500 M

de beacons

seront livrés 

d'ici à 2021 

Plus de 500 millions de beacons seront livrés d’ici à 2021, d’après une récente étude de ABI Research. Ces petites balises de géolocalisation qui peuvent interagir avec un smartphone ou une tablette, en général via Bluetooth, ont été popularisées par Apple en 2013 avec le iBeacon. Des start-up ont rencontré le succès en les produisant, comme les polonaises Estimote (qui a encore levé l’an dernier 10,7 millions de dollars) ou Kontakt.io (qui a également reçu 5 millions de dollars de fonds).


Ces beacons avaient soulevé un fort intérêt dans le secteur de la distribution sans pour autant convaincre. Si l’on en croit le cabinet d’étude, l’avenir de cette technologie reposerait en réalité sur d’autres applications. D’après leurs prédictions, le nombre de beacons utilisés pour le tracking personnel, l’internet des objets et la localisation en temps réel devrait rapidement dépasser celui des beacons dans le commerce. Et si oeuvrer pour la smart city était la vraie raison d’être des beacons ?


C’est la question sur laquelle se sont penchés quatre panélistes réunis au festival Interactive de South by Southwest (SXSW). Chuck Sabin, directeur de la stratégie business du groupe d’intérêt spécial pour le Bluetooth, Emmanuel Azih, CEO et fondateur de BeaconGrid, Julie Huls CEO en intérim de DOSeum, et Jason Dusterhoft, chef adjoint de la police d'Austin. Tous pensent que la micro-localisation peut avoir un impact positif sur la société, et même sauver des vies.  

Localiser précisément les personnes en détresse

« Quand vous appelez un numéro d’urgence, avec un peu de chance on est capable de vous localiser à une adresse à 100 ou 300 mètres près, mais cela ne nous dit pas à quel étage vous êtes ni de quel côté du bâtiment », explique l’agent de police. Le fondateur de BeaconGrid en a été surpris : « En tant que citoyen je n’étais pas conscient de cette difficulté pour le 911 - le numéro d’urgence américain. Ça a été un choc pour moi de réaliser que le problème ne se posait pas avant puisque votre adresse était associée à votre numéro de téléphone fixe. Ce n’est plus le cas aujourd’hui avec les téléphones portables. Et le signal GPS a tendance à sauter souvent à l’intérieur des bâtiments. »


C’est dans ces circonstances particulières que les beacons s’avèrent essentiels. Ils permettent de repérer précisément le porteur de la balise, y compris au sein d’un espace fermé comme un hôtel ou un parking. En cas d’extrême nécessité, la police d’Austin, les services d’urgence médicales ou les pompiers pourraient ainsi savoir précisément dans quelle chambre ou quelle salle, dans quel couloir ou à quelle place se trouve la personne à secourir et gagner ainsi un temps précieux. En cas de crise cardiaque par exemple, chaque minute compte. Après plus de cinq minutes d’arrêt du coeur sans massage cardiaque, les lésions cérébrales sont irréversibles. Il suffit d’une minute en revanche pour augmenter les chances de survie de 10%.

Piper

Shutterstock

Avant l’arrivée des secours, les beacons seront utiles aux personnes en détresse pour repérer sur une carte la sortie, l’extincteur ou le défibrillateur les plus proches. Outre Austin, plusieurs villes commencent à prendre conscience de l’opportunité que représente cette technologie.

Columbus, dans l’Ohio, a été la première ville des États-Unis à en bénéficier dès décembre 2015. Le programme « Columbus Safe City », autrement dit « Columbus, ville en sécurité », permet aux habitants de la commune de télécharger une application pour recevoir des alertes et envoyer des messages si nécessaire. La start-up californienne Piper a installé plus de mille beacons dans la ville. Le fonctionnement est très simple : en cas de problème de sécurité ou pour prévenir d’un comportement suspect, il suffit de lancer l’application pour pouvoir appeler ou envoyer un message à la police en un clic. Les coordonnées du beacon le plus proche sont alors automatiquement communiquées. Les policiers reçoivent alors le message directement dans leur système, et peuvent se rendre rapidement au bon endroit.

Améliorer l'accès aux transports publics

Sita 2016


Dans les aéroports, les beacons servent aussi à préciser aux passagers combien de temps dure chaque étape : l’enregistrement, le contrôle des passeports, la douane… Une information appréciable pour mieux gérer son temps et éviter de rater son avion. D’après une étude réalisée en 2016 par SITA, une entreprise qui fournit des services informatiques et de communication à l’industrie aéronautique : 61% des aéroports souhaiteraient implémenter la technologie pour l’enregistrement d’ici à 2018. Ils sont également 40% à envisager d’utiliser les beacons pour prévenir les passagers du temps qu’il leur faudra patienter avant de récupérer leurs bagages.


Un développeur s’est même essayé à cette technologie tout seul. Il a acheté un beacon, s’est assuré que cela ne troublerait pas les appareils connectés alentours, l’a programmé et mis dans sa valise. Plus besoin de garder les yeux rivés sur le tapis la boule au ventre de peur que la valise n’arrive jamais. Dès que le bagage (et donc le beacon) est à proximité, le propriétaire reçoit automatiquement une alerte sur son smartphone.


Les avantages et applications du beacon sont donc nombreux mais leur usage n’est pas encore complètement répandu dans la smart city. Aux Etats-Unis, seuls 35% des vingt plus grands aéroports en sont équipés d’après une étude de la plateforme de données de proximité Unacast, réalisée au 3e trimestre 2016. Cela pourrait changer bientôt. D’après SITA, cité par Unacast, d’ici à 2019, 84% des aéroports majeurs envisagent de démarrer un pilote ou d’implémenter pour de bon des beacons.

Le fonctionnement de ces balises, et donc leur généralisation, est  également corrélée à l’activation du Bluetooth sur les smartphones. Si les utilisateurs ne jouent pas le jeu, les beacons ne peuvent pas exprimer leur potentiel. Or, certains craignent que leur batterie ne s’épuise s’ils activent le Bluetooth. Une crainte de moins en moins fondée aujourd’hui. Les utilisateurs d’écouteurs Bluetooth, comme les Airpods d’Apple, peuvent en témoigner et font probablement partie des 40% de consommateurs en Amérique du Nord qui laissent leur Bluetooth activé.

Des difficultés à surmonter

Regard d'expert

Julie Huls

Directrice par intérim du musée pour enfants Doseum

La technologie est plus rapide que les législations, en tant que citoyen nous avons la responsabilité de s’assurer que les législateurs en sont conscients et sont poussés à agir

Le citoyen utilisateur adhérera et profitera d’autant plus de la technologie beacon s’il sait qui a accès à ses données, comment elles sont utilisées et où elles sont stockées. Les intervenants au SXSW imaginaient que les citoyens puissent donner leur autorisation pour être géolocalisés uniquement en cas d’appel d’urgence. L’appel déclencherait alors la géolocalisation. En réalité, plusieurs applications enregistrent déjà ce type de données bien que ce ne soit pas forcément nécessaire à leur fonctionnement. Les citoyens devraient avoir le choix des données qu’ils transmettent et pourraient faire pression sur l’Etat pour l’obtenir.


« La technologie est plus rapide que les législations, en tant que citoyen nous avons la responsabilité de s’assurer que les législateurs en sont conscients et sont poussés à agir », remarque Julie Huls, directrice par intérim du musée pour enfants Doseum et ancienne présidente du Austin Technology Council. Et pour que la population ne soit pas averse au changement, « on a beaucoup de pédagogie à faire pour éduquer, expliquer ce qu’est une smart city, ce qu’est la technologie beacon, le bénéfice que cela peut apporter à la communauté d’un point de vue sécurité publique. »


Emmanuel Azih a mis l’accent sur un autre point fondamental : l’importance de l’expérience client. La smart city doit veiller à ce que le citoyen ne reçoive pas trop de notifications ou d’alertes pour ne pas qu’il se lasse des beacons. Bien utilisée, la technologie pourrait avoir une multitude d’applications dans la smart city et notamment dans les universités où le beacon pourrait permettre de s’assurer de la présence d’un élève à un cours ou encore permettre au professeur d’envoyer des messages ou des sondages aux élèves d’une même salle de classe.

Rédigé par Sophia Qadiri
Journaliste