Interview de Frédéric BERTRAND, Chef du projet R03 - Schindler (ascenseurs, monte-charges, escaliers mécaniques…) s'est lancé dans un important projet d'harmonisation des processus métiers de toutes ses filiales européennes...

Le groupe Schindler (ascenseurs, monte-charges, escaliers mécaniques…) s'est lancé dans un important projet d'harmonisation des processus métiers de toutes ses filiales européennes autour d'un système informatique commun s'appuyant sur SAP. Le programme de formation, construit avec iProgress , est gigantesque : il concerne 12.000 collaborateurs et couvre pratiquement tous les métiers de l'entreprise.
Frédéric Bertrand, chef de projet (projet baptisé R03) dans l'équipe France , nous fait part ici de son expérience du passage à l'e-learning chez Schindler Europe, des difficultés rencontrées et de son observation des premiers retours sur expérience en France.
Atelier – En quoi consiste le projet e-learning de Schindler Europe ?
Frédéric Bertrand - Nous sommes dans le cadre d'un projet européen, qui concerne donc nos 14 filiales européennes. Aujourd'hui, l'e-learning doit représenter 50 % de toute la formation du groupe, puisque nous avons conservé des formations plus traditionnelles en salle.
Les principaux domaines concernés par la formation en ligne au sein du groupe sont vastes : ils couvrent aussi bien la formation métiers et processus que la bureautique, la formation aux produits, etc. Et tous nos collaborateurs sont concernés par ce nouveau mode de formation.
A - Comment l'implémentation de services d'e-learning s'est-elle faite ? A quels prestataires avez-vous fait appel ?
F. B. - Nous avons fait appel à un prestataire, iProgress, qui est chargé de bâtir cette formation. Ensuite, dans chaque pays d'Europe où le groupe est présent, différents acteurs internes aidés par iProgress ont pour mission de piloter la mise en oeuvre et de mettre les contenus à disposition des collaborateurs.
En revanche, nous assurons en interne le développement de la partie LMS (Learning Management Systems) qui s'appuie sur une solution SAP.
A -Combien de temps le développement de cette formation a-t-il pris ?
F. B. - Je ne peux pas vraiment répondre à cette question puisque nous sommes pour la France encore en phase de préparation du "go live". Il faut dire que le projet est gigantesque… La construction proprement dite de l'ensemble des modules correspondant à nos différents métiers et processus s'est étalée sur environ une année.
A - Quelles sont les difficultés posées par la taille d'un groupe comme le vôtre dans un projet e-learning ?
F. B. - 14 filiales. 7 langues : c'est là que réside la grosse difficulté du projet. Il faut coordonner ce qui est fait dans chacun des pays concernés par le projet, et intégrer, au cas par cas, les législations en vigueur, la langue, la culture…
Le résultat, c'est qu'il faut de nombreux allers-retours pour valider la mise en place d'une formation en ligne. Il faut s'adapter à chaque pays, et dans le même temps penser à l'harmonisation des formations pour qu'elles correspondent toujours aux besoins du groupe et qu'elles soient globalement les mêmes d'un pays à l'autre.
A - Selon vous, le e-learning permet-il de réduire ses dépenses en formation ? Cela a-t-il été le cas au sein de votre groupe ?
F. B. - Oui, bien entendu. En France, aujourd'hui, nous avons terminé, en tant que pilote, la mise en place des formations en ligne sur la gestion de la maintenance. Aujourd'hui, nous pouvons en tirer un premier bilan : nous sommes parvenus à une division par deux des temps de mise en place.
A - A part la réduction des coûts, quels grands avantages reconnaîtriez-vous à la formation en ligne pour l'entreprise ?
F. B. - Pour moi, le gain principal, ne se limite pas à la réduction des coûts. Mais c'est aussi de former les gens en suivant leur rythme. Notre population est hétérogène, comme dans beaucoup d'entreprises. Il y a de jeunes salariés, qui maîtrisent déjà l'outil informatique et se sont, sans surprise, très bien accommodés de la formation en ligne. Et puis il y a les plus âgés, qui pour certains n'étaient pas du tout familiers des outils informatiques.
C'était l'une de nos inquiétudes, au commencement du projet. Mais finalement, tout s'est vraiment très bien passé.
A - Si on se place maintenant du côté des salariés eux-mêmes… Quels sont les avantages qu'eux retirent de la formation en ligne ?
F. B. - Beaucoup évoquent l'autonomie que ce nouveau mode de formation leur procure. Il les responsabilise et les rend véritablement actifs, contrairement à la formation traditionnelle en salle qui les plaçait dans une certaine passivité.
L'autre grand avantage pour les apprenants, c'est la disponibilité, à tout moment, de la formation : « Je me forme quand je le souhaite ». Les salariés peuvent effectivement revenir quand ils le souhaitent sur leur poste, revoir un point, avancer dans le processus de leur formation à tout moment, etc.
A - Quels ont été les freins, selon vous, au projet e-learning de votre groupe ?
F. B. - Honnêtement, il n'y a pas eu de freins particuliers. Pourtant, nous craignions vraiment une résistance au changement… Celle-ci ne s'est pas produite. iProgress avait mis à la disposition des apprenants des booklets imprimables…
Au cours de notre première session, qui concernait entre 40 et 50 salariés, absolument personne n'est reparti avec une impression de ces documents. J'attribue cela au fait que les apprenants savent qu'ils peuvent revenir à tout moment pour revoir un point de leur formation.
A - La formation en ligne peut ne pas s'appliquer à certains enseignements professionnels. Cela a-t-il été le cas au sein du groupe ?
F. B. - Oui : tout ce qui concerne la connaissance technique et la pratique sur les produits n'a pu faire l'objet de formations en ligne. Globalement, c'est le cas de toutes les tâches techniques qui s'apprennent sur le terrain.
A - Il est fréquent d'entendre dire que l'e-learning conduit vers une aseptisation des relations entre apprenants et enseignants. Qu'en pensez-vous ?
F. B. - Cela n'est pas du tout le cas pour nous. La raison est simple : chaque formation est tutorée par des professionnels du groupe. Ce sont des spécialistes métiers qui peuvent répondre à n'importe quelle question et sont bien connus en interne des salariés en formation. Pour nous, pas question de faire appel à des tuteurs externes.
A - Si vous deviez prodiguer des conseils à un professionnel en charge du projet d'implémentation d'une solution e-learning, que lui diriez-vous ?
F. B. - Je dirais qu'il est impératif, avant de penser aux outils, de bien cerner deux éléments essentiels : qui veut-on former ? Et avec quels objectifs ?
Ensuite, il faut réaliser un planning du projet le plus réaliste possible. Et enfin, je recommanderais de ne négliger en aucun cas les aspects logistiques (salles, horaires…), qui sont essentiels pour un grand groupe et doivent être tout à fait réglés avant de commencer les sessions de formation.