Après les spectaculaires années de croissance économique (2000-2014), qui ont hissé la Chine au premier rang mondial, le pays cherche désormais à réinventer son modèle de développement. C’est un enjeu essentiel pour éviter la crise du milieu, celle d’un pays qui quitterait sa compétitivité de fabricant low-cost sans trouver de nouveaux relais de croissance.

La Chine digitale ou le pari des fourmis bleues

Plus que jamais, la capacité de la Chine à créer un solide écosystème digital apte à tirer vers le haut l’ingéniosité de ses entreprises, comme le développement de sa consommation intérieur, est essentiel. Ce sera un point déterminant pour la durabilité de son succès économique. 

Son Président, Xi Jinping, ne s’y trompe pas en cherchant à favoriser une politique qui donne les meilleures conditions possibles au développement de l’innovation. Il faudra réaliser cette ambition avec une approche géographiquement décentralisée. Contrairement aux Etats-Unis, le coeur de l’innovation chinoise n’est pas concentré dans une seule ville comme à San Francisco. La Chine digital est en effet multi-cités.

Il faut considérer trois pôles. 

Au Nord, Pékin, avec son avenue des entrepreneurs (Zhongguancun) où plus de 15 000 sociétés privées sont enregistrées. Plusieurs d’entre elles proviennent de projets étudiants (les universités de Pékin et Tsinghua sont des pépinières de talents) et bénéficient d’incubateurs. Des entreprises leader comme Xiaomi (3ème fabricant mondial de smartphone) ou Baidu (le moteur de recherche chinois) y ont leur siège. On y retrouve en partie le triptyque gagnant de la Silicon Valley (chercheur, entrepreneur, investisseur).

Zhongguancun : la Silicon Valley chinoise

Au centre, le duo Shanghai-Hangzhou. A Shanghai, la capitale financière et commerciale du pays draine essentiellement deux catégories de jeunes pousses : celles focalisées sur le marketing digital et, plus récemment, celles cherchant à moderniser les métiers de la finance, avec des acteurs comme Lufax (devenu un des leaders mondial du P2P) ou des spécialistes de la traçabilité des marchés financiers (exemple du blockchain pouvant devenir à moyen terme, la RFID des marchés). Tout proche de Shanghai, Hangzhou abrite Alibaba qui détient aujourd’hui l’essentiel du e-commerce en Chine.

                                    Hangzou, le berceau du géant du e-commerce Alibaba

Enfin, au Sud, à Shenzhen, l’industrie digitale bénéficie d’une véritable plate-forme de production à capacité mondiale. Les usines de Xiaomi ou de Huawei y exportent leurs produits.

Shenzhen se concentre sur l'industrie technologique

De ces trois pôles, grandiront de nouvelles pépites. Celles qui développeront la Chine digitale. En 2005, Jack Ma triomphait d’E-Bay en Chine grâce à l’ingéniosité de sa plate-forme qui intégrait des usages clef comme l’instant messaging (Ali Weng Weng), permettant à tout utilisateur de mieux se renseigner sur le produit et de marchander avant d’acheter (une culture vitale en Chine). 

C’était l’avènement d’un Motto : « Ensemble, nous serons meilleurs » et d’une mascotte d’entreprise : la fourmi bleue. Pour les années à venir, afin de maintenir son rang, la Chine va se mettre en marche pour en faire naître de nouvelles. C’est le pari des fourmis bleues.