Quelle alimentation pour demain ?

Tacos emojis

La façon dont nous nous alimenterons dans les Smart Cities dépasse en réalité le simple champ de l'innovation. L'accroissement important du nombre de citadins dans les prochaines années - 8 milliards de personnes habiteront dans les mégapoles en 2050 d'après les statisticiens - et la nécessité de freiner efficacement le réchauffement climatique tout en trouvant des solutions pour nourrir une population mondiale toujours plus nombreuse, nous ont obligés à  inventer de nouveaux modèles de production et de consommation. Aujourd'hui, plusieurs grandes tendances modélisent l'avenir de notre alimentation. D'un côté, la promesse d'une Smart City agricole, équipée de grandes fermes urbaines, garante d'une production alimentaire éco-responsable grâce au circuit court, mais également auto-suffisante grâce à l'urbaculture généralisée. De l'autre, une révolution technologique en profondeur de nos habitudes alimentaires grâce à l'impression 3D. Enfin, l'intervention de la recherche scientifique dans la création d'une nourriture augmentée par le biais des "superaliments".  Mais aucun de ces trois scénarios ne permet en réalité de déterminer avec précision ce qui se trouvera dans nos assiettes dans trente ans. Explications.

VERS UNE URBACULTURE DE MASSE ?

Urbaculture atelier

ShigeharuShimamura

La Smart City, nouvel espace agricole auto-suffisant ?

LES FERMES URBAINES POUSSENT DANS LA SMART CITY

Urban Farm

Au cours de ces derniers siècles, c'est essentiellement aux campagnes, pour des questions évidentes d'espace, qu'a incombé la tâche de produire suffisamment de nourriture pour l'ensemble des populations. Mais avec l'apparition de l'urbaculture dans les années 70, les lignes ont commencé à bouger. Aujourd'hui, face à la nécessité de rentrer dans une ère éco-responsable, les projets de fermes urbaines se multiplient aux quatre coins du monde, avec à la clef la promesse d'une ville de demain pouvant produire sa propre nourriture en grande quantité. Pourtant, si les techniques de cultures hydrophoniques n'ont plus à prouver leurs bons résultats, permettant aux citadins de se fournir en fruits et légumes frais et d'avoir accès à une production agricole de qualité en milieu urbain, il est fort peu probable que les grands centres urbains puissent disposer un jour de suffisamment de place pour qu'une production de masse puisse se concrétiser. Même si les fermes urbaines tablent sur la verticalité, avec un agencement sur plusieurs étages pour multiplier les plantations, elles devront miser, au vu de leurs faibles rendements, sur la qualité plus que sur la quantité pour répondre à nos besoins alimentaires dans l'avenir. Ainsi, d'après Nicolas Bel, ingénieur agronome et enseignant à AgroParisTech : " A Paris, si l'on prend une hypothèse très simplificatrice et optimiste de 5 kilos de légumes frais par m2 sur 320 hectares, cela ferait 32.000 tonnes de légumes par an, soit de quoi alimenter au mieux 230.000 Parisiens".

LES CULTURES URBAINES INTERIEUREs grâce au led

Urbaculture atelier

ShigeharuShimamura

"Faire pousser du riz, du maïs ou du blé requiert une biomasse importante, de 5 à 12 tonnes par hectare de céréale, mais pour ce faire, il faudrait accumuler près de 20 tonnes de matière sèche en altitude dans les fermes verticales" (Erik Murchie)

De plus, outre des capacités insuffisantes, les fermes urbaines, tout comme les potagers collaboratifs que l'on voit fleurir dans les parkings ou sur les toits, auront beaucoup de mal à produire autre chose que des légumes et des fruits. La culture des céréales, élément essentiel de notre alimentation, nécessite beaucoup plus de moyens. Quant à la possibilité que des élevages d'animaux puissent permettre aux citadins de s'approvisionner localement en viande, elle est encore plus hypothétique car elle nécessite beaucoup plus d'espaces et de ressources. Les fermes urbaines, qui font de plus en plus partie du paysage de nos villes, ne détermineront en réalité que dans une faible mesure le contenu de nos repas dans l'avenir.

DES ALIMENTS AUGMENTÉS DÉVELOPPÉS EN LABORATOIRE

Pills atelier
Olivia Shin

Les super-aliments, l'avenir de notre alimentation ?

Prospective

Etude : Le marché de la foodtech fait recette !

  • 16 Juin
    2017
  • 2 min

Aujourd'hui, les innovations de la FoodTech laissent à penser que la nourriture augmentée pourrait nous permettre de manger différemment dans l'avenir. Dans la Silicon Valley, des start-up mettent au point des aliments fabriqués en laboratoire et doppés en nutriments, plus bénéfiques pour la santé et fabriqués sans abimer la planète. Dans ce domaine, les projets se sont multipliés ces dernières années. Cultivée en laboratoire à partir de cellules souches prélevées dans l'épaule d'un bovin, le premier steak de viande artificielle a fait son apparition en 2013. On pourrait citer également la viande de poulet cultivée en laboratoire par la start-up Memphis Meats où le substitut vegan à la viande hachée composé de blé, de pommes de terre et de racines de soja conçu par The Impossible Burger. Ou encore les boissons nutritives superconcentrées, comme le Soylent, qui se présente comme un substitut de repas. Toutes ces innovations vont dans le sens d'une nourriture synthétique et artificielle, plus simple à produire et plus rapide à consommer, mieux adaptée au rythme trépidant de nos sociétés modernes. Et qui nous promettent d' améliorer notre concentration ou de renforcer notre système immunitaire. 

" Nous sommes désormais capables de produire une viande meilleure pour la santé, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre”. Uma Valeti, CEO de Memphis Meats.

cette alimentation du futur a ses limites

dna banana

Pour autant, cette alimentation du futur a ses limites, tant qualitativement que quantitativement. D'une part, car les nutritionnistes sont dans leur grande majorité très réservés sur les effets à long terme de ces nouveaux aliments sur notre santé. Synthétiser de la nourriture en laboratoire tient pour l'instant encore de l'expérimentation. Et s'il est techniquement possible de le faire, le phénomène reste aujourd'hui très limité et s'adresse principalement à une clientèle aisée. Pour nourrir les habitants des Smart Cities, une production de masse à très grande échelle sera nécessaire. A moins que ces super aliments ne réussissent à sortir de la niche marketing dans laquelle ils sont pour l'instant cantonnés et qu'ils dépassent le simple effet mode à destination des bobos et des geeks, il y a bien peu de chances qu'ils composent massivement nos menus dans l'avenir.

Impression 3D, un nouveau cuisinier à la maison ?

“Quand nous, artisans, nous manipulons les ingrédients, nous manipulons aussi la saveur. Avec l'impression 3D des aliments, il ne sera jamais possible d'obtenir la même chose qu’avec un plat préparé à la main.”

Luis Estrada, chocolatier.

L'idée est séduisante. Demain, tous nos foyers seront équipés d'imprimantes 3D alimentaires. Au lieu de cuisiner notre nourriture, nous l'imprimerons. La technologie est déjà au point et ne cesse de progresser : le "cuisinier du futur" introduit un tube contenant un aliment de base, une pâte par exemple, et programme la forme du produit qu'il souhaite obtenir. Exactement comme avec une imprimante 3D classique, il est possible de combiner plusieurs tubes et de façonner des plats comportant plusieurs ingrédients et plusieurs couches. Pour faire une pizza, un premier tube servira à former la pâte, un second la sauce tomate et un troisième le fromage. A Londres, le restaurant éphémère et nomade Food Ink propose même depuis l'année dernière des repas gastronomiques entièrement imprimés dans de la vaisselle et du mobilier également imprimés ! A la clef de cette nouvelle façon de cuisiner, la possibilité de personnaliser les plats, aussi bien au niveau de la forme, du goût, que des besoins caloriques. L'impression 3D semble ouvrir un chemin vers une alimentation de masse à la carte, façonnable en fonction des envies de chacun.

Des burgers en impression 3D

Burger 3D

ZimandZou

Mais les contraintes à lever pour que cette technologie devienne la norme de nos repas dans l'avenir sont très importantes. D'une part car elle ne permet pas des préparations complexes où des combinaisons savantes d'ingrédients. Impossible de préparer un cassoulet où un boeuf Strogonoff, ni de cuisinier viandes ou poissons. Elle tend donc vers un appauvrissement de nos menus et ne permet pas de couvrir l'ensemble de nos besoins. Ensuite, car sa généralisation dans la préparation de nos repas chamboulerait entièrement notre industrie alimentaire. Ce serait la fin de notre agriculture et un coup d'arrêt à notre gastronomie. Difficile d'imaginer un futur où tous nos repas seraient imprimés si nous perdons plus que nous ne gagnons. Il est certain que l'impression 3D fera son apparition dans les foyers dans les prochaines années, mais elle n'enlèvera pas aux gens le plaisir de cuisiner. Elle pourra, un peu comme le micro-ondes en son temps, permettre de préparer un repas plus facilement et plus rapidement lorsque l'on est pressé. Il est toujours difficile d'imaginer l'avenir avec précision. En matière d'alimentation, aucune des grandes tendances actuelles ne permet de dresser avec certitude la carte de nos futurs repas. Peut-être que cette carte saura, avec intelligence, tirer parti de toutes ces innovations sans pour autant mettre au ban notre héritage et notre culture.

Rédigé par Arnaud Pagès
Journaliste indépendant, spécialisé dans les nouvelles technologies