L’Atelier BNP Paribas, en collaboration avec le spécialiste de la mesure de performances ip-label, vous livre chaque mois une analyse du Web en Asie. Nous nous attardons aujourd’hui sur la performance comparée des jeux en ligne au Japon. Selon le Online Game Forum (OGF), le nombre de joueurs en ligne au Japon est passé de 19,5 millions en 2004 à 42 millions en 2006. Sur le plan monétaire, ce marché devrait croître de 4,6 milliards de dollars américains en 2004 à 8,25 milliards de dollars américains en 2011. Un enjeu qui est donc majeur pour tous les acteurs du jeu en ligne au Japon. Or, confrontés à une clientèle ludique mais exigeante, et dans un secteur particulièrement concurrentiel, les sites de jeux en ligne se doivent d’offrir un service fiable et constant. Et nous allons voir que si la disponibilité des services est globalement au rendez vous, il faut parfois s’armer de patience face à des sites qui confondent parfois console locale et

internet. Pour mener cette étude, ip-label a mesuré, depuis l’un des principaux réseaux opérateurs à Tokyo, les performances d’un panel représentatif de sites japonais de jeux en ligne, entre le 20 février et le 19 mars 2008. Un graphisme élégant, … Lorsqu’ils démarrent leurs consoles, les joueurs plongent dans des univers réalistes, bien qu’imaginaires. Devenus internautes, ces mêmes individus s’attendent à bénéficier de la même magie lorsqu’ils se connectent sur les sites de jeux en ligne. Ces derniers se doivent donc de proposer une charte graphique sophistiquée et raffinée. L’usage de technologies telles que le « Flash » permet en outre d’apporter une dimension de mouvement qui happe le visiteur dans un monde nouveau. De véritables artistes réussissent à « coucher sur la toile » des œuvres à l’esthétisme époustouflant. Mais ce déballage d’art a un coût non négligeable, qui s’exprime en kilo-octets (Ko). Il s’agit naturellement du poids de l’ensemble des éléments constituant la page, qui doivent être chargés par le navigateur internet du visiteur. Le poids moyen constaté sur les sites japonais de jeux en ligne, durant cette étude, est de 485 Ko. A titre comparatif, les sites institutionnels des entreprises membres du CAC40 présentent un poids moyen de leurs pages d’accueil de 216 Ko. Cette valeur est plus basse encore pour les sites français de l’e-administration : 182 Ko, tandis que celles des banques en ligne françaises s’établit à 206 Ko. De très fortes disparités existent entre les sites japonais de jeux en ligne. Le poids des pages varie en effet très fortement. Il est par exemple de 130 Ko pour le site Square Enix, tandis qu’il grimpe à 1006 Ko pour Falcom, et même à 1558 Ko pour Tecmo ! … mais un impact sur les performances de chargement… La « lourdeur » de ces pages génère donc un temps de chargement plus long, pénalisant lourdement le visiteur lors de ses navigations au sein du site. Le graphique suivant présente les performances de chargement des pages d’accueil de l’ensemble des sites du panel, comparées au poids moyen des pages. La courbe bleue représente le poids des pages, la courbe rouge celle de la performance de chargement. Premier constat, le poids des pages varie énormément sur la période, augmentant à certains moments, diminuant à d’autres. Les sites de jeux en ligne sont donc en évolution constante.Second constat, le temps de chargement suit les variations du poids moyen des pages, montrant très clairement la relation directe entre ces deux indicateurs. …ainsi que sur la disponibilité Plusieurs facteurs peuvent expliquer les difficultés d’accès sur un site internet, parmi lesquelles le dimensionnement de l’architecture matérielle et réseau, la forte variation de l’audience ou bien encore la conception applicative. Bien d’autres critères peuvent s’associer aux précédents… Un sous dimensionnement de l’architecture matérielle et réseau, associé à une variation de l’audience du site, présente généralement un profil caractéristique. Les performances d’accès au site sont variables tout au long d’une journée, et la courbe du temps nécessaire au chargement des pages suit le même tracé que celle du nombre d’internautes connectés. Cette dégradation n’est pas constatée pour les sites japonais de jeux en ligne. Que l’on se connecte à 10h du matin, ou à 21h, les performances sont très sensiblement similaires. S’il existe, le problème est donc ailleurs. Le graphique suivant montre clairement l’existence d’un lien direct de cause à effet entre la variation du poids des pages et la réussite d’accès aux sites. La courbe bleue représente le temps de chargement des pages, la courbe rouge celle du taux de réussite. L’internaute arrive sur le réseau internet, se connecte sur son site favori, qui lui transmet en retour un flot d’informations très important. Ce flot d’informations, multiplié par le nombre de visiteurs connectés, sature la bande passante (qui définit la capacité des liens réseau à transmettre les données de manière fluide), côté internaute et côté hébergement du site, ce qui ralentit d’autant la vitesse de transmission des données. Après une période variable dépendant de son niveau patience, l’internaute s’agace, se lasse et abandonne. Le graphique montre très clairement l’impact qu’a l’augmentation du temps de chargement des pages sur le taux de réussite d’accès aux sites. Nous avons vu précédemment que le temps de chargement des pages se dégradait en fonction de l’augmentation du poids des pages. Cela implique par conséquent qu’une conception « lourde » des pages a un impact direct sur le taux de réussite d’accès aux sites. Dans notre étude, nous avons fixé le timeout, qui représente le seuil ultime de lassitude de l’internaute, à 60 secondes. Cette valeur est très élevée : les tests sont en effet réalisés depuis le cœur du réseau opérateur (backbone). Pour l’utilisateur d’un abonnement Internet haut débit, cela équivaudrait à une patience mise à l’épreuve au bout de 2 à 3 minutes. Des écarts de performances importants Un indice, calculé sur la base des deux indicateurs de performance, permet d’établir un classement des sites japonais de jeux en ligne, sur la période du 20 février au 19 mars 2008. Ce classement montre de fortes disparités de performances entre les sites, essentiellement sur le temps de chargement de la page d’accueil. Les sites se trouvant dans la première partie du tableau présentent globalement une charte graphique relativement sobre, avec peu d’éléments dynamiques. A contrario, les sites pour lesquels les temps de chargement sont les plus élevés, diffusent de véritables petites vidéos, généralement sous forme d’animations flash. Pire, des éléments du site sont parfois hébergés sur des serveurs distants, ralentissant d’autant plus l’affichage des pages. Attirer un joueur grâce à un concept mis généreusement en avant par un graphisme alléchant est une chose, mais encore faut il le fidéliser. La richesse fonctionnelle ou l’intérêt des jeux sont naturellement des éléments essentiels. Il est toutefois nécessaire que la qualité d’accès aux sites soit au rendez-vous, avec un confort de navigation suffisant pour permettre au joueur de se sentir à l’aise, et de retrouver un confort et une fluidité qu’il obtient au travers de sa console. Par Christophe Depeux - Directeur Asie Pacifique d’IP-Label, en collaboration avec Alain Petit pour L'Atelier BNP Paribas