L'autopartage ne bouleversera pas l'industrie automobile allemande d'ici l'horizon 2020. Les constructeurs et les concessionnaires ont pourtant une carte à jouer.

Autopartage en Allemagne: croissance au rendez vous mais poids modéré
Trois entreprises du secteur automobile en Allemagne, TÜV Rheinland, BBE Automotive et FSP se sont penchés sur l'avenir de l'autopartage en Allemagne et son impact sur le secteur automobile.
Le rapport se concentre donc sur les services de partage de voitures sur le marché B to C et B to B, à l’instar des Autolib à Paris et non des services de covoiturage.  
Simple effet de mode ou défi de taille pour la branche automobile? Aujourd'hui en Allemagne, ce sont environ 1 million de personnes qui utilisent diverses solutions de partage, soit 1,2% de la population. Si le contexte économique se maintient, ce nombre devrait doubler à l'horizon 2020 et sous réserve d'un vrai travail en réseau des fournisseurs de services d'autopartage et d'une application à la sphère professionnelle, ce chiffre pourrait même tripler. 
 
Sixt Leasing et PSA Peugeot-Citroën ont par exemple lancé en France en 2013 «Corporate CarSharing», un service de mobilité innovant pour les entreprises et leurs employés. Les sociétés peuvent ainsi optimiser l'utilisation des véhicules de leur parc automobile et proposer à leurs travailleurs de les utiliser pour un prix décent et à titre privé s'ils le souhaitent. Cette solution permettrait alors aux constructeurs automobiles d'économiser 30% de frais de gestion de leur flotte.
 

Près de 200% de croissance pour les pure players

La croissance du marché allemand réside majoritairement dans le succès des entreprises «pure-players» comme DriveNow (à l'initiative de BMW, Mini, Sixt) et Car2go (Daimler, Europcar) qui ne possèdent pas d'agences physiques. Tout se passe en ligne via une application ou par téléphone via une hotline ; les clients viennent chercher les véhicules tout comme ils les déposent sur des places de parking publics indiquées au préalable. Entre janvier 2013 et juillet 2014, le nombre d'utilisateurs a progressé de 189% et atteint aujourd'hui 530 000 personnes. Le nombre de véhicules concernés, quant à lui, approche les 6 000.
 
 
Des solutions similaires, à l'image de Flinkster, Cambio, Greenwheels, Citeecar ou BwCarsharing qui reposent sur des stations de location de véhicules bien réelles, enregistrent, quant à elles, une croissance de 74% sur la même période avec un nombre d'utilisateurs avoisinant les 200 000 (9 000 voitures concernées).
Enfin, la mise à disposition par des particuliers de leur propre voiture correspond à une initiative qui concentre aujourd'hui 90 000 utilisateurs, 11 000 véhicules et dont la croissance se maintient. Les auteurs de l'étude qualifient d'ailleurs de « phénomène marginal » cette dernière forme d'autopartage.
 
Sur le papier, les solutions de partage s'avèrent prometteuses. En effet, 75% des 60 millions d'Allemands en âge de conduire, possèdent un permis de conduire, soit 45 millions d'individus et parmi eux, 16% disent être prêts à laisser tomber leur propre véhicule pour avoir recours à l'autopartage exclusivement. Aujourd'hui Karlsruhe se trouve être la capitale allemande du covoiturage où de nombreux projets pilote sont menés, suivie de près par Stuttgart, Cologne, Düsseldorf, Munich, Berlin et Hambourg.
 

Une solution complémentaire de mobilité

Néanmoins, les auteurs du rapport invitent à relativiser le succès soit disant programmé de l'autopartage. Car dans les faits, seulement 1,7% des détenteurs de permis de conduire en Allemagne se servent de l'autopartage, 50% l'utilisent au maximum une fois par mois et 28% seulement sont inscrits sur plusieurs plateformes.
Par ailleurs, l'amour des Allemands pour leur voiture ne serait pas qu'un mythe. 66% des détenteurs du permis de conduire utiliseront encore leur voiture personnelle pour se rendre au travail et seulement 34% voient en ce système une alternative possible répondant à leur besoin de mobilité. Ainsi, les experts allemands estiment que l'autopartage s'adresse uniquement à un marché de niche.
De plus, il ne peut vraiment fonctionner que dans des zones à forte densité de population et ne peut s'étendre efficacement en campagne. Leur verdict est sans appel : l'autopartage ne changera pas fondamentalement le secteur automobile et demeurera une solution complémentaire aux formes de mobilité déjà existantes.
En revanche, les constructeurs et concessionnaires automobiles ont probablement une opportunité à saisir avec ce système dès lors que celui-ci leur permet de présenter des véhicules à des clients potentiels, de les familiariser avec leurs produits et potentiellement les fidéliser.
 
En Europe d'ici 2020, on estime à 100 000 le nombre de véhicules mis en service pour l'autopartage. En outre, le nombre d'entreprises qui offrent des solutions d'autopartage devrait passer de 200 à 4 000, entre 2013 et 2020. Si ce système est initialement basé sur le modèle B to C, le marché B to B laisserait entrevoir une croissance de 41% d'ici 2018.
Rédigé par Pauline Canteneur