Les élections américaines du 2 novembre ne sont pas seulement l’occasion d’élire le nouveau président des Etats-Unis. Les Américains vont se prononcer sur leur candidat préféré, mais vont aussi...

Les élections américaines du 2 novembre ne sont pas seulement l'occasion d'élire le nouveau président des Etats-Unis. Les Américains vont se prononcer sur leur candidat préféré, mais vont aussi voter pour un certain nombre de propositions référendaires, Etat par Etat, voire Comtés par Comtés.

Et les biotechnologies ne sont pas absentes du débat tant au niveau national qu'au niveau local, même si elles ne représentent pas encore un enjeu majeur du débat. Au niveau des Etats , c'est une nouvelle fois la Californie qui se trouve en première ligne. En effet, deux propositions sont soumises au suffrage des électeurs.

Les cellules souches…

La première concerne l'ensemble des électeurs de l'Etat et porte sur les cellules souches. Dite «  proposition 71  », elle fait l'objet d'une importante campagne médiatique en Californie et suscite un fort intérêt de la part d'électeurs plutôt en avance ici sur les débats liés aux impacts des technologies. Il faut dire que le sujet mérite le débat : les cellules souches, notamment issues de l'embryon humain et leur utilisation dans la recherche médicale.

Il s'agit de se prononcer pour ou contre l'allocation par l'Etat aux laboratoires des universités de Californie d'un budget de 295 millions de dollars par an pendant dix ans pour favoriser la recherche dans ce domaine. Touchant l'embryon humain, on imagine bien l'ampleur des discussions: institutions religieuses, activistes de tout bord, militant pro et anti-avortement se sont mobilisés. Les candidats Bush et Kerry ont dû intervenir à plusieurs reprises sur le sujet, et cela a donné lieu à une vive polémique entre les candidats au cours du deuxième débat télévisé qui les a opposé.

La frontière du débat sépare les deux partis en présence, mais les intérêts de la question sont tels, que les deux camps sont eux-mêmes divisés. En la matière, la Californie fait figure de test au niveau national, et les résultats du vote sur la proposition 71 seront analysés en détail au soir des résultats, mardi 2 novembre.

Les produits issus de la biotechnologie

Toujours en Californie, mais à un niveau plus local, les électeurs des contés de Humboldt, Marin, Butte et San Luis Obispo devront se prononcer sur l'interdiction des produits animaux et agricoles issus de la biotechnologie . Rien de moins ! Ces propositions font suite à une importante marche anti-OGM qui a eu lieu en mars à Mendocino, et à l'interdiction par les autorités locales du conté de Trinity des produits issus de l'agriculture « biotech ».

Les « José Bové » sont donc bien présents ici, et actifs dans certains comtés qui sont loin d'être les plus défavorisés de l'Etat. Marin, par exemple, est la ville des Etats-Unis où le prix du mètre carré est le plus élevé, et de nombreux nouveaux riches de la Silicon Valley y ont élu domicile, aux côtés du réalisateur George Lucas !

Les résultats de ces élections locales auront pour effet non seulement d'interdire la vente de ces produits, mais conduiront un certain nombre d'agriculteurs à changer de productions, ou de métier… Alors que les OGM sont parfaitement légaux aux Etats-Unis, et considérés ici comme plus sûrs et moins polluants ! Là encore, les résultats de ces comtés feront l'objet d'observations attentives le jour des résultats.

Au niveau national , les enjeux sont d'importance et les deux candidats ont à plusieurs reprises dû clarifier leur positions, notamment lors des trois débats télévisés qui les ont opposés.

La nomination du prochain Commissaire de la Food And Drug Administration – qui décide notamment de la mise sur le marché des produits « biotech » est ouverte. C'est le prochain président qui le choisira, et son profil sera bien différent s'il s'agit du conservateur George Bush ou du libéral John Kerry. Cela va influencer durablement la politique américaine en la matière.

Mais c'est dans le domaine de la santé que les impacts sont les plus importants. La réduction des coûts attendus du développement des biotechnologies, et l'autorisation d'importation de médicaments moins coûteux issus des recherche en biotechnologie (notamment en provenance du Canada) opposent les deux candidats.

Les enjeux financiers sont considérables, les lobbies très puissants et les incertitudes de l'administration Bush ont conduit les capitaux risqueurs à geler une partie de leurs investissements, du fait d'une absence de lisibilité de la politique américaine. Le débat a permis de mieux éclairer la position des deux candidats, et le prochaine administration, quelle que soit son orientation, devra clarifier les positions et prendre des décisions importantes. Kerry pousse les investissements publics, alors que le président Bush s'oriente vers un encouragement des financements issus du privé. Quoi qu'il en soit, les années à venir connaîtront certainement un redémarrage des investissements dans le secteur. Il en va en partie de l'avenir de la protection sociale américaine.

Le bioterrorisme…

Le bio terrorisme est également au cœur des débats, à la suite logique des attentats du 11 septembre et de la crise de l'anthrax. Là encore, les deux candidats s'opposent. Kerry accuse Bush d'avoir mal coordonné l'intervention des différentes agences fédérales impliquées, conduisant à une réponse coûteuse, cacophonique et au final peu efficace. Le candidat Bush répond que son administration a augmenté le budget de la lutte contre le bio terrorisme de 1600 %, pour atteindre aujourd'hui un montant 5,2 milliards de dollars. Le candidat Kerry estime que le président n'a pas fait son travail en la matière, et l'a dit très clairement au cours d'un débat télévisé : « Ce président n'a tout simplement pas fait le boulot ! ».

L'agriculture biotechnologique…

Enfin, en matière d'agriculture biotechnologique , le candidat Kerry accuse le président d'avoir tardé à mettre en œuvre le programme de développement des OGM. Fervent défenseur des plantes génétiquement modifiées, Kerry soutient qu'elles sont bonnes pour l'environnement. Le vote des riches comtés californiens sur le sujet montre que la frontière ici divise bien les conservateurs des libéraux, plus favorables aux progrès des biotechnologies.

Les sondages ne donnent pas d'indications claires sur le futur gagnant. Les deux candidats sont dans un mouchoir de poche, et le nombre d'indécis est toujours très élevé (de l'ordre de 7 %). Dans ces circonstances, bien malin qui pourra dire de quoi sera faite la politique biotechnologique des Etats-Unis de demain. Dans la Silicon Valley, experts, chercheurs et investisseurs attendent les résultats avec impatience pour engager la vitesse suivante. Résultats : le mardi 2 novembre !

Dominique Piotet,
A San Francisco pour l'Atelier
(Atelier groupe BNP Paribas - 25/10/2004)