Une marque a tout intérêt à proposer des espaces sur lesquels ses collaborateurs auront envie d'évoquer leur métier. Mais si elle doit fournir les bases, elle ne doit pas inciter les discussions.

"Cadrer la prise de parole des salariés en réduirait l'ampleur"

Entretien avec Marine Voron, Responsable développement ressources humaines chez Sephora. La marque a remplacé l'été dernier son blog RH par une page Facebook dédiée à la marque employeur, "The unique job experience", et sur laquelle les collaborateurs sont invités à s'exprimer.

Qu'est-ce qui a motivé Séphora à passer d'un blog à une page Facebook pour valoriser sa marque employeur ?

Nous avions en effet lancé un blog dès 2007 pour que nos salariés s'expriment sur leur quotidien chez Sephora, comment se passe leur travail. Cela, en partant du constat qu'au lieu de prendre la parole de notre côté en expliquant pourquoi rejoindre le groupe, il valait mieux que la preuve soit apportée par nos collaborateurs. Il nous semble que cela va dans une démarche de transparence et que c'est plus crédible que quand cela est fait de façon corporate.

L'été dernier, nous avons décidé de pousser plus loin cette démarche et d'aller sur les réseaux sociaux. Et plus précisément sur Facebook. Ces interfaces donnent de façon intuitive la possibilité de réunir des échanges spontanés, des photos, des vidéos et des contenus plus traditionnels. De plus, sur Facebook, tous les salariés peuvent venir s'exprimer de manière beaucoup plus naturelle, que l'on soit vendeur ou RH.

Comment gérez-vous cette prise de parole ? J'imagine que le fait qu'elle soit encouragée sur une page dédiée limite les débordements.

Peut être. Ce qui est sûr, c'est que nous avons décidé de ne réaliser aucun contrôle, aucune modération. Certains collaborateurs lancent un sujet, selon leur propre volonté, et d'autres réagissent, qu'ils soient des clients ou des salariés.

Je crois vraiment qu'une telle initiative ne peut prendre de l'ampleur que si la marque n'est pas à l'origine des prises de parole. Nous alimentons la page, nous partageons du contenu, mais nous nous contentons avec cela de favoriser l'échange, nous ne le cadrons pas.

Quand vous avez lancé cette opération, avez-vous commencé par un travail de sensibilisation ?

Non, notre culture d'entreprise préexistante fait que nous étions assez sereins. Les collaborateurs sont en règle générale plutôt jeunes, déjà très adeptes des réseaux sociaux. Nous nous sommes du coup dit qu'ils auraient spontanément envie de participer à ce projet. Nous avons juste communiqué en interne sur le lancement de la plateforme.

L'appétence aux réseaux sociaux est donc la raison unique de l'adoption d'une telle plateforme d'expression des salariés sur leur entreprise ?

Non, évidemment. Il faut aussi qu'il y ait une véritable fierté d'appartenance à la marque. Si les conditions de travail sont agréables, les individus auront envie de les partager. Il faut procurer du plaisir au collaborateur au quotidien, il faut l'accompagner dans ses plans d'action, ses projets de formation. Le sentiment d'appartenance ne se décrète pas.

Sur les réseaux sociaux, on ne voit en fait que la partie émergée de l'iceberg. Sous la surface se cache tout le processus qui fait que le salarié va être fier de son entreprise. Les marques qui réussissent cet accompagnement de la prise de parole et qui constatent un discours plutôt valorisant sont celles qui n'auront pas fait un coup digital mais qui auront mis en place une approche qui a du sens.

 

 

Rédigé par Mathilde Cristiani
Head of Media