que ne le sont les écrans. Le problème, c’est la difficulté à commander à partir du papier. Intégrer le geste d’achat à celui de feuilleter le magazine fluidifie intelligemment l’acte d’achat, le but ultime du marchand. Ça va compléter la place de nos panoplies des marchands, des marques, de tous ceux qui vendent sur Internet.

Applications, objets connectés, réalité augmentée… Ces tendances sont-elles pérennes pour le e-commerce?

Olivier Sauvage : Pour ce qui est des objets connectés, ce que j’ai déjà vu à l’œuvre concerne surtout le marché de la santé avec des fabricants français comme Withings en avance sur le marché. D’autres domaines devraient toutefois profiter aussi de toutes ces innovations, notamment l’automobile : e-publicité dans les automobiles sous la forme de conseils et informations envoyés au conducteur pendant qu’il roule. Par exemple, quel est le meilleur restaurant dans les 10 km à la ronde etc... Donc oui, il y a des débouchés pérennes

Quelle est la prochaine étape pour Zoomdle?

Axel Canus: Pour l’instant, on essaie de bénéficier du savoir-faire de tous les constructeurs de smartphones. Et on se concentre sur notre métier, le m-commerce. On va continuer de développer notre technologie sur les smartphones et à terme, faire en sorte de flasher n’importe quel support, dans n’importe quel endroit.

 
Rédigé par Virginie de Kerautem
Journaliste