La multiplication des terminaux mobiles et des réseaux rend perméable la frontière entre vie privée et vie publique. Redouté sur le vieux continent, le blurring enthousiasme les voyageurs des pays à croissance forte, particulièrement Brésiliens et Chinois.

Le « Blurring », source de flexibilité pour les grands voyageurs internationaux

Alors que les Smartphones ou ordinateurs portables avaient fait craindre un envahissement de la vie privée par la sphère « travail », c’est plutôt une confusion des activités professionnelles et personnelles qui s’est produite. Il s’agit du « Blurring ». Ainsi, l’irruption d’activités personnelles au travail est résultat d’un contrat moral tacite entre l’entreprise et le salarié. Ce phénomène est particulièrement observable chez les grands voyageurs suréquipés en terminaux mobiles. Une étude menée par Pullman et IPSOS met ainsi en lumière que les équipements professionnels ont permis à 85% des répondants d’améliorer leur organisation entre vie professionnelle et privée. Si les conceptions de vie privée diffèrent selon les pays, les usages n’apparaissent pas vraiment différent. Pour Xavier Louyot, directeur marketing global de Pullman, il existe désormais « une nouvelle génération de voyageurs d’affaires ». Ceux-ci négocieraient un « package lors de leur recrutement tenant désormais compte des équipements mobiles et de l’environnement de travail », ajoute Dominique Lévy-Saragossi, directrice générale d’IPSOS.

Chinois et Brésiliens euphoriques, Américains et Britanniques pragmatiques, Français sur la défensive.

Chinois et Brésiliens apparaissent comme les champions du blurring. Ils sont en effet respectivement 79% et 71% à posséder au moins un équipement professionnel à utiliser à distance contre 60% pour le reste des pays étudiés. Si la notion de vie privée est récente pour un pays d’inspiration confucianiste, c’est l’enthousiasme et l’espoir de progression sociale rapide qui guide les Brésiliens vers le blurring. Les Anglo-Saxons y voient moins une réelle progression de leur productivité qu’une nécessaire conformité à adopter. Les français ont quant à eux une opinion très défavorable des équipements professionnels à utiliser à distance. 59% les jugent responsables de stress. Ils sont les moins bien équipés de l’échantillon et sont ceux pratiquant le moins le blurring illustrant un « présentéisme » français. Cependant, même s’ils sont moins adeptes de cette tendance, 76% d’entre eux précisent qu’ils estiment normal d’utiliser les outils professionnels à des fins personnelles et cela notamment parce que le travail impacte également leur vie privée.

Connectivité, Design et Personnalisation sont des critères nécessaires à la nouvelle génération de voyageurs internationaux.

Pour Xavier Louyot, un hôtelier doit « se réinventer en permanence ». Ainsi, il précise qu’on parle de moins en moins de lieux mais plus de moments. « Nous sommes passés dans l’expérience plutôt que dans le produit ». Pour permettre un échange travail-ludique, il a fallu développer une connectivité continue via plusieurs réseaux, assurer leur sécurité et faire progresser le débit. En effet, la multiplicité des devices engendre une démultiplication d’adresses IP à satisfaire. De plus en plus de voyageurs internationaux seraient par ailleurs enclins à interagir avec le système de l’hôtel. L’application « Unified expérience » aura pour charge de faire du smartphone une télécommande pour le room service, pour les équipements électroniques et d’offrir du contenu telle une banque de films. Des espaces modulables vont également être mis en place pour partager la sphère publique/privé. Le Designer Matthieu Lehanneur a été mis a contribution pour illustrer les nouveaux modes de réunion et le blurring à travers le thème Work’n Play. Enfin, si la génération Y accepte de communiquer des données personnelles, elle exige en retour qu’elles soient utilisées à bon escient à travers la personnalisation des  services. «Les exigences d’instantanéité et d’ubiquité nourrissent la perméabilité des frontières privées et professionnelles. Les individus se construisent avec des données personnelles et professionnelles », rappelle Dominique Lévy-Saragossi.

Rédigé par Pierre-Marie Mateo
Journaliste