Construite à partir de rien en une décennie, la smart city Songdo fait du tissu urbain une priorité contrairement aux projets théoriques que sont les concepts city – de plus en plus nombreuses autour du globe.

Le mouvement général des smart cities se divise en effet entre d’un côté, les "concept cities", comme Masdar, qui sont avant tout des laboratoires d’innovations, et de l’autre les décisions isolées des responsables politiques des grandes métropoles comme Paris. Les phénomènes chaotiques régnants dans ces métropoles appellent une gestion pragmatique des flux par des systèmes de rétroactions pour faciliter la vie quotidienne des habitants : c’est "l’easy city". Le quartier de Songdo, à Séoul, diffère donc dans ses buts comme dans ses moyens de ces deux tendances et souhaite intégrer au sein de la mégalopole coréene un quartier crée de toute pièce, avec ses habitants et un tissu social traditionnel – voir amélioré autant que la technologie le permet.

Il est bon de savoir que la Corée du Sud est le pays à s’être industrialisé le plus rapidement au monde dans la seconde partie du XXème siècle. En 1953, après leur guerre civile, les coréens ont reconstruit Séoul à l’époque presque entièrement détruite. Entre 1950 et 1975, la population de la capitale coréenne a doublé tous les neuf ans – pour atteindre 20 millions d’habitants aujourd’hui. Séoul a grandi, non pas à la façon d’un cœur central entourée d’une périphérie, mais comme une métropole où les indices démographiques et industriels ont toujours dépassé les prévisions. La smart city Songdo, un quartier d’affaires relié à une ville préexistante, est avant tout un nouveau satellite entourant la métropole mondiale qu’est devenu Séoul.

La technologie seule peut-elle concurrencer les métropoles centenaires ?

Songdo – officiellement relié à l’agglomération d’Incheon – est, sous certain aspect, une des plus ambitieuses smart cities construite de zéro à un. Ses deux concurrentes principales, Masdar et Fujisawa n’ont pas d’ambition précise quant à l’arrivée massive d’émigrés et fonctionnent plus à la manière de laboratoires que d’espaces urbains vivants. Dans cette perspective bien particulière, Songdo promet à ses habitants de bannir les désagréments d’une métropole : les dommages écologiques, l’inégalité dans l’accès à l’éducation ou encore le manque d’espace.

La préoccupation écologique rentre dans cette optique d’améliorer concrètement l’expérience qu’une mégalopole offre habituellement à ses habitants. Par rapport à un quartier d’affaires traditionnels, Songdo espère réduire la consommation de CO2 de 70% et d’eau de 30%. Depuis le lancement du projet en 2001, Songdo est l’endroit au monde avec le plus de concentration de bâtiments certifiés LEED – standard international pour la certification de bâtiment durable. À terme, la ville pourrait compter 40% d’espaces verts et 26 km de pistes cyclables. Les voitures sont stockées sous terre pour minimiser l’émission de gaz polluant dans la ville elle-même. Aussi, des bateaux-taxis électriques se déplaceront sur les canaux crées au centre de la ville. Les trains reliant Segdon à Séoul sont souterrains et économes en énergie. Afin de proposer des quartiers vivants sous le signe du numérique, des ordinateurs ont été directement intégré dans les logements et jusque dans les rues. Exemple de la connexion généralisée des objets : des lecteurs de plaques d’immatriculations permettent de contrôler les allers-retours des voitures depuis les parkings.

Devenir un centre d’émigration, à quel prix ?

La construction du quartier d’affaires de Songdo est entièrement pris en charge par Gale International pour un budget de 35 milliards de dollars – étalé entre 2001 et 2018. Le groupe américain gère un chantier de plus de 100 millions de mètres carrés. Spécialiste des grattes-ciels, c’est le cabinet Kohn Pedersen Fox (KPF) qui prend en charge la construction des tours principales au cœur de Songdo. Le projet a d’ores et déjà crée beaucoup d’emplois dans la péninsule coréenne. En plus de la construction du centre d’affaires, des hôpitaux, écoles et logements voient le jour pour attirer des émigrés et accélérer le peuplement de la ville. Le coût des logements est aussi important que l’ampleur unique du projet le laisse penser : 500,000 dollars pour les premiers prix. L’école internationale, elle-aussi unique en son genre en termes technologiques, coûte près de 25,000 dollars l’année. En 2012, la population atteignait déjà 60,000 d’habitants – dont un millier d’étrangers. La communication officielle de Songdo veut en faire le centre névralgique de l’Asie du nord.

Si la ville de Masdar tente de montrer en quoi l’élitisme technologique et intellectuel peut amener à repenser la façon dont une ville peut fonctionner en elle-même, Songdo prend un autre chemin. L’urbanisme du nouveau centre d’affaires coréen est une alternative à "l’échelle 1" de la métropole telle que le standard occidental l’a imposé. Les défauts caractéristiques de celle-ci, à commencer par la présence quotidienne de la pollution, peuvent être résolus par une utilisation massive et efficace de la technologie. Le chantier de Songdo apparaît ainsi comme un pari sur la possibilité qu’a la technique de proposer des villes en kit plus efficientes que les autres métropoles – résultats d’installations chaotiques.

          

 

Rédigé par Simon Guigue