CES de Las Vegas, salon automobile de Detroit, Forum économique mondial de Davos, le charismatique patron de Renault-Nissan a mis le turbo en ce début 2017, pour affirmer son leadership sur la voiture autonome. Mais la Silicon Valley n’a pas dit son dernier mot.

Carlos Ghosn, le « boss » de la voiture autonome… pour l’instant

A trois reprises au cours du mois de janvier, Carlos Ghosn, le célèbre patron de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, s’est imposé en maître absolu du véhicule autonome, la voiture de demain. D’abord au CES de Las Vegas, puis au salon automobile de Detroit, le NAIAS (North American International Auto Show), et enfin au Forum économique mondial de Davos, où il a clairement affiché ses ambitions de leadership en la matière.

Une keynote très attendue

Mais c’est au CES qu’il a ouvert les festivités en cette année 2017. Et avec une insolence déconcertante : juste en montrant qu’il était là, dans la Mecque des entreprises high tech, venues de la Silicon Valley ou d'Asie, là même où la voiture autonome commence à devenir vraiment une réalité.

Même s'il n'est pas le premier industriel à se livrer à ce type d’exercice sur les terres du Nevada, l’intervention de Carlos Ghosn a été scrutée avec une attention toute particulière. En effet, il a animé l’une des « keynotes » les plus attendues du salon, et a été introduit par Gary Shapiro en personne, le patron du CES. Les attentes étaient donc légitimement très fortes en direction de cette tête d’affiche. Et pourtant, Carlos Ghosn n’a rien annoncé de révolutionnaire.

 

 

Conduire toute seule sur autoroute

Il s’est contenté de dévoiler quelques projets visant à accélérer le développement de la marque Nissan, et au-delà, s’est arrêté sur la force stratégique de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, pour accélérer encore dans la voiture autonome. Il a notamment mis à l’honneur son modèle électrique, la Nissan Leaf, la voiture électrique la plus vendue dans le monde, en présentant ProPilot, sa propre technologie de pilotage autonome. Cette technologie « fait maison » permettra à la voiture de conduire toute seule sur autoroute en restant sur la même file. Celle-ci a déjà été testée au Japon en août dernier sur le monospace Nissan Serena.

La Nasa pour brûler les feux rouges

Son autre annonce a concerné le lancement d’une nouvelle plateforme inspirée des technologies de la Nasa, (National aeronautics and space administration) qui permet de reprendre à distance le contrôle sur une voiture autonome, pour régler un problème.  Cette innovation baptisée SAM, Seamless Autonomous Mobility, peut servir dans le cas où l’intelligence artificielle de la voiture autonome ne trouve pas de solution.  Par exemple ? Quand le véhicule est bloqué derrière un camion en panne sur un axe à fort trafic, ou s’il faut franchir une ligne blanche ou brûler un feu rouge pour avancer, ce qu’un pilotage autonome ne permet pas. Cela impliquerait de transgresser le code de la route, or cette prise d’initiative, relève du bon sens, et reste pour l’instant l’apanage de l’être humain.

Annonces décevantes et pourtant

Ces annonces constituent certes des avancées mais sans percée décisive qui permettrait à Nissan - Carlos Ghosn parlait au nom de la marque japonaise – de s’afficher comme la star mondiale  du véhicule autonome. Pourtant, son patron a paru s’en contenter, et l’assistance également. Comme si le véritable but de son intervention n’était pas là.

Et en réalité, c’était le cas. Le but de son intervention était d’envoyer un message très clair au monde de la tech. L’industrie automobile reste maître des avancées technologiques en la matière, pas les GAFA.

Un Nissan VMotion 2.0 au North American Auto Show, le 9 janvier dernier

Les GAFA remis à leur place

Carlos Ghosn était venu pour leur adresser un message de taille : ces dernières années, vous avez fait parler de vous en faisant croire que la voiture de demain se concevrait dans la Silicon Valley. Mais l’automobile est un métier. Vous, les GAFA, vous ne serez au mieux que des apporteurs de technologie pour l’automobile, de super équipementiers IT.

Cette démonstration de force s’inscrit dans un match passionnant dont l’enjeu est le leadership sur l’automobile autonome. Ce sont les GAFA et Tesla qui ont tiré les premiers. Google Car, intelligence artificielle, capteurs, systèmes de télécommunication… Leurs innovations ont secoué l’industrie automobile, contrainte de réagir alors dans l’urgence. La première manche a bien été remportée par la Silicon Valley.

Qui remportera la troisième manche ?

La deuxième manche vient de se terminer à Las Vegas avec la keynote de l’atypique franco-brésilien. Les géants de la technologie ont du mal à transformer l’essai et les constructeurs classiques ont regagné du terrain. Ils ont sauvé, à court et sans doute à moyen terme, leur industrie, leurs usines, leurs emplois. Ils continueront à produite des voitures.

Est-ce à dire pour autant que la partie est finie ? Pas vraiment, la troisième et dernière manche commence. Et son issue est particulièrement indécise. Les voitures autonomes commencent à rouler un peu partout aux Etats-Unis. L’on va vite réaliser où se trouve la vraie valeur dans ce système : savoir-faire automobile ou IT et intelligence artificielle ? De la réponse à cette question dépendra la maîtrise de cette industrie de la mobilité. 

Android comme pilote

Certains constructeurs ont déjà annoncé donner à Android la main sur le système de télécommunication interne et externe de leurs modèles. Sans que l’on sache à quelles conditions, en termes de coût pour le constructeur et de sécurité des données. Pour cette troisième manche, les constructeurs ne partent donc pas gagnants. Mais ils ont le cuir solide. L’Atelier BNP Paribas aura à cœur de vous faire vivre ce match dans les prochains mois.

Rédigé par Guillaume DEGROISSE
Directeur marketing & contenus