Avec 30 millions d’utilisateurs et une présence un peu partout dans le monde, de l’Europe au Mexique en passant par la Turquie et l’Inde, la licorne française BlaBlaCar continue sur sa lancée.

BlaBlaCar se prépare au virage de la voiture autonome
Nicolas Brusson, son cofondateur, nous a expliqué sa vision sur le futur de la mobilité et les perspectives d’avenir de BlaBlaCar lors de la NOAH Conference qui s’est tenue à Berlin.
 

Quelle vision avez-vous de la mobilité de demain ? Comment l’individu se déplacera selon vous dans la ville ?

 
Nicolas Brusson : Je pense qu’il faudra prendre en compte la voiture autonome et le modèle des transports à la demande, même si je ne suis pas sûr que ces changements auront forcément un impact négatif sur les ventes des constructeurs automobiles. Selon moi, tout un pan de la société continuera à fonctionner en C2C et la voiture autonome et les nouveaux modèles à la demande ne changeront pas cela. Peu importe qui sera le propriétaire des voitures, ce n’est pas ce qui intéresse l’utilisateur final. Je pense quand même qu’il sera plus simple si ce sont des particuliers qui continuent à posséder les véhicules et à les proposer sur les plateformes de partage.
 

Vous parlez de voiture autonome… Qu’est-ce que cela va changer, selon vous, pour BlaBlaCar?

 
Je ne pense pas que l’arrivée de la voiture autonome change beaucoup de choses dans notre modèle. C’est finalement une bonne chose que la voiture puisse se conduire seule, cela retire la dimension du risque autour du conducteur, de savoir s’il est fiable ou s’il a bien son permis par exemple. Peut-être que dans 20 ans, la notion d’accident de voitures n’existera plus. 
 
Mais ce n’est pas parce que la dimension risque diminue que les utilisateurs n’ont plus besoin de confiance. Quand on passe plusieurs heures avec d’autres personnes dans un véhicule, on a besoin de savoir si l’on peut s’entendre avec elles, de regarder les commentaires qu’elles ont reçus. On se rend compte qu’un passager qui rejoint une voiture regarde autant la fiche du conducteur que celle des autres passagers déjà enregistrés sur le même trajet.
 

Pourtant, cette fonctionnalité n’est pas présente sur UberPool qui connaît un grand succès?

 
Cela fonctionne pour deux raisons: ce modèle s’applique à des petites distances et un garant de la sécurité est présent dans le véhicule avec le chauffeur professionnel. Les gens ont besoin d’être rassurés, de savoir que quelqu’un sera là pour s’interposer en cas de problème s’ils ne connaissent pas les autres utilisateurs. Même plus tard dans les bus autonomes s’il n’y a plus de chauffeur, il y aura bien un membre du personnel pour appeler les secours si besoin et être garant de l’ordre.
 
BlaBlaCar
 

Google lance Waze Rider, l’application de covoiturage, actuellement en bêta en Californie. Est-ce que vous vous sentez menacé par les Gafa ?

 
Forcément, nous sommes inquiets quand on voit des géants du digital s’emparer du sujet, mais je crois que c’est dans la nature entrepreneuriale d’être inquiet de ce qu’il se passe autour. Que ce soit Waze Rider, Uber ou Moovit, on regarde tous les acteurs du secteur. Après, la réalité de ce que fait Waze Rider est très différente de notre marché, ils sont actuellement positionnés sur les trajets domicile-travail et la courte distance. Nous pensons que la communauté des gens qui utilisent BlaBlaCar serait la même que ceux à faire du covoiturage pour aller sur leur lieu de travail donc si l’expérience de Waze Rider s’avère concluante en Californie, ça ne serait pas difficile pour nous de répliquer ce modèle. 
 
Mais je ne suis pas sûr que cela serait pertinent d’utiliser une application pour ce genre de trajets, au bout d’un moment les gens qui commutent ensemble se connaissent et se font confiance, ils n’ont qu’à se contacter par WhatsApp ou par sms pour se retrouver et une plateforme n’a alors plus de sens. Ce n’est pas le cas pour des trajets comme des Paris-Lille, par contre, et c’est là que nous apportons une plus-value.
 

Et comment voyez-vous l’arrivée de la Blockchain qui veut se débarrasser des plateformes tierces? 

 
Honnêtement, je doute de leur capacité à recréer de la confiance pour les utilisateurs. Ma compréhension du phénomène Blockchain est que c’est uniquement une pièce du lego qui va changer le paiement entre particuliers et le sécuriser. Je pense que cela va avoir plus d’impact sur les fournisseurs de paiement que sur des plateformes comme BlaBlaCar. Ils n’arriveront pas à recréer la confiance, il faut un intermédiaire pour cela. A BlaBlaCar par exemple, nous avons une centaine de personnes qui font du service client. C’est essentiel pour éviter les dérives et modérer les profils. 95% de nos utilisateurs disent qu’ils ne feraient jamais d’autostop, cela prouve toute l’importance de la confiance et de notre travail pour qu’ils se sentent en sécurité.
 
Rédigé par Constance Guyon
Journaliste / attachée de production