Sphere.com est le petit dernier des moteurs de recherche à avoir levé des fonds. Spécialisé dans la recherche sur les blogs, cette société de San Francisco vient d'achever un second tour de table...

Sphere.com est le petit dernier des moteurs de recherche à avoir levé des fonds. Spécialisé dans la recherche sur les blogs, cette société de San Francisco vient d’achever un second tour de table de 3,75 millions de dollars pour assurer son lancement. Après un premier tour de 500 000 dollars. C’est beaucoup, et c’est peu dans un marché déjà ultra concurrentiel.
 
Il faut en effet déjà compter sur des moteurs spécialisés bien installés, comme Feedster, Technorati ou IceRocket, et les grands du marché, qui ont tous ou presque développés une fonctionnalité dédiée aux blogs. C’est le cas d’un Google et d’un Yahoo.
 
Que propose Sphere pour se différencier ? Pas grand-chose de bien visible pour le néophyte, qui trouvera sans doute largement son compte dans les moteurs existants. Avec, toutefois, une fonctionnalité intéressante dans la partie « outil » du site. Sphere vous propose d’installer un bouton « Sphere it » dans votre barre de navigation. En cliquant sur ce bouton lorsque vous lisez une page web qui vous intéresse, vous lancez Sphere, qui va analyser la page et vous proposer en temps réel des résultats de blog pertinents sur les sujets abordés. Pas mal, mais encore insuffisant pour en faire un facteur suffisamment différentiant.
 
Mais un moteur de recherche, c’est comme une voiture : ce qui le fait fonctionner se trouve sous le capot. L’algorithme de Sphere se prétend plus performant. Alors que ses principaux concurrents se « contentent » d’analyser le nombre de liens entrants et sortants pour mesurer la pertinence d’un blog, Sphere intègre plusieurs critères : le nombre de liens bien sur, mais aussi les méta données du blog (fréquence de mise à jour, nombre de publication, de commentaires…) et analyse sémantique du contenu. Tout cela, pour proposer des résultats qui se veulent plus pertinents. Pour l’instant, cela semble bien fonctionner avec des recherche en anglais. En revanche, les autres langues, dont le français, sont franchement mal gérées. Et il manque encore à tout ces moteurs quelques éléments qui feront le différence : l’analyse de la voix et de l’image, alors que le podcasting et le videoblogging se développent à très grande vitesse.
 
Difficile de prédire l’avenir de ce genre de nouveaux outils. D’autant que Sphere n’annonce aucun modèle économique à son moteur, et ne propose pas de publicité. Si la technologie et les gadgets « cool » autour de ce nouveau moteur (comme le bouton « Sphere it ») rencontrent un certain succès, alors on peut prédire que les grands du secteur vont s’intéresser à ce petit nouveau. Google regarde certainement déjà ce nouvel outil. Et Sphere pourrait bien rejoindre la liste des sociétés qui se sont crées pour être rachetées.
 
Au-delà : c’est toute la question d’un marché bien saturé qui se pose. Est-il pertinent aujourd’hui de vouloir lancer un nouveau moteur de recherche, même spécialisé ? Inévitablement, le regard se tourne alors vers l’Europe et le projet Quaero. Avec beaucoup plus de questions que de réponse pour le moment, et une approche qui laisse tout le monde bien dubitatif dans le Silicon Valley.
 
Car s’il doit y avoir une vraie bataille des moteurs de recherche, c’est bien sur l’algorithme qu’elle portera. Et tous se concentrent aujourd’hui sur la vidéo et la voix, les nouvelles « killer applications » du Web 2.0. Bien plus que sur la réplication de ce qui existe déjà. En ce sens, Quaero est dépassé avant même d’être né ! A moins qu’Exalead, qui participe à son développement, n’ait dans ses cartons quelques surprises à nous annoncer. Franchement, on le souhaite.
 
Dominique Piotet
A San Francisco, pour l’Atelier (Atelier groupe BNP Paribas - 12/05/2006)