Dans notre effort collectif d’appréhension de la ville de demain, l’angle technologique est largement décrypté, qu’il touche au digital, à la mobilité ou la maîtrise de l’énergie. Mais sur toile de volumes exponentiels de données et d’enjeux environnementaux pressants, c’est bien sur la coordination accrue du triptyque “pouvoirs publics, entreprises, citoyens” que vont reposer les déclinaisons de la smart city. La banque en est l’un des vecteurs communs. A bien des égards, son rôle sera central.

Banques et villes intelligentes : destins croisés

Avec la généralisation des technologies de l’information et les basculements géopolitiques à l’œuvre entre Occident et Orient, l’urbanisation est l’un des moteurs les plus déterminants de la transformation du monde moderne, pas toujours perçue à sa juste mesure. Les estimations des Nations Unies permettent de mieux l’appréhender : si 55% de la population mondiale vit aujourd’hui dans les villes, elles accueilleront 70% des 9 milliards d'êtres humains d’ici 2050. Dans les pays occidentaux, le taux d’urbains atteint les 85% et la tendance s’accélère. 

Entre soutenabilité, défis générationnels et inégalités

Les enjeux technico-économiques des villes sont immenses, avec des questions liées au financement des investissements, à la construction des marchés, aux restructurations industrielles, aux emplois de demain, à l’innovation et au positionnement international des métropoles. On constate par exemple la structuration d’un maillage d’écosystèmes urbains d’entrepreneuriat très actifs et interconnectés, à l’image de San Francisco, Séoul, Paris, Shenzhen et Tel Aviv. Se fera-t-il au détriment de villes plus jeunes, ou moins actives sur ces volets ? L’enjeu sociétal est lui aussi essentiel, avec la probabilité de voir émerger des modes de vie urbaine, des niveaux d’inégalités, et finalement des types de société très différents de ceux que l’on connaît aujourd’hui. Il suffit de comparer le cadre de vie d’un jeune ingénieur de la Silicon Valley à celui d’un retraité à Vienne pour comprendre que les transformations digitales rapprochent dans les usages mais peuvent éloigner dans les codes, notamment culturels et générationnels.  Enfin, l’enjeu environnemental et climatique est incontournable ; il nécessite une refonte de nos modèles partiellement hérités de la révolution industrielle. Or, sur chacun de ces grands enjeux, le rôle des banques sera capital.

Un secteur bancaire partenaire historique des villes…

Le capital et les mouvements de liquidité entre acteurs socio-économiques sous-tendent les dynamiques initiées par les populations, financent les infrastructures, les programmes de développement et donc la mise en place des écosystèmes urbains. Le monde financier et son parangon bancaire sont présents dans toutes les strates sociétales, et à toutes les échelles : territoires, villes, régions, états, espaces transnationaux. Le secteur bancaire fait partie des interlocuteurs privilégiés des composantes vitales de la ville, de l’individu à la collectivité en passant par l’entreprise. Les banques financent, prêtent, soutiennent, évaluent, sont les témoins directs du monde en marche. Elles sont au cœur de l’espace urbain géographique, vecteurs physiques de lien au même titre qu’une poste, une mairie, un café.

...et au cœur des transformations digitales

En parallèle, la présence digitale des banques s’accélère, répondant à un besoin d’efficacité et d’agrément dans les pays occidentaux, comme d’inclusion et d’accès aux financements dans les pays du sud. Elles voient apparaître en permanence de nouvelles méthodes de financement et de gestion des risques – modes de financement participatifs, développement de la finance verte – et travaillent à les intégrer dans le tissu économique existant. Elles accompagnent leurs partenaires et clients dans ces mêmes réflexions, à l’interface entre nouveaux besoins et déclinaisons technologiques. L’Atelier BNP Paribas, de par sa nature et sa fonction, est l’un des acteurs clés de ces transformations dans le paysage français.

Le rôle de la banque dans la ville est-il unique ?

Il est frappant de constater que la banque dans la ville est souvent réduite à sa fonction de financeur, de facilitateur, éventuellement de gestionnaire de risque – quelquefois contrariant ou contrarié – des projets collectifs et individuels. Infrastructure, énergie, éducation, santé ; par définition et vocation, les acteurs financiers sont présents dans les réalisations concrètes de l’ensemble de ces secteurs. Par culture, ils sont des partenaires stratégiques des états, des entreprises, des entrepreneurs et des citoyens. Restent-ils pour autant cantonnés au cadre normatif de pourvoyeur de fonds ? La palette de services est plus large, du retour d’expérience à l’accompagnement de dynamiques métiers. A l’heure où nous reconsidérons l’espace urbain, on peut légitimement se poser la question des atouts des banques en matière de planification, d’intelligence économique, de maîtrise de la donnée, de vecteur de lien social dans les territoires recomposés. La réflexion autour de la valorisation de son positionnement dans l’espace urbain est de celle qu’il faut poursuivre, en conjuguant transparence, pragmatisme et rationalité.

Banque et données au service de l’urbanité…

Grâce à l’agrégation de millions d’écritures bancaires, un établissement financier peut voir apparaître une partie de la vie économique d’une ville. Notamment, il est capable de proposer des indicateurs caractérisant les offres commerciales d’acteurs marchands (des informations particulièrement utiles pour les consommateurs), mais aussi le trafic urbain, les possibilités d'emploi ou le marché du logement. En tant qu’intermédiaire financier, la banque a la capacité de devenir l’observatoire privilégié de l’ensemble des transactions, d’apprécier les relations et les rapports de force entre les acteurs locaux, de fournir des cartes documentées ou des services aux habitants, aux élus et aux entreprises implantées sur son territoire. C’est d’ailleurs l’une des priorités des grands du numérique, notamment les géants américains de la Silicon Valley : les banques ont donc historiquement un positionnement stratégique envié !

… mais surtout au service du citoyen

A l'heure où le numérique transforme nos modes de vie, doit-on parler de la ville du futur comme un espace numérique, intelligent voire… sensé ? Au-delà des affrontements terminologiques, il s’agit bien de mettre la technique et la technologie au service de l'homme, à la convergence des mondes du numérique et de l'information. La banque, dans ce paradigme, est capable d’alimenter le citoyen en informations qualifiées, tant individuelles que collectives. Au-delà de l’optimisation utile (des trajets, des consommations, etc.) offerte par les données et les algorithmes qui les traitent, les urbains souhaitent de plus en plus vivre un second temps, imprévu, incertain et aléatoire. L’agrément et l’expérience deviennent clés. Là encore, la banque a un rôle à jouer. 

Les banques ont déjà la culture de la confidentialité, de la conformité et l’expérience de manier les données dans des environnements extrêmement régulés. Il sera au bénéfice de tous, dans un souci de responsabilité et de mutualisation des forces en présence, que les acteurs bancaires apprécient d’un œil neuf leur implication déjà majeure dans les mutations urbaines qui s’accélèrent.

Rédigé par Pierrick Bouffaron
Senior Strategic Analyst