L’idée reçue qui ferait des réseaux sociaux un levier démocratique commence à être vraie pour la Chine. Les trois auteurs se basent sur une étude de cas précise à propos des revendications liées à la qualité de l’air dans le pays.

Chine : la parole du citoyen prise en compte sur les réseaux sociaux

L’idée est largement répandue selon laquelle les réseaux sociaux permettent d’exprimer une vox populi. Ils seraient un canal indispensable pour l’expression des opinions au point de jouer un rôle considérable dans les contestations. Toutefois, cela s’applique à des pays où la censure ne fait pas rage, comme cela peut être le cas en Chine. Mais le problème de la qualité de l’air en Chine lève apparemment assez de réactions depuis 2008 pour changer la donne. C’est cet exemple qu’a étudié une équipe de trois chercheurs de l’Ohio State University. Ils ont passé en revue plus de 250 000 messages sur le sujet postés sur Sina Weibo avec pour objectif de savoir comment ce réseau social influait sur les décisions gouvernementales. “Les médias sociaux ont souvent été présentés comme ‘une technologie libératrice’ pour les citoyens mais nous avons découvert que l’histoire n’était pas aussi simple en Chine. explique Daniel Sui, co-auteur de l’étude et professeur de géographie.

Des réactions mais une représentativité faible

Selon lui, malgré une influence grandissante dans ce pays, les réseaux sociaux ne permettraient toujours pas l’expression démocratique. Les chercheurs ne nient ainsi pas l’influence que peuvent avoir les réseaux sociaux puisqu’ils soulignent tout d’abord comment les nombreux messages en ligne ont grandement incité les autorités chinoises à publier dès 2012 les chiffres de la pollution et quelques mécanismes pour lutter contre. “De ce point de vue, les réseaux sociaux ont un grand pouvoir. Sans eux, le gouvernement n’en aurait pas fait autant” selon Daniel Sui. Malgré cela, les débats qui ont animé le réseau social étaient largement dominés par des hommes (à près de 55 %) alors que Sina Weibo compte une majorité d’utilisatrices. Le même manque de représentativité est également constaté du point de vu social et géographique. Au delà de son impact politique, l’ensemble des messages sur le sujet manque donc de représentativité selon l’étude.  

Les institutions plus influentes que les citoyens

Autre phénomène observé : les messages les plus lus et partagés proviennent à 80 % d’organismes d’État ou d’entreprises. Car un des idées des chercheurs a été de classer les posts en fonction de leur influence. Partant de là “les utilisateurs les plus influents dans le débat étaient presque entièrement composés par des sources gouvernementales, des entreprises ou des célébrités”. La parole citoyenne bien que majoritaire s’est donc retrouvée masquée par ces messages plus influents. Plusieurs entreprises ont même profité du débat pour faire la publicité de système de filtration par exemple, noyant toujours plus les doléances des utilisateurs. Au final l’étude montre à quel point la parole publique profite des réseaux sociaux pour augmenter sa portée. Raison pour laquelle Twitter semble devenir le média de prédilection des gouvernements qui multiplient les initiatives basées sur ces nouveaux médias.

Rédigé par Guillaume Scifo