Verra-t-on un jour la couleur de la bibliothèque numérique européenne (BNE) ? Le 27 mars dernier, à Bruxelles, un groupe d'experts se réunissaient pour conseiller la Commission européenne et...

Verra-t-on un jour la couleur de la bibliothèque numérique européenne (BNE) ? Le 27 mars dernier, à Bruxelles, un groupe d'experts se réunissaient pour conseiller la Commission européenne et faire avancer le projet. Conclusion : d'ici la fin 2006, les jalons d'une"entière collaboration" entre les bibliothèques nationales de l'UE devront être installés. entre les bibliothèques nationales de l'UE devront être installés.
 
Chronologie d'une riposte : Google Print/BNE
 
 "Notre objectif est de mettre le patrimoine culturel et scientifique de l'Europe à la disposition de tous les citoyens et chercheurs européens pour leur études, leur travail ou leurs loisirs", a déclaré Viviane Reding, la commissaire européen en charge de la Société de l'Information et des médias lors de la réunion qui s'est tenue, lundi dernier, à Bruxelles.
 
En juin dernier, nous annoncions le début de la bataille du livre sur Internet. Face à l'ambitieuse annonce de Google qui voulait numériser 15 millions d'ouvrages, l'Europe avait réagi en lançant le projet de la bibliothèque numérique européenne.
 
Jean-Noël Jeanneney, président de la BNF a publié Le Monde daté du 23/24 janvier 2005 un article intitulé : "Quand Google défie l'Europe / Plaidoyer pour un sursaut". Cet appel a fait trembler l'Europe qui a immédiatement décidé de s'organiser pour contrer l'initiative de Google. Un an plus tard, où en est-on ?
 
BNE : un projet très ambitieux qui peine à se concrétiser
 
Alors que la bibliothèque numérique européenne avance à très petits pas, aucune initiative concrète n'a encore été annoncée. Il a d'abord fallu que les pays européens se mettent d'accord sur la nécessité du projet. Quatre mois. Ce n'est qu'en mai 2005, et après un bon nombre de "consultations" que l'Union européenne s'est enfin prononcée officiellement en faveur de la numérisation du patrimoine européen.
 
A cette occasion, Viviane Reding, n'a pas manqué d'ajouter que le projet européen n'était pas incompatible avec celui de Google. Le moteur de recherche américain pouvait se rassurer, l'Europe ne lui mettrait pas de bâtons dans les roues. Ce dont il ne se doutait pas encore, c'est qu'un an après, il serait seul sur le marché...
 
Alors qu'en juin 2005, Jean-Noël Jeanneney critiquait Google Print arguant que la numérisation des livres européens serait plus pertinente, plus intelligente et surtout pas motivée par le (sale) profit, le projet européen est traîné de réunions en consultations. Sans aucun résultat concret.
 
Google Print devient Google Book Search et dévoile sa stratégie commerciale
 
Pendant ce temps, Google - ce vilain diable mû par le profit - a fait un bon bout de chemin. Accusé d'avoir numérisé des ouvrages sans avoir obtenu l'autorisation explicite de leurs auteurs, il est poursuivi en justice.
 
Google décide de faire une pause dans l'avancement de la numérisation pour mettre les choses au clair. Il continue d'affirmer que son programme vise une utilisation "juste" de la numérisation des ouvrages et que son intention n'est pas de piller les auteurs pour se faire de l'argent sur leur dos. D'ailleurs, le modèle économique de Google n'est pas encore dévoilé. On parle de gratuité et de rémunération par la publicité.
 
Entre temps, des alternatives à Google Print et à la BNE apparaissent. MSN annonce qu'il rejoint l'OCA (Open Content Alliance), dont fait déjà partie son rival Yahoo qui travaille à la numérisation de milliers d'ouvrages dans le plus grand respect des droits d'auteur.
 
Des projets locaux ont, par ailleurs, déjà vu le jour à l'instar de celui de la Grande Bibliothèque du Québec (portail Internet proposant déjà plus de 55 000 livres, journaux, pièces musicales, cartes postales et affiches en format numérique...) ou celui de la bibliothèque numérique francophone (voir à ce sujet les projets alternatifs à Google Print détaillés dans l'article suivant)
 
En novembre 2005, au vu de ses déboires judiciaires, Google souhaite ménager les susceptibilités et annonce que Google Print devient Google Book Search : un nom plus explicite pour un projet entièrement légal.
 
Le géant Internet n'a en effet aucun intention d'offrir au public la possibilité d'imprimer des livres (protégés ou non) mais plutôt de permettre un accès à une bibliothèque virtuelle protégée par les droits d'auteurs. L'url print.google.com redirige vers books.google.com. Le moteur de recherche a réglé ses comptes.
 
En 2006, que peut-on attendre des deux projets ?
 
Début 2006, alors que la BNE en est encore à évaluer les coûts de son projet, Google annonce son modèle économique. Adieu gratuité et revenus publicitaires : après de nombreux rebondissements, Google met fin aux spéculations et dévoile sur son site Internet qu'il compte vendre l'accès aux livres numérisés, en collaboration avec les éditeurs.
 
 "C'est une opportunité pour les éditeurs d'expérimenter une nouvelle méthode pour tirer des revenus de leurs livres en complément de ce qui existe déjà", explique Google. Le moteur de recherche laissera les éditeurs fixer le prix d'accès à leurs livres et s'occupera de les rendre accessibles via son site. Il ne se place plus en alternative à la bibliothèque traditionnelle, il se positionne comme un support complémentaire de revenus pour les éditeurs légalement ouvert à tous les internautes.
 
Aujourd'hui, les recherches sur Google Book Search ne sont pas encore concluantes. Cependant, le site Internet existe et les requêtes fouillent les pages déjà numérisées. Le modèle économique est en place. Les fondations de l'édifice sont posées. Le projet européen semble avoir sacrifié l'efficacité sur l'autel de son ambition. A vouloir tout faire en même temps et en très grand, l'Union européenne en est toujours à discuter du projet...
 
Ornella Nomber, pour l'Atelier
 

(Atelier groupe BNP Paribas - 28/03/2006)