Boston, pionnière du mouvement smart city aux États-Unis, lance le City Score Project, un indicateur de la santé de la ville en temps réel.

Boston transforme son maire en chef d’entreprise

Selon un rapport de l’initiative What Works Cities publié en mars dernier, 70 % des villes américaines de taille moyenne se seraient engagées à faire usage du big data pour optimiser leur gestion. Cependant, seulement 28 % d’entre elles ajusteraient véritablement les programmes municipaux en fonction de l’analyse des données qui ont été préalablement collectées. Et quand il en va de la mesure de la performance, seuls 30% des villes qui disent disposer d’un programme pour évaluer leur capacité à atteindre leurs objectifs possèdent réellement des outils et des procédés pour y parvenir - que ces objectifs soient budgétaires ou qu'ils soient relatifs à la satisfaction des citoyens. Il subsisterait donc un fossé entre les bonnes volontés affichées par les villes et l’utilisation réelle des données en tant que moteur de la prise de décision. Boston fait ici figure d’exception.

 un écart entre les volontés affichées par les villes et la vraie utilisation de la data

L'utilisation du big data par les villes américaines de taille moyenne: un fossé entre les volontés affichées et l'utilisation réelle de la data (tiré du rapport « The City Hall Data Gap » de la Bloomberg Philanthropies)

Pouvoir prendre le pouls de Boston en temps réel

Avec le projet « City Score », Boston va un cran plus loin. « Dès 2012, au sein de la mairie de Boston, nous avons initié un lourd travail sur l’analyse de données avec la création d’un portail à destination des citoyens pour les informer sur les différents services offerts par la ville. Le deuxième bloc se voulait consacré au management de la performance avec cette fois-ci la volonté de construire un outil interne d’évaluation de la performance de notre organisation, prenant en compte les différents départements de la municipalité. Le City Score Project est donc l’aboutissement de ce travail de longue haleine », nous explique Kelly Jin, membre de l’équipe « analytics » à la mairie de Boston. En gestation depuis 2014 mais lancée officiellement en janvier 2016, le City Score s’appuie sur l’agrégation de données publiques issues des différents départements de la municipalité pour produire quotidiennement un chiffre révélateur de la santé de Boston. 1 constitue le score parfait ; un chiffre supérieur à 1 signifie que la ville a dépassé ses objectifs ou établi un record et un chiffre inférieur à 1 signifie que la ville est en dessous de ses objectifs. Parmi les 24 données collectées, figurent des informations aussi variées que le temps nécessaire à un camion de pompier pour arriver sur les lieux d’un accident, le nombre d’abonnés à la bibliothèque municipale, les chiffres de la présence dans les salles de classe des établissements publics de la ville, en passant par la réactivité des services municipaux à combler les nids de poule sur les routes, le taux de criminalité ou encore la consommation d’énergie. « Les données proviennent de différents systèmes de la municipalité. Nous les compilons ensuite au sein d’un seul et même entrepôt de données », commente Kelly Jin.

La ville se porte plutôt bien en ce vendredi 13 mai 2016, l'indicateur est en effet de 1.13

La ville se porte plutôt bien en ce vendredi 13 mai 2016, l'indicateur est en effet de 1.13

Un indicateur à destination du maire de Boston

Le City Score, accessible en ligne par tous, a d’abord vocation à aider les responsables hauts placés de la ville à prendre des décisions plus intelligentes car basées sur la donnée. Kelly Jin confirme : « Le City Score constitue un moyen pour les décideurs de mesurer l’évolution de la ville jour après jour ». Martin Walsh, maire de Boston à qui on doit l’impulsion du projet, aurait à titre d’exemple entrepris de réajuster les budgets pour augmenter le nombre d’ambulances suite à l'enregistrement de scores assez faibles. En ce sens, le maire devient alors un véritable chef d’entreprise. Le City Score nous amène ainsi à penser le service public comme n’importe quel service offert par un prestataire privé. « Les données sont actualisées chaque jour de sorte que notre CEO, le maire, est capable de comprendre dans quelle mesure nous atteignons nos objectifs, en se penchant sur l’évolution du taux révélateur de notre réactivité à satisfaire les requêtes de nos citoyens », complète Kelly Jin.

On pourrait alors reprocher à ce score de n’avoir un intérêt que pour les échelons de hiérarchie les plus élevés voire de ne pas favoriser l’interaction avec les citoyens. Rappelons qu’il ne s’agit pourtant que de la première version. À l’heure actuelle, l’équipe en charge du projet à la mairie de Boston, oeuvre d’ailleurs déjà pour accoucher de la deuxième mouture, qui devrait bénéficier à un plus grand nombre de managers au sein de la mairie de Boston tout comme comporter une interface à destination des résidents, une manière de favoriser l’engagement citoyen.

« Nous travaillons dur pour résoudre la question de l’engagement des citoyens au sein du projet City Score. Savoir comment raconter l’histoire, comment être le plus transparent possible aux yeux des habitants, voilà ce qui nous occupe principalement aujourd’hui. Nous envisageons aussi de travailler sur un volet prédictif. Il serait par exemple formidable d'être capable d’identifier un bâtiment à risque afin de pouvoir envoyer une équipe d’intervention avant qu’un évènement malencontreux ne se passe », illustre Kelly Jin.

 

 

Boston, chef de file du mouvement smart city aux États-Unis

Symbole du mouvement smart city aux États-Unis, elle a fait partie des quatre premières villes américaines à être choisie pour accueillir le tout premier « fellowship program » de Code for America en janvier 2011, aux côtés de Philadelphie, Washington et Seattle. Boston figure également en haut des classements des villes étudiantes des États-Unis avec une concentration importante d'écoles et d'universités. Bordée par les campus de Harvard et du MIT, elle jouit ainsi d'une relation étroite avec le secteur académique, ce qui encourage la mise en place d'initiatives innovantes. À titre d'exemple, récemment, le MIT Sustainable Design Lab proposait à la ville un modèle de bâtiment intelligent à basse consommation des plus innovants.

En février 2015, Boston établissait un partenariat avec Waze, l’application de navigation communautaire de Google, dans le cadre de son « Connected Citizens Program », pour répondre efficacement à l’encombrement du trafic automobile. Waze se charge, pour le compte de la ville, de partager des données relatives aux embouteillages, collectées depuis les sessions des automobilistes comme des informations sur les accidents et routes endommagées rapportées directement par les conducteurs. En l’échange, les autorités locales s’engagent à communiquer à Waze les routes fermées par la municipalité, permettant à l’application de proposer des itinéraires optimisés aux conducteurs. De plus, le système de contrôle du trafic de la municipalité se reposerait sur les données affluant en temps réel de Waze pour ajuster les feux rouges de plus de 500 carrefours de Boston, le tout dans le but de fluidifier le trafic routier.

Retrouvez-ici notre Silicon Carnet sur le City Score Project de la mairie de Boston dans l'émission du 23 avril de L'Atelier Numérique

 

Rédigé par Pauline Canteneur