Avec l’annonce récente de sa batterie permettant de stocker l’énergie électrique chez soi, Tesla démontre que l’automobile n’est pas sa seule ambition. De plus en plus trouble, où s’arrête la frontière entre l’automobile et l’énergie ?

Automobile et énergie : deux secteurs aux frontières de plus en plus poreuses

Les secteurs de l’énergie et de l’automobile sont historiquement liés et représentent d’ailleurs parfaitement à la fois le paradigme du XXe siècle et celui induit par le développement exponentiel du numérique. Celui du siècle dernier repose sur l’économie et la consommation de masse, et l’écoulement de produits standardisés, avec comme socle le pétrole pour assurer cette distribution. La Ford T, lancée en 1908 dans la région automobile historique de Détroit (Michigan), en est le plus bel exemple : un produit standardisé pour donner l’accès à l’automobile au plus grand nombre dans une période où le prix du baril de pétrole est dérisoire. Celui du nouveau siècle caractérisé par l’explosion des technologies liées au numérique en est bien différent : la préoccupation est à la transition énergétique vers des énergies dites propres principalement l’énergie électrique et à la création d’un réseau énergétique dit « intelligent » et plus décentralisé.

Tesla Motors, fondé par le célèbre Elon Musk, est l’emblème de cette transformation. Entre la construction de la plus grande usine de batteries et d’automobiles au monde, des voitures électriques puissantes, une batterie pour alimenter les foyers et la production grâce au panneaux solaires, l’écosystème énergétique mis en place par Elon Musk et ses entreprises va réinventer le foyer moderne de demain.

Le solaire et l’électrique : piliers d’un nouvel écosystème

« Nous avons ce réacteur formidable dans le ciel qu’est le soleil. Vous n’avez rien à faire, cela fonctionne ». Tels sont les mots prononcés par le CEO de Tesla lors de la conférence de lancement de sa première batterie destinée aux foyers nommée PowerWall. Lors de la présentation, Musk a établi un constat du réseau énergétique actuel et la première réponse qu’il avance est l’utilisation de l’énergie solaire, que « l’utilisateur doit stocker durant la journée pour pouvoir alimenter sa maison en électricité le soir ». À ce titre, l’entreprise SolarCity dont Musk est chairman, a « attaqué » le marché du solaire aux États-Unis face à certains des concurrents comme Sunpower.

Cette keynote réaffirme les piliers sur lesquels va reposer la transition énergétique : énergie solaire et stockage de l’énergie produite sous forme d’électricité. Des compagnies américaines s’emploient déjà à stocker l’énergie électrique comme Southern California Edison, qui dispose d’un bâtiment abritant 600 000 batteries dans le désert des Mojaves pouvant stocker l’électricité produite par les éoliennes environnantes. En effet d’ici 2020, les États-Unis souhaitent qu’un tiers de l’énergie distribuée dans le pays provienne des énergies renouvelables et le stockage de l’énergie électrique pourrait permettre de relever le défi des périodes de surconsommation et assurer les années à venir. C’est le projet de la batterie de Tesla Energy présentée la semaine dernière. PowerWall est une batterie s’accrochant au mur dans la maison (10 kW/hour) qui permet de stocker l’énergie électrique pour la réutiliser le soir. Une solution (Powerpacks) plus puissante destinée aux entreprises a aussi été annoncée. « Avec 160 millions de Powerpacks, nous pourrions alimenter les États-Unis. Avec 2 milliards, nous pourrions alimenter la planète ».

La batterie est l'une des préoccupations principales de Tesla. Actuellement en construction dans le Nevada, l’usine de batteries GigaFactory va permettre de mettre sur le marché 500 000 voitures par an, usine à la plus grosse capacité de production au monde. Pour créer un réseau énergétique intelligent, le 3e pilier est donc là : l’automobile.

Tesla : un vrai-faux car manufacturer

Pourquoi un fabriquant automobile commercialiserait-il une batterie destinée à stocker l’énergie des foyers ? Si la réponse est en fait la définition même de la disruption d’un secteur (en l’occurrence deux secteurs, l’énergie et l’automobile), elle peut se résumer ainsi : créer un nouveau réseau intelligent, reposant sur le solaire, les batteries et les voitures. Cette logique répond plus largement à celle dites des 3S (pour storage, solar and software), la valeur de la voiture migrant de plus en plus vers le software. Car c’est cela le but d’Elon Musk : créer un écosystème énergétique intelligent et inventer le foyer de demain. Et la voiture est une variable indispensable sur laquelle reposera cet écosystème.

Aux États-Unis, une demande trop importante en énergie aux heures de pointes engendre l’activation de centrales à charbon très polluantes (« peaker plants ») pour compenser la consommation. Des start-up à l’instar de Ohmconnect souhaitent éviter l’activation de ces centrales en avertissant les consommateurs des heures de pointe où il faut moins consommer. Elon Musk compte quant à lui utiliser les batteries de ses voitures (d’où la construction de la Gigafactory) pour pouvoir réintroduire l’électricité non utilisée dans le réseau afin de gérer les périodes de surconsommation. Ce « smart grid » (ou réseau intelligent), ne peut pas s’établir sans l’automobile, qui deviendra une source d’énergie indépendante, et permettra donc de construire un réseau énergétique décentralisé.

Enfin, à l’heure où posséder sa propre voiture n’est plus forcément avantageux pour les ménages, Musk s’atèle à donner une nouvelle image à l’automobile. « The automobile for everybody » déclarait Henri Ford lors du lancement de la Ford T, qui a connu un immense succès au début du siècle dernier. Autrefois synonyme de liberté individuelle et de prospérité, la possession d’une voiture est aujourd’hui remise en question à cause de l’émergence de services de transports comme Uber ou Lyft. « Il est maintenant moins cher d’utiliser Lyft à San Francisco que de posséder sa propre voiture » déclarait son CEO, Logan Green, il y a quelques mois. Musk redonne cette image de liberté en prouvant que Tesla est une garantie d’autonomie énergétique pour le consommateur, mais aussi en s’appuyant sur un software ultra puissant, mis à jour fréquemment. La voiture ne déprécie donc pas autant année après année. Développant aussi des voitures autonomes (nouveau modèle S), Tesla repense donc l’image de la voiture pour l’inscrire dans un nouvel écosystème de mobilité intelligente.

 

 

 

Rédigé par Arthur de Villemandy