L'œil de Vincent Worms s'anime quand on lui parle de ce qui le passionne depuis de nombreuses années : l'investissement dans des sociétés innovantes. Le dirigeant et fondateur de Partech, un fonds de capital risque d'origine française dirigé depuis la Silicon Valley...

L'œil de Vincent Worms s'anime quand on lui parle de ce qui le passionne depuis de nombreuses années : l'investissement dans des sociétés innovantes. Le dirigeant et fondateur de Partech, un fonds de capital risque d'origine française dirigé depuis la Silicon Valley et présent en Europe et en Israël, regarde avec fierté son portefeuille, composé notamment de quelques beau succès comme Business Object ou Vignette. Sa voix douce et posée prend de la couleur pour évoquer une belle année 2004 et rêver sur les investissements qui seront fait en 2005. Car il a fallu bien du courage et de la patience pour passer les années difficiles depuis l'éclatement de la bulle en 2000. Mais dans ce métier, c'est certainement une des qualités requises.
Le capital risque est un des moteurs de la Silicon Valley : c'est la pompe qui amorce le système. Il apporte des financements aux sociétés en forte croissance, leur permettant d'aborder leurs développements en attendant de trouver leurs premiers clients et d'atteindre la rentabilité. Présent à tous les premiers stades de la vie des entreprises, il accompagne les sociétés jusqu'à pouvoir prendre ses bénéfices, par des fusions, reventes ou introduction en bourse…
Quand tout va bien, que l'entreprise a connu le succès et que le marché est prêt à l'accueillir et à lui apporter les financements complémentaires dont elles ont besoin. Ce qui est vérifié dans à peine plus de la moitié des cas. La bonne santé du capital risque, qui se mesure au nombre et au montant des investissements mais aussi au taux de retour sur investissements, est donc un des indicateurs avancés de la bonne santé de la Silicon Valley. Eclaireurs de l'innovation, les capitaux risqueurs font partie de ceux qui donnent le cap.
Et Vincent Worms a raison de se réjouir de cette belle année 2004. Les chiffres sont aux rendez-vous. Après une année record en 2000 (106 milliards de dollars investis dans les start-up), l'investissement s'est pratiquement arrêté. La bulle est passée par là… Pour la première fois depuis, 2004 aura été marqué par une augmentation des investissements : 20 milliards de dollars cette année. On retrouve le niveau de 1998 . Et les prévisions pour 2005 laissent penser que ce chiffre sera assez largement dépassé.
Quelques secteurs ont les faveurs des investisseurs. Le hardware a recueilli bon nombre des faveurs cette année : prés de 48% des investissements se sont fait dans ce secteur. Mais le software et les biotechnologies ont également connu de beaux résultats.
Les lauréats des plus gros investissements de la Silicon Valley sont eHarmnoy et Vonage :
eHarmony est un site de rencontre qui a débuté en 2000 et a rencontré le succès grâce notamment à son partenariat avec USA Today. Le site vient de lever 110 millions de dollars , notamment auprès de Sequoia, un des plus gros fonds de la Valley. Cela confirme le développement de ce secteur, qui connaît également en Europe quelques succès, notamment avec le site d'origine française Meetic, qui a lui aussi réussi une levée de fond cette année.
L'autre lauréat est la société Vonage , qui fait beaucoup de bruit dans la Silicon Valley, sur un autre secteur très porteur : la téléphonie Internet. 105 millions de dollars levés pour cette société également créée en 2000, et qui compte déjà 350 000 clients.
Une des raisons de cette renaissance du capital risque vient évidemment du nouvel assainissement de la bourse, notamment du Nasdaq, à nouveau prêt à accueillir des sociétés à la cotation. Et c'est la première et plus lucrative sortie pour le capital risque. Ainsi, l'introduction de Google en bourse – l'évènement de l'année ici – a permis à Sequoia Capital et à Kleiner Perkins Caufield et Byers de gagner 8 milliards de dollars ! Ils avaient à eux deux investi 25 millions de dollars dans la société en 1999. De quoi faire rêver.
I l y a eu 250 IPO cette année, contre 85 l'année dernière . C'est la meilleure année depuis les 385 IPO de l'année 2000, avant l'éclatement de la bulle, selon Thomson Financial. De quoi redonner du baume au cœur de nos investisseurs.
Pourtant, beaucoup d'incertitudes demeurent pour cette année 2005. Cette bonne santé de la bourse, permettant à nouveau des IPO, est-elle structurelle, ou le reflet d'un nouveau cycle spéculatif excessif ? La très forte augmentation du cours de Google peut traduire un appétit du marché pour ces valeurs technologiques de croissance, refléter une valorisation juste de la société. Mais de nombreux analystes se posent des questions et se demandent si Google vaut vraiment les 165 dollars l'action, qui est son court moyen aujourd'hui. Alors, éclaircie durable, où simple bouffée d'air dans un marché qui se pose encore beaucoup de questions ?
Vincent Worms a donc de bonnes raisons d'être optimiste, mais pas euphorique. Ce n'est d'ailleurs pas le caractère de l'homme dont le fond est un de ceux qui a le mieux traversé la bulle, par sa prudente gestion. Et quand on lui demande ce qui le fait rêver en 2005, il vous répond sans trop d'hésitation : l'Open Source et les technologies liés à la recherche d'informations. Parmi bien d'autres secteurs. C'est aussi les secteurs que nous allons suivre de près cette année. Car après les succès de Mozilla et de Google en 2004, il y a fort à parier que ces deux marchés vont connaître un fort développement dans les mois qui viennent.