Objet de nombreuses annonces, la convergence des écosystèmes - smart home et smart car en particulier - constitue une véritable tendance du CES 2016.

#CES2016 ou la convergence des environnements

Avec plus de 170 000 visiteurs et près de 3 800 exposants, le CES est « le » salon dédié aux nouvelles technologies. De la smart home aux voitures connectées, tout en passant par les drones, les wearables et la robotique, c’est l’ensemble du monde de la « tech » qui se réunit une fois par an à Las Vegas pour présenter les innovations de demain.

Dans ce fourmillement de start-up et d’entreprises venues du monde entier, une tendance émerge : celle de la convergence des écosystèmes. La keynote d’introduction du CEO d’Intel, Brian Krzanich, semblait graviter autour d’une seule et même notion : l’expérience utilisateur. Cette dernière, qui aujourd’hui se retrouve fragmentée par marché, sera demain, si l’on en croit la prophétie de Krzanich, unifiée au sein d’un unique « méga-marché », suivant alors le consommateur dans chacune des étapes de son quotidien, sans interruption de parcours et de service.

Ainsi, la maison devient une plateforme technologique qui communique avec la voiture, elle même reliée à l’infrastructure de la ville, elle-même connectée à d’autres villes et...au monde.

Les écosystèmes convergent. Et le « tout connecté » était bien la tendance de fond du CES 2016.

Le frigo connecté de Samsung

Le réfrigérateur connecté de Samsung « Family Hub »

De la maison connectée…

La question était légitime : qu’est-ce qui relie une télévision, un réfrigérateur, à un téléphone portable, une machine à laver ou même un thermostat ? La réponse, un peu théorique, un peu maladroite, disait : la technologie grand public. Le CES 2016 nous en a apporté une bien plus cohérente : la maison connectée. En d’autres termes, une plateforme qui intègre tous les objets du quotidien susceptibles d’être digitalisés. De la télévision au réfrigérateur, donc.

C’est dans ce cadre que Samsung a dévoilé en grande pompe son réfrigérateur « Family hub ». Bien plus qu’un simple réfrigérateur, ce « Family hub » veut, comme son nom l’indique, devenir le point de convergence de la maison.On avait renoncé au réfrigérateur qui fait les courses tout seul, on s’en rapproche ici à grande vitesse ! Équipé d’un écran, relié au smartphone, il permet d’afficher des informations, de communiquer la liste des produits qu’il garde au froid (en prenant des photos dès que la porte se referme) et d’en communiquer la liste au propriétaire, qui peut alors facilement savoir ce qu’il lui manque lorsqu’il fait les courses. Le « Family hub » supporte aussi une intégration avec un compte MasterCard. Relié pour le moment à un réseau limité de distributeurs, cette intégration permet de faire ses courses en ligne à partir de sa cuisine.

Bosch a également profité du CES pour faire des annonces, comme la création d’une nouvelle filiale : Robert Bosch Smart Home GmbH. Cette nouvelle filiale aura pour mission de développer une plateforme unique pour tous les objets connectés de la maison (du thermostat à la machine à laver, en passant par les interrupteurs et la porte – le tout contrôlé par son smartphone) et ambitionne d’être présente dans quelques 230 millions de foyers d’ici 2020.

L’idée d’une maison connectée, c’est l’idée d’une maison qui prend vie : des objets technologiques inertes devenus « conscients », sont capables de « parler » entre eux au sein d’un même écosystème - celui de la maison. Prochaine étape : communiquer avec le monde extérieur.

…à la voiture connectée…

Regardons maintenant ce qu’il se passe du côté de la voiture connectée. Le CES 2015 avait été renommé le « Car Electronic Show » tant l’automobile avait impressionné. L’édition 2016 du CES n’a pas à rougir. Les voitures étaient omniprésentes et les acteurs – traditionnels ou disrupteurs – n’ont pas été avares d’annonces.

Volkswagen, par exemple, a introduit sa BUDD-e. Cette voiture électrique, totalement connectée, avec un large écran comme tableau de bord, un autre à l’arrière pour les passagers, qui interagit à la voix et aux gestes, la BUDD-e, donc, se veut l’héritière « tech » du fameux van qui a fait le bonheur de la génération hippie.

Le dashboard de Budd-e

Le tableau de bord de la BUDD-e de Volkswagen

Ford a par ailleurs annoncé l’intégration de Apple CarPlay et Android Auto à sa suite Sync AppLink (Sync AppLink est le nom du catalogue d’application de Ford, intégré à ses voitures, et qui propose des services de sécurité, « infotainment », etc.). Mais Ford ne s’arrête pas là. En finalité, la voiture nous lie à notre habitation, c’est elle qui nous la fait quitter, c’est elle qui nous conduit. Pourquoi alors cloisonner les écosystèmes ?

…au « tout connecté »

C’est ainsi que Ford a également annoncé un partenariat avec Amazon. Concrètement, les voitures Ford équipées de la suite Sync AppLink pourront communiquer avec Amazon Echo. Comment ? Par la voix, grâce à l’assistant virtuel d’Amazon : Alexa. Dès lors, l’automobiliste pourra, à titre d’exemples, depuis l’intérieur de l’habitacle, régler la température de son habitation, et inversement, depuis sa maison, vérifier le pourcentage de batterie de son véhicule.

Ce partenariat n’a rien d’anodin. Connecter la voiture et la maison, c’est connecter deux des environnements dans lesquels le consommateur passe le plus clair de son temps. Cette convergence des environnements est censée créer de la valeur pour les utilisateurs : une expérience unifiée et fluide. Comme l’expliquait Mark Fields, PDG de Ford lors d’une interview pour PC Mag, ce partenariat répond à une volonté de « donner au consommateur plus de contrôle sur son environnement ainsi qu’un degré de commodité jamais égalé ».

La convergence des écosystèmes

Un marché en disruption

En vérité, Ford n’est pas le premier acteur à relier la voiture à la maison. Si le monde de l’automobile est en effervescence, c’est aussi parce qu’il est attaqué par de multiples start-up qui entendent rendre toutes les voitures (ou presque – toutes celles postérieures à 1996) connectées. Pour ce faire, nul besoin d’acheter les dernières versions des constructeurs. Il suffit de brancher un petit appareil, de l’ordre de quelques centaines d’euros, au port OBD-II de sa voiture (équivalent du port USB de nos ordinateurs). Cet appareil collecte les données de la voiture et les envoie au smartphone du conducteur.

Une start-up comme Automatic s’est faite la spécialiste de ce type de solutions et propose aux conducteurs un magasin d’application parfois plus riche que celui, natif, des constructeurs. Automatic, en s’intégrant à IFTTT (un intégrateur d’applications qui marche selon le principe informatique « IF THIS THEN THAT »), lui-même intégré à Nest, permet ainsi déjà à la voiture de commander la maison. Par exemple, si l’application d’Automatic repère que la voiture se rapproche de la maison, alors elle ordonne à IFTTT de commander les lumières ou le thermostat, par l’intermédiaire de Nest.

Au CES, Ford a fait une annonce supplémentaire : développer la communication entre les voitures et les drones. Voitures, maisons, bientôt drones. Le message est clair : les écosystèmes convergent !

Par Pierre Pariente et Pauline Canteneur