Retail

Donner ses données, revendre c'est voler

  • 27 Mar
    2018
  • 2 min

Le scandale Cambridge Analytica aura au moins le mérite de faire toute la lumière sur un commerce juteux pour le moins obscur, celui des données personnelles. Mais au-delà, c'est le business model des plateformes qui doit être questionné.

« Si c'est gratuit, c'est vous le produit ». À l'heure où l'économie des plateformes – dont les plus ardents promoteurs se nomment Facebook, Amazon et Google – s'impose comme le modèle d'affaires dominant et dont on prédit que le montant des transactions pourrait être multiplié par vingt en dix ans pour atteindre 570 milliards d'euros d'ici 2025, l'affaire Cambridge Analytica sur le détournement des données personnelles de cinquante millions d'utilisateurs Facebook est l'occasion d’un coup de projecteur sur le sujet de la captation et de l'utilisation des données personnelles. Car ces mastodontes du numérique sont bel et bien assis sur une mine d'or, dont nous sommes, nous consommateurs, les produits. Soit parce que nous ne sommes pas suffisamment sensibilisés au sujet, soit parce que, si nous le sommes, nous minimisons la valeur que représentent nos données personnelles en contrepartie d'une expérience client agréable, personnalisée et facilitée. Car n'oublions pas ce qui fait la réussite de ces modèles de plateformes : les utilisateurs se mettent en contact, gratuitement et facilement, avec des fournisseurs, pour des échanges économiques ou des interactions sociales. Les utilisateurs payent de leur empreinte numérique laissée sur le web, la simplicité des infrastructures, la personnalisation des offres, la baisse du nombre d'intermédiaires, un prix d'achat plus attractif, bref, une apparente réappropriation de l'offre par le client.

Mais nous ne le découvrons pas ici, le modèle économique de Facebook est bien de vendre de la publicité ciblée en fonction du profil des utilisateurs, ledit profil étant établi grâce aux données personnelles. Le vrai problème ici, c'est le pouvoir d'influence qu'un réseau social comme Facebook peut avoir sur les armées ou sur les organisations politiques, jusqu'à pouvoir faire entrer un parti au gouvernement, nommer un président à la tête d'un État, ou encore faire sortir le Royaume-Uni de l'Union Européenne (Brexit). Car ces plateformes d'intermédiation toutes puissantes, trop puissantes, ne sont pas les seules chercheuses d'or. Elles établissent des alliances avec des sociétés de data-brokers qui font commerce de nos données personnelles. Elles les aspirent, les croisent, les interprètent et les monétisent en les revendant à de puissants clients, au rang desquels figure, dans l'affaire qui nous occupe aujourd'hui, l'équipe de campagne du président Trump. Si l'entrée en vigueur du RGDP, le 25 mai prochain, sensibilisera les entreprises au sujet, il convient néanmoins de s'interroger sur la capacité à réguler des géants tels que Facebook et, au- delà même, questionner le business model des plateformes. 

Rédigé par Oriane Esposito